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Chantal Thomas et Michael Ondaatje

Michel Ondaatje et Chantal Thomas: dans les brumes électriques du passé...

59 min
À retrouver dans l'émission

Samedi 27 avril 2019

Chantal Thomas et Michael Ondaatje
Chantal Thomas et Michael Ondaatje Crédits : Christophe Ono Dit Biot - Radio France

Cette semaine dans Le Temps des Ecrivains, une rencontre entre Michael Ondaatje, l’auteur du « Patient Anglais », qui lui a valu le Booker Prize en 1992 et qui a été adapté au cinéma par Anthony Minghella, et Chantal Thomas, spécialiste de Sade et de l’esprit XVIIIe, prix Femina 2002 pour « Les Adieux à la reine », également adapté au cinéma, mais par Benoît Jacquot. 

Connaissez-vous « Le Dard de Pimlico » ?

Nous avons placé cette émission sous le signe du passé, que les deux livres de nos invités interrogent, chantent, et même, subliment. S’y aventurer relève même d’un besoin pour le héros du nouveau roman de Michael Ondaatje, « Ombres sur la Tamise », traduit de l’anglais par Lori Saint Martin et Paul Gagné, qui paraît aux éditions de l’Olivier. Nous sommes à Londres, en 1945, juste après la fin de la guerre et ce qu’on a appelé le Blitz, et nous suivons les deux enfants d’une famille londonienne, Rachel, 16 ans, et Nathaniel, 14, confiés par leurs parents - qui doivent partir en Asie pour des raisons professionnelles -  à deux étranges personnages : le locataire du deuxième étage, appelé Papillon de Nuit, et bientôt un ancien boxeur nommé « Le Dard de Pimlico ». Deux personnages qui les éduquent d’une drôle de façon, entre petits trafics sur la Tamise et autres aventures brumeuses,  deux personnages dont Nathaniel, devenu adulte et agent au Foreign Office, lancé dans l’exploration de cette curieuse enfance, apprendra qu’ils étaient non pas des bandits comme il le croyait, mais peut-être bien des héros... 

De l’espionnage et une nageuse

Tout comme sa mère, d’ailleurs, dont Nathaniel découvre qu’elle n’est jamais partie à Singapour, puisque sa malle de voyage n’a jamais quitté le sous-sol de leur maison… Alors qui était-elle donc, cette mère si romanesque ? C’est la grande question de cette nouvelle plongée dans le passé à laquelle nous convie Ondaatje dans ce très beau livre qui ressemble à un roman d’espionnage mais aussi à une recherche du temps perdu, et dont un passage a beaucoup intéressé Chantal Thomas : lorsque Nathaniel retrouve une photo de sa mère, âgée de 18 ans, saisie par l’objectif au bord de la rivière du coin où elle venait de nager. Un passage qui rappelle « Souvenirs de la marée basse », précédent livre de Chantal Thomas dédié à sa mère nageuse…

Les titres des romans d’Ondaatje sont parfois différents en anglais et en français. Ainsi, « The English patient » s’est s’abord intitulé « L’Homme flambé ». Ce nouveau livre, « Ombres sur la Tamise », porte, dans sa version originale, le titre étonnant de « Warlight », « Lumière de la guerre ». Pourquoi l’écrivain a t-il choisi ce titre paradoxalement si lumineux pour une enquête qui nous emmène au cœur des brumes du passé ?  

Du Marquis de Sade à la Beat Generation 

Chantal Thomas publie, elle, « East village blues », aux éditions du Seuil. Il s’agit aussi d’une plongée dans le passé, lestée par le bel usage qu’elle fait de sa mémoire, où scintillent les fragments de textes d’autres écrivains, ceux qu’elle lisait au temps de cette jeunesse newyorkaise. Un montage littéraire qui ne peut qu’intéresser Michael Ondaatje, qui a consacré un livre à l’art du montage et a réalisé des films. « East Village Blues » se déroule aujourd’hui et dans les années 70. Alors qu’elle se trouve à New York, Chantal Thomas se remémore son premier voyage dans cette ville qui l’a subjuguée. Elle venait de soutenir sa thèse sur le Marquis de Sade avec Roland Barthes, et découvrait les fêtes très électriques dans l’East Village, croisant au bar lesbien Bonnie and Clyde un Andy Warhol au regard mort. Souvenirs du Chelsea Hotel, aussi, du « railroad apartment » où elle vivait avec son amie Cynthia, et des grands textes de la Beat Generation qu’elle nous donne à relire, comme si le passé ne se réactivait que mieux lorsque l’on convoque les textes des autres. Et les images des autres, puisque ce livre est scandé par les photographies Allen Weiss, des photos de murs, portant les traces de graffitis qui rappellent eux aussi le temps révolu. 

Diables bleus ? 

Le titre, choisi par Chantal Thomas, « East village blues », étonne. Il semble en effet faire référence à ce genre musical afro-américain où il s’agissait de chanter une certaine tristesse, le mot même de blues étant dérivé de l'expression anglaise « blue devils » ( mot à mot « diables bleus »), que l’on traduirait, en français, par « idées noires ». Est-il à prendre avec les pincettes du regret, ce titre ?

Deux auteurs, donc, réunis autour du beau thème du passé dans lequel ils semblent tous deux très à leur aise… Si certains animaux s’épanouissent dans les biotopes humides, les déserts de sel ou les grands fonds obscurs, l’écrivain serait-il, lui, ce curieux et passionnant animal qui ne s’épanouit jamais aussi bien que dans le passé, dans le mesure où le présent est souvent trouble et que l’avenir est caché ?

"Tous les écrivains sont des archéologues. Et même si l'intrigue progresse, on fait souvent des retours en arrière pour retrouver une source, pour percer un mystère". Michael Ondaatje

"J'écris au présent, je veux que le passé soit une manière de rendre le présent plus intense et large. Quand j'ai traversé East Village j'ai été choquée de ne trouver aucune plaque au nom des écrivains qui y ont vécu. Mon livre est une dédicace pour eux.". Chantal Thomas

Choix musicaux:

Michael Ondatje: Lord Kitchener, "London Is The Place For Me".

Chantal Thomas: Patti Smith: "Land : Horses"

Traduction de Marguerite Capelle

Bibliographie

Intervenants
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