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Luc Lang et Sylvain Prudhomme dans le studio du Temps des Ecrivains

Luc Lang et Sylvain Prudhomme : la crise, ou l’heure du jugement

58 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine dans le temps des écrivains, on parle des hommes, et ils sont en crise. A cause de quoi ? C’est selon.

Luc Lang et Sylvain Prudhomme dans le studio du Temps des Ecrivains
Luc Lang et Sylvain Prudhomme dans le studio du Temps des Ecrivains Crédits : Christophe Ono-dit-Biot

Les deux écrivains que nous avons invités aujourd’hui, en tous cas, pour une nouvelle rencontre, un nouveau dialogue, d’œuvre à œuvre, ont leur petite idée sur la question. Et ils en posent bien d’autres, dans leurs romans, pleins de bruit et de fureur pour l’un. De douceur pour l’autre. Mais est-il encore temps d’être doux quand arrive la nuit des chasseurs et quand les balles sifflent. Faudra t-il prendre la tangente ? C’est la tentation. S’en aller par les routes en effaçant son couple ? Certes, mais pour aller où ?

Luc Lang, auteur de "La Tentation" (Stock) et Sylvain Prudhomme, qui publie « Par les routes » (Gallimard/L’Arbalète) sont nos invités. 

La nuit du chasseur

Luc Lang est l’auteur d’une dizaine de romans, dont « Mille six cent ventres », roman sur le chef cuisinier d’une prison sous Thatcher, fou de sexe et de Shakespeare, couronné par le prix Goncourt des lycéens en 1988. « La Tentation », son nouveau livre s'ouvre sur la traque d'un cerf magnifique dans les forêts, en Savoie. Un animal « puissant, campé dans une splendeur héraldique, les sabots enfouis dans une flaque de neige, la tête tournée de son côté avec une sorte d’affectation, comme s’il regardait la mort en face », écrit-il. Le chasseur a tiré, a blessé l’animal. Il part à sa recherche, mais ne l’achève pas. Il décide de le soigner dans son relais de chasse, et de le rendre à la nature. Ce chasseur, c’est François, un notable lyonnais, chirurgien, dont le monde, marqué par la transmission, la culture, s’écroule autour de lui, et dont il observe la chute à travers la vie que mènent ses enfants et son épouse. L’épouse, d’abord : mystique, inflammable sexuellement, sillonne les couvents et prend son fils pour Jésus. Les enfants, ensuite : il y a le fils, Matthieu, qui a abandonné ses études pour devenir trader à New York, loin des valeurs que le père avait cru lui inculquer. Et il y a la fille, Mathilde qui semble être sur les bons rails jusqu’à ce que son béguin pour un homme d’affaires trouble la conduise dans le décor. Dans tous les sens du terme puisque ce week-end-là, elle surgit dans le relais de chasse, avec un homme, son homme, blessé par balles. Lui aussi il faut le soigner, le cacher, l’exfiltrer. Pourquoi ? C’est ce que le lecteur découvrira dans ce très beau récit sur l’éclatement d’une famille, précédant de peu l’apocalypse pour un homme qui voit son monde vaciller avant l’apocalypse finale.

Destruction créatrice

Dans « Par les routes », de Sylvain Prudhomme, on découvre Sacha, la quarantaine en crise, comme on dit. Ecrivain, célibataire, sans enfants, donc absolument libre, il veut encore plus, ou plutôt : moins ! Changer d’air, partir dans le sud, à V., afin de donner corps à un projet schumpeterien diraient les économistes : destruction créatrice. Il prononce le mot, d’ailleurs, « Destruction, reconstruction : c'était mon programme pour les jours et peut-être les années à venir. » L’âge compte : à 40 ans, écrit Prudhomme, « le terrain qu'on avait en soi la force d'explorer, l'envergure du monde qu'on était capable d'embrasser, on les a reconnus désormais. La moitié de notre terme est passée. La moitié de notre existence est là, en arrière, déroulée, racontant qui nous sommes, qui nous avons été jusqu'à présent, ce que nous avons été capables de risquer ou non (...) »

Paradoxalement, à V, celui qui voulait être seul retrouve son ami de jeunesse, celui qu’on appelle « L’Autostoppeur ». Il a une femme, Marie, et un enfant, Agustin, mais il quitte très souvent le foyer, un jour, deux, une semaine, pour faire de nouvelles rencontres « par les routes »… L'auto-stoppeur aurait-il réussi ce dont chacun, à commencer par Sacha, rêve secrètement ? Il aime Marie, sa femme, il en est aimé, et concilie visiblement cette vie de famille heureuse avec cette soif de liberté qu’il étanche au fil de ses voyages. Changer d’air, ou changer d’Aire ?

L’écrivain se rapproche de la femme de l’Autostoppeur, va jusqu’à s’occuper de l’enfant pendant les absences du mari, et s’installe chez eux, en coucou sympathique. L’autostoppeur disparaît. Et réapparaît. Il vient chercher Sacha dans un manteau bleu élimé qui rappelle le Famous Blue Raincoat de la chanson de Leonard Cohen, écrite comme une lettre au milieu de la nuit, à un ancien ami. Une chanson où il est question d’une fille on est deux à aimer, et où l’un des garçons dit à l’autre : « Je suis heureux que tu te sois trouvé sur ma route. »

Les juges d’instruction des hommes

Deux romans marqués par la crise. Etymologiquement, le moment du jugement. Celui où tout bascule. Dans « Le roman expérimental » en 1880, Zola écrivait : « nous autres romanciers, nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions ». 

Ecrire un roman au XXIe siècle, serait-ce mettre le doigt sur une crise, et tenter de la résoudre ?

Bibliographie

Par les routes

Par les routesSylvain PrudhommeL'Arbalète/ Gallimard, 2019

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