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Chantal Thomas et Michael Ondaatje

Chantal Thomas et Michel Ondaatje dans les brumes électriques du passé...

59 min
À retrouver dans l'émission

Une rencontre entre l’auteur du « Patient Anglais » qui publie « Ombres sur la Tamise », et Chantal Thomas, spécialiste de Sade et de l’esprit XVIIIe, pour « East Village Blues ». Une émission placée sous le signe du bel usage que l'on peut faire de sa mémoire...

Chantal Thomas et Michael Ondaatje
Chantal Thomas et Michael Ondaatje Crédits : Christophe Ono-dit-Biot

Cette semaine dans Le Temps des Ecrivains, une rencontre  entre Michael Ondaatje, l’auteur du « Patient Anglais », qui lui a valu  le Booker Prize en 1992 et qui a été adapté au cinéma par Anthony  Minghella, et Chantal Thomas, spécialiste de Sade et de l’esprit XVIIIe,  prix Femina 2002 pour « Les Adieux à la reine », également adapté au  cinéma, mais par Benoît Jacquot.   

Tous les écrivains sont des archéologues. Et même si l'intrigue  progresse, on fait souvent des retours en arrière pour retrouver une  source, pour percer un mystère". Michael Ondaatje

"J'écris au présent, je veux que le passé soit une manière de  rendre le présent plus intense et large. Quand j'ai traversé East  Village j'ai été choquée de ne trouver aucune plaque au nom des  écrivains qui y ont vécu. Mon livre est une dédicace pour eux.". Chantal Thomas

#warmup avec #pattismith dans les studios de @radiofrance avec #michaelondaatje & #chantalthomas dans #letempsdesecrivains Demain 17h @franceculture@EditionsduSeuil#editionsdelolivierpic.twitter.com/i1VgZzAQNH— Ch. Ono-dit-Biot (@C_Ono_dit_Biot) April 26, 2019 

Connaissez-vous « Le Dard de Pimlico » ? 

Nous avons placé cette émission sous le signe du passé, que les deux  livres de nos invités interrogent, chantent, et même, subliment. S’y  aventurer relève même d’un besoin pour le héros du nouveau roman de  Michael Ondaatje, « Ombres sur la Tamise », traduit de l’anglais par  Lori Saint Martin et Paul Gagné, qui paraît aux éditions de l’Olivier.  Nous sommes à Londres, en 1945, juste après la fin de la guerre et ce  qu’on a appelé le Blitz, et nous suivons les deux enfants d’une famille  londonienne, Rachel, 16 ans, et Nathaniel, 14, confiés par leurs parents  - qui doivent partir en Asie pour des raisons professionnelles -  à  deux étranges personnages : le locataire du deuxième étage, appelé  Papillon de Nuit, et bientôt un ancien boxeur nommé « Le Dard de  Pimlico ». Deux personnages qui les éduquent d’une drôle de façon, entre  petits trafics sur la Tamise et autres aventures brumeuses,  deux  personnages dont Nathaniel, devenu adulte et agent au Foreign Office,  lancé dans l’exploration de cette curieuse enfance, apprendra qu’ils  étaient non pas des bandits comme il le croyait, mais peut-être bien des  héros...   

De l’espionnage et une nageuse Tout comme sa mère, d’ailleurs, dont Nathaniel découvre qu’elle n’est  jamais partie à Singapour, puisque sa malle de voyage n’a jamais quitté  le sous-sol de leur maison… Alors qui était-elle donc, cette mère si  romanesque ? C’est la grande question de cette nouvelle plongée dans le  passé à laquelle nous convie Ondaatje dans ce très beau livre qui  ressemble à un roman d’espionnage mais aussi à une recherche du temps  perdu, et dont un passage a beaucoup intéressé Chantal Thomas : lorsque  Nathaniel retrouve une photo de sa mère, âgée de 18 ans, saisie par  l’objectif au bord de la rivière du coin où elle venait de nager. Un  passage qui rappelle « Souvenirs de la marée basse », précédent livre de  Chantal Thomas dédié à sa mère nageuse… Les titres des romans d’Ondaatje sont parfois différents en anglais  et en français. Ainsi, « The English patient » s’est s’abord intitulé  « L’Homme flambé ». Ce nouveau livre, « Ombres sur la Tamise », porte,  dans sa version originale, le titre étonnant de « Warlight », « Lumière  de la guerre ». Pourquoi l’écrivain a t-il choisi ce titre  paradoxalement si lumineux pour une enquête qui nous emmène au cœur des  brumes du passé ?    

« I dare say I’m a poet ! » « J’ose dire que je  suis poète. » Michael Ondaatje , l’inoubliable auteur de « Le Patient  Anglais » à 17h ds #letempsdesecrivains@franceculture avec #ChantalThomas#michaelondaatje@EditionsduSeuil@EdLolivierpic.twitter.com/otW6EzULUa— Ch. Ono-dit-Biot (@C_Ono_dit_Biot) April 27, 2019 

Du Marquis de Sade à la Beat Generation 

Chantal Thomas publie, elle, « East village blues », aux éditions du  Seuil. Il s’agit aussi d’une plongée dans le passé, lestée par le bel  usage qu’elle fait de sa mémoire, où scintillent les fragments de textes  d’autres écrivains, ceux qu’elle lisait au temps de cette jeunesse  newyorkaise. Un montage littéraire qui ne peut qu’intéresser Michael  Ondaatje, qui a consacré un livre à l’art du montage et a réalisé des  films. « East Village Blues » se déroule aujourd’hui et dans les années  70. Alors qu’elle se trouve à New York, Chantal Thomas se remémore son  premier voyage dans cette ville qui l’a subjuguée. Elle venait de  soutenir sa thèse sur le Marquis de Sade avec Roland Barthes, et  découvrait les fêtes très électriques dans l’East Village, croisant au  bar lesbien Bonnie and Clyde un Andy Warhol au regard mort. Souvenirs du  Chelsea Hotel, aussi, du « railroad apartment » où elle vivait  avec son amie Cynthia, et des grands textes de la Beat Generation  qu’elle nous donne à relire, comme si le passé ne se réactivait que  mieux lorsque l’on convoque les textes des autres. Et les images des  autres, puisque ce livre est scandé par les photographies Allen Weiss,  des photos de murs, portant les traces de graffitis qui rappellent eux  aussi le temps révolu.  

Diables bleus ?  Le titre, choisi par Chantal Thomas, « East village blues », étonne.  Il semble en effet faire référence à ce genre musical afro-américain où  il s’agissait de chanter une certaine tristesse, le mot même de blues  étant dérivé de l'expression anglaise « blue devils » ( mot à  mot « diables bleus »), que l’on traduirait, en français, par « idées  noires ». Est-il à prendre avec les pincettes du regret, ce titre ?  

Écrire pour rester jeune à jamais? « Je suis le maître de ma chronologie » répond, citant Claudel, #chantalthomas . Et vous #michaelondaatje ? #eastvillageblues@EditionsduSeuil#ombressurlatamise@EdLolivier#letempsdesecrivains@franceculture 17h pic.twitter.com/3VUP08C8vz— Ch. Ono-dit-Biot (@C_Ono_dit_Biot) April 27, 2019 

Deux auteurs, donc, réunis autour du beau thème du passé dans lequel  ils semblent tous deux très à leur aise… Si certains animaux  s’épanouissent dans les biotopes humides, les déserts de sel ou les  grands fonds obscurs, l’écrivain serait-il, lui, ce curieux et  passionnant animal qui ne s’épanouit jamais aussi bien que dans le  passé, dans le mesure où le présent est souvent trouble et que l’avenir  est caché ? 

Choix musicaux: 

Michael Ondatje: Lord Kitchener, "London Is The Place For Me". 

Chantal Thomas: Patti Smith: "Land : Horses" Traduction de Marguerite Capelle 

Rediffusion du 27 avril 2019

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