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Christine Montalbetti et Patrick Grainville

Paysages avec Christine Montalbetti et Patrick Grainville

58 min
À retrouver dans l'émission

Les romanciers Christine Montalbetti et Patrick Grainville sont les invités de Christophe Ono dit Biot à l'occasion de la parution de leurs livres respectifs : "Trouville Casino" (P.O.L) et "Falaise des fous" (Seuil).

Christine Montalbetti et Patrick Grainville
Christine Montalbetti et Patrick Grainville Crédits : Christophe Ono dit Biot - Radio France

Aujourd’hui, nous recevons Patrick Grainville et Christine Montalbetti. Etrange, à priori, car qu’y a-t-il de commun entre les puissantes mémoires du héros de Grainville, âgé de 88 ans et qui revient sur l’admiration qu’il a eu, entre 1868 et 1927, à Etretat, pour les peintres de son temps, Monet, Courbet, Boudin, Matisse, Degas, et le jeune Picasso, et la chronique précise, minutée, d’un fait divers impliquant un papy braqueur dans un casino, à Trouville, en 2011…? Ce qu’il y a entre la fresque énorme et flamboyante de Grainville et l’enquête ciselée de Christine Montalbetti, c’est la terre et la mer normande, son atmosphère pluvieuse et adorée, tonique et violente, son crachin, aussi, qui peut-être explique tout, les sautes d’humeur, les enthousiasmes, oui la Normandie sera au cœur de cette émission aujourd’hui...

Patrick Grainville publie Falaise des fous au Seuil, les mémoires d’un normand qui, au soir de sa vie, revient sur son âge d’homme, de 1868 à 1927, pour dire une existence de témoin, d’amant, enfin d’admirateur éperdu pour les peintres de son temps. Le récit de sa vie nous dit la charnière entre les deux siècles, évoquant peintres (Monet tout du long, Courbet, Boudin, Manet, Daubigny, Degas, Matisse ; les ennemis de l’art officiel aveugle au talent : Meissonier, Gérôme, on en passe ; puis la relève des génies, les avant-gardes : Cézanne, Van Gogh, puis Derain et les fauvistes, les nabis, jusqu’à Schiele, Otto Dix, Picasso), sans oublier les hommes de lettres (Hugo, hommage à Zola, rencontre avec Maupassant en bord de mer, ombre de Barrès, naissances littéraires de Cendrars, Barbusse, Proust...). Tous ces gens saisis par le regard de son narrateur Charles Guillemet depuis, presque, le balcon sur la manche d’Etretat, dont les galets ont servi à ces maîtres pour planter le chevalet de leurs toiles qui allaient vaciller, trembler sous leurs visions picturales. Etretat, le Havre, et toute cette côte d’albâtre qu'il sublime comme une "soupe originelle", l’expression est de Claude Arnaud, d’où cette créativité a jailli. Patrick Grainville fut prix Prix Goncourt 1976 pour Les Flamboyants. De quoi avait-il envie lorsqu'il s'est engagé dans cette voie audacieuse, mais hasardeuse : faire le roman de cette colonie artistique si féconde tout en évoquant la guerre contre la Prusse, l’affaire Dreyfus, les attentats anarchistes et "l’érection" de New York, la Grande Guerre et la traversée de l’Atlantique par Lindbergh, bref, donner à vivre l’ensemble des flux, artistiques, marchands et sexuels de l’époque, mais depuis Etretat, la falaise des fous ?

Avec Christine Montalbetti on quitte le XIXe siècle pour atteindre le 25 août 2011, étonnante journée où un braquage a lieu au casino de Trouville, en plein après-midi. Trouville casino, c’est le titre de son roman paru chez P.O.L en cette rentrée de janvier. Le braqueur est seul. Il a 75 ans. C’est une histoire vraie, tragique même, et la romancière s'attache à la retracer, précisément, à faire le partage entre les faits auxquels elle a eu accès, les différentes versions qui circulent, les hypothèses, et la part d’invention où s’imaginent les journées ordinaires qui ont conduit à ce geste ce "papy braqueur", comme elle le dit, depuis sa maison de l’Orne, depuis aussi les paysages qui l’entourent, cette atmosphère et ce fameux crachin dont elle parle si précisément comme si c’était lui, le responsable…  

Merci à Patrick Grainville et Christine Montalbetti de participer à cette émission consacrée au crachin normand mais pas que, à la figure de l’artiste, aussi. Diraient-ils que la création procède, aussi, d’une forme d’atmosphère, de la couleur de l’air?

Notre rapport au monde passe d'abord par de toutes petites choses, Christine Montalbetti

Je ne pense pas qu'il y ait d'écrivain sans ennui, sans mélancolie, Patrick Grainville

Leurs choix musicaux :

  • Christine Montalbetti : "Les ombres", Bastien Lallemant
  • Patrick Grainville : "Nostalgie", d'Erik Satie, par Aldo Ciccolini

Pour aller plus loin :

Rediffusion de l'émission du 10/02/2018

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