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Santiago Amigorena et Karine Tuil

Santiago Amigorena et Karine Tuil : en famille

58 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine dans le temps des écrivains, on ouvre le bal de la rentrée littéraire. Avec une rencontre entre deux écrivains dont les livres, pourtant très différents dans le ton et dans le propos : Karine Tuil ("Les Choses humaines", Gallimard) et Santiago Amigorena ("Le ghetto intérieur", POL).

Santiago Amigorena et Karine Tuil
Santiago Amigorena et Karine Tuil Crédits : DR - Radio France

" Il y a une forme de voyeurisme quand on écrit, on se nourrit des autres, de ce qu'on voit, de leur malheur, leur chagrin. David Grossman a dit que l'écrivain est un pickpocket". Karine Tuil

" En Argentine, il n'y a jamais eu  une vraie tradition d'une écriture romanesque qui interroge l'époque. Ce n'est pas un critère de qualité tandis qu'en France cela l'est. Mon avis est  qu'il faut interroger les choses quand les autres moyens ne peuvent plus le faire. Santiago Amigorena. 

Cette semaine dans le temps des écrivains, on ouvre le bal de la rentrée littéraire. Avec une rencontre entre deux écrivains dont les livres, pourtant très différents dans le ton et dans le propos, plongent tous deux dans l’une des zones à risques de la littérature, où beaucoup d’auteurs sont allés, et dont beaucoup, aussi, ne sont aussi jamais revenus.

Cette zone, c’est la famille. La famille, qui est au centre des romans de Karine Tuil (« Les Choses humaines », Gallimard) et de celui de Santiago Amigorena (« Le ghetto intérieur », POL).

  • L’impuissance à sauver qui l’on aime 

Dans ce « ghetto intérieur », on fait d’abord la connaissance de l’auteur. Il écrit, dès les premières lignes : « il y a vingt cinq ans j’ai commencé à écrire un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né. » Avant de faire connaissance, après un brutal saut dans le passé, avec un autre homme, qui n’est pas l’auteur, mais son grand-père. L’homme qui va nous donner la clef de ce silence. Il s’appelait Vicente Rosenberg, c’était un juif de Varsovie qui s’était installé en Argentine dès 1928. Marié, père de deux jeunes enfants, il avait trouvé dans ce nouveau territoire une forme de liberté loin de la vieille Europe, et avait songé à y faire venir sa mère restée à Varsovie. 

Dans le roman, on est avec lui, à Buenos Aires, tandis qu’en Europe la guerre éclate, et que les nouvelles qu’il en reçoit sont de plus en plus inquiétantes. Sa mère est enfermée dans le ghetto de Varsovie. Elle lui écrit, et il comprend peu à peu qu’elle n’en sortira pas. L’enfer éclate dans les mots de ces lettres d’une mère à une fille, une mère qui subit de plein fouet la violence nazie, et un fils bientôt rongé par la culpabilité née de l’impuissance à sauver qui l’on aime, lui dont le corps est à l’abri, mais dont l’âme se déchire. 

A quoi bon être vivant quand ceux qu’on aime sont en train de mourir ? Telle est la question que pose ce « ghetto intérieur », livre bouleversant écrit à partir de la douleur ravivée par les lettres de son arrière grand-mère. La littérature peut-elle conjurer le silence des familles ? 

Mordre l’époque à pleines dents

Autre éclairage sur la famille avec le livre de Karine Tuil, « Les Choses humaines ». Pas de documents personnels à la base de ce roman mené tambour battant, mais une solide documentation, notamment le suivi de plusieurs procès. Dans « Les choses humaines », on suit la trajectoire tragique de la famille Farel. Lui, Jean, est un célèbre journaliste politique. Elle, Claire, une intellectuelle connue pour ses engagements féministes. Leur fils, Alexandre, futur étudiant à Stanford, est leur chef d’œuvre. Tout va bien en apparence, malgré l’âge qui fait sentir ses morsures de plus en plus douloureuses pour l’égo, les luttes de pouvoir de plus en plus difficiles à mener, les aventures, les maîtresses, les amants qui ont déjà donné de sévères coups de canifs dans le contrat que ces « partenaires » ont noué. A l’heure où ils doivent entamer l’un et l’autre un nouveau départ, la catastrophe arrive et elle arrive par le fils. Alexandre est accusé de viol sur la fille du nouvel homme qu’aime Claire. C’est grave, mais pour Jean, moins qu’une fuite qui éclabousserait sa carrière. Il ne s’agira pourtant pas d’une simple fuite, mais d’une hémorragie, d’un bain de sang social, médiatique et familial ravageant ces « choses humaines ». C’est cette hémorragie que Karine Tuil raconte dans un roman de mœurs qui mord l’époque à pleines dents au point de la déchiqueter. Faux-semblants, illusions à préserver, hypocrisie, bal des vanités, tout y est, porté par les échos romanesques de l’ « affaire de Stanford », un viol sur un campus jugé en 2016, et ceux de l’affaire Weinstein.  «La déflagration extrême, la combustion définitive, c'était le sexe, rien d'autre - fin de la mystification.», écrit Karine Tuil en guise d’incipit. Et puis juste après, cette autre phrase : «Claire l'avait compris quand, à l'âge de neuf ans, elle avait assisté à la dislocation familiale. » 

Pourquoi placer cette désagrégation familiale sous le signe de cette « combustion définitive » qu’est le sexe, et qui semble avoir dans son roman tous les pouvoirs, surtout sur la famille ? 

Parents, enfants, identité, judéité, vents mauvais de l’Histoire et place de la fiction, voici quelques-uns des thèmes que nous abordons dans ce premier Temps des écrivains de la saison. 

Choix musical de Karine Tuil  :  « Il faut savoir » de Charles aznavour,"

Choix musical de Santiago Amigorena  : Por un cabeza, chanté par C.Gardel.

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