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 Vanessa Schneider et Jean-Marc Parisis

Maria Schneider, Alain Delon : portraits

59 min
À retrouver dans l'émission

Dans le cadre de la rentrée littéraire, Le temps des écrivains reçoit Vanessa Schneider pour son livre "Tu t'appelais Maria Schneider", et Jean-Marc Parisis, pour son ouvrage "Un problème avec la beauté".

 Vanessa Schneider et Jean-Marc Parisis
Vanessa Schneider et Jean-Marc Parisis Crédits : Christophe Ono Dit Biot - Radio France

Cette semaine, une émission consacrée à l’art du portrait avec deux orfèvres en la matière, sur deux sujets qui il faut le dire valaient le détour, et sans doute mieux qu’un détour, un beau livre, sûrement, et voilà qui est fait. Jean-Marc Parisis consacre un récit à Alain Delon sous le titre Un problème avec la beauté (Fayard), et Vanessa Schneider un récit, aussi, mais à Maria Schneider, l’actrice Maria Schneider, Tu t’appelais Maria Schneider (Grasset) 

Tu t’appelais Maria Schneider, est son huitième livre. Elle nous y raconte celle qu’elle a bien connue, puisqu’elle était sa cousine, qu’elle met en scène dans cette évocation d’une femme broyée par le cinéma, par une trahison de cinéma, dans Le dernier tango à Paris de Bertolucci, avec Marlon Brando. Le film devait marquer le début d’une grande carrière mais fut, comme elle l’écrit, « le linceul de tes rêves ». Car Maria Schneider est ici racontée à la deuxième personne. A la façon d’une lettre. Bref destin, vie crevée par les piqûres d’héroïnes et les autres trous qu’ont fait le désespoir dans la peau de ses illusions de plus en plus perdues. Vanessa Schneider raconte Maria Schneider, l’actrice et la cousine, le membre de la famille et de cette constellation a priori brillante qu’on appelle parfois le « milieu » du cinéma et que vous nous montrez sous un jour très sombre. Londres, paris, New York, Brando, Bardot, Delon, aussi, les villes sont là, les étoiles sont là. « Tu t’appelais Maria Schneider ». Comme s’il n’en restait plus qu’un nom, ou comme s’il fallait lui redonner un nom ? 

Maria a été, malheureusement pour elle; parce que ça été une souffrance qu'elle a porté tout au long de sa vie; réduite à une seule image, d'une seule scène d'un seul film, et à une image de corps, de corps dénudé, de corps sans nom, de chair. Et elle était sans cesse renvoyée à cela. Lui redonner son nom, c'était aussi une façon de la rhabiller. Vanessa Schneider 

L'actrice Marie Schneider a d'ailleurs été broyée par une seule scène de film Un tango à Paris, dans lequel elle interprète le rôle d'une jeune parisienne, qui vit une histoire passionnée avec un Américain beaucoup plus âgé qu'elle, interprété par Marlon Brando. Dans le film, la jeune parisienne subit un viol par sodomie. A l'écran, l'acte est simulé, mes les larmes de Maria Schneider sont bien réelles, car la jeune actrice, alors âgée de 19 ans, n'avait pas été mise au courant de cette mise en scène, comme l'expliquera Bertolucci lui-même.  Une affaire qui fait évidemment résonance avec le mouvement #metoo : 

Avec l'affaire #metoo, pour la première fois, j'ai revu son visage dans les journaux et dans les magazines. Des photos d'elle et de Brando dans "Le dernier tango" à Paris illustrait des articles consacrés à ce mouvement, à la domination masculine et à la violence dans le cinéma. Maria a toujours raconté ce qui s'était passé, dès le début. Cette scène a été violente, mais le tournage entier a été très violent pour elle alors qu'elle était mineure au moment des faits. La majorité n'était qu'à 21 ans, à l'époque. Vanessa Schneider. 

'Un dernier tango à Paris" de Bernardo Bertolucci
'Un dernier tango à Paris" de Bernardo Bertolucci Crédits : Allocine

Les équipes ont du signer des clauses de confidentialité, les engageants à ne rien raconter. Bertolucci jubile. Le duo Marlo-Maria fonctionne bien. La gamine est docile, l'acteur apporte ses brisures au rôle, et une densité dont il n'aurait pas osé rêver. (...) La soumission n'est-elle pas l'objet du film ? Tu observes ce duo. Tu regardes, intriguée, Brando prendre le pouvoir. Tu arrives au dernier moment, on ne te fait venir que pour les essais lumières. Tu tournes ta scène. Le metteur en scène ne se soucie que de Brando, il ne te parle pas. (...) Quand il revisionne les rushs, il se rend compte qu'il lui manque quelque chose. Un degré de plus dans la violence sexuelle, un événement paroxystique, à la limite du supportable, qui fera du film, un objet de scandale. Un matin, il prend Brando à part et lui suggère une scène de sodomie dans le scénario. Les deux hommes se mettent d'accord. Extrait de "Tu t'appelais Maria Schneider" de Vanessa Schneider

Ce livre, c'est aussi la mise en lumière de l’ambiguïté d'une époque. Paradoxalement, ce film se veut très novateur en terme de libération sexuelle, c'est un couple qui ne se connait pas, qui se rencontre. Et ce qui se passe sur le plateau, c'est tout le contraire de la libération sexuelle. Maria n'a pas son mot à dire, et on lui dit : "T'es déjà bien contente d'être là, tu tournes avec Brando, donc tais toi !" C'est une double peine pour elle, qui a été abusé et humiliée par un homme, et en même temps, à la sortie du film, elle se fait insulter par l'opinion publique, qui l'assimile à cette image de femme scandaleuse. Vanessa Schneider 

Maria de Patti Smith ( hommage à Maria Schneider)

Jean-Marc Parisis est l’auteur du « Lycée des artistes », de « La mélancolie des fastfoods », de « Avant pendant après », prix Roger Nimier, de « Les Inoubliables » (Flammarion). Il publie « Un problème avec la beauté » (Fayard), sous titré « Delon dans les yeux », estampillé « récit ». On le suit, Delon, de l’enfance à l’âge adulte, de Visconti à l’affaire Markovic, des femmes aux mauvais garçons. Romy Schneider, Belmondo, Gabin, « La Piscine », Pompidou, le film se déroule, rapide, scintillant, dans les « yeux d’acier bleui » de l’acteur, motif omniprésent dans la prose cavalcadante de Parisis. On le connaissait comme romancier,  mais pas que : il était aussi l’auteur, en 1995, d’un « Reiser ». Avec « Delon », c’est à une autre légende qu’il se confronte. Mais pourquoi ce titre, où « Delon » n’apparaît pas, comme si Delon n’était que le symptôme d’un mal plus profond ? 

En préparant cette émission, nous avons pensée au poème de Prévert, « Pour faire le portrait d’un oiseau » :

« Peindre d'abord une cage

avec une porte ouverte 

peindre ensuite 

quelque chose de joli 

quelque chose de simple 

quelque chose de beau 

quelque chose d'utile 

pour l'oiseau »

S’agissait-il avec ces livres, pour nos deux écrivains, de faire aussi quelque chose d’ « utile » pour l’oiseau, leurs drôles d’oiseaux ? 

Laetitia, chanson du film les Aventuriers composée par François de Roubaix et interprétée par Alain Delon.

Rediffusion de l'émission du 29 septembre 2018

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