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Justine Bo et Philippe Claudel

Territoire avec Philippe Claudel et Justine Bo

59 min
À retrouver dans l'émission

Les romanciers Philippe Claudel et Justine Bo sont les invités de Christophe Ono-dit-Biot à l'occasion de la publication de leurs livres respectifs : "L'archipel du chien" (Stock, 282 pages) et "Si nous ne brûlons pas"(Editions des Equateurs, 294 pages).

Justine Bo et Philippe Claudel
Justine Bo et Philippe Claudel Crédits : Christophe Ono-dit-Biot - Radio France

Aujourd'hui une émission consacrée à l’errance et à la violence, aux territoires que l’on fuit et à ceux que l’on atteint, à l’intranquillité de l’époque et à la condition humaine, aux frontières que l’on tente de franchir, jamais en vain, avec deux écrivains dont les livres a priori très différents, semblent pourtant dialoguer quand on les lit l’un après l’autre tant ils disent les désarrois et les brisants d’une époque. Ces deux écrivains, c’est, d’abord, l’auteur des Âmes grises et du Rapport de Brodeck Philippe Claudel, qui publie son nouveau roman, L’Archipel du chien aux édition stock, et la jeune romancière Justine Bo qui signe, elle, son deuxième roman, Si nous ne brûlons pas, aux Editions des équateurs.

Prix Renaudot pour les Âmes grises, prix Goncourt des lycéens pour Le Rapport de Brodeck, Philippe Claudel est écrivain et réalisateur, et il publie un nouveau livre qui nous transporte sur une île volcanique qu'il ne veut pas situer autrement que par le nom imaginaire de "l’Archipel du Chien". On reconnaît la méditerranée à cause des câpriers, des murs de pierre, du vin aussi, épais et sanguin, qui est produit sur cette terre battue par les flots où vivent des personnages sans nom, uniquement désignés comme sur la scène d’un théâtre, "le Maire", "l’Instituteur", "le Curé", et dont les journées se ressemblent sur cette île isolée uniquement desservie par deux liaisons maritimes par semaine. Un parfait décor pour un drame et il arrive, le drame, par la découverte de trois corps échoués sur la plage, découverte qui vient briser, notamment, le projet du Maire de transformer son île en station thermale : le mot d’ordre, vite répandu dans cette société, est de faire silence sur cette affaire. Les corps sont les corps d’hommes noirs, des migrants qui ont tenté de traverser ce cimetière marin qu’est devenu la méditerranée, leurs corps vont être abandonnés dans les profondeurs du volcan de l’île, mais bientôt un enquêteur se présente et va réveiller, peut-être, les consciences. Revenons sur ce nom donné à ces îles (et du même coup, au roman), nom non seulement imaginaire, mais imagé : "le chien", étymologiquement, nous mène ainsi au cynisme. Est-ce une époque que Philippe Claudel met en accusation dans ce livre ? 

Le premier roman de Justine Bo s’intitulait Fils de Sham (Diabase). Dans son nouveau livre, Si nous ne brûlons pas, elle retrace l’itinéraire d’une jeune femme qui porte le même prénom qu'elle. Née dans une ville de province, elle n’a de cesse de vouloir s’extraire du milieu social modeste où elle grandit pour étudier et affirmer sa liberté de choisir la vie qu’elle entend mener. Mais où qu’elle aille, elle semble aller de désillusion en désillusion : d’une classe préparatoire où on lui fait comprendre qu’elle n’a pas grand chose à attendre des concours des grandes écoles parisiennes, à la capitale où elle ne se sent jamais à sa place. A l’image de l’infortunée héroïne de Sade dont elle a hérité le prénom, Justine semble lancée dans une fuite sans fin, d’un pays à l’autre, ou d’un milieu à l’autre, elle étudie la rage au ventre, avec l’obsession de "s’en sortir", de déjouer les frontières, de l’Ambassade de France en Syrie aux Etats-Unis en passant par Paris. Et pourtant, partout, elle retrouve la même hypocrisie, la même lâcheté chez ceux qu’elle rencontre et notamment chez ses invisibles supérieurs, qu’ils soient fonctionnaires français en Syrie ou producteurs de films à New York. Le mot de "territoire" revient tout le temps, dans ce roman de formation rageur, citons-la : "À l’épreuve du vide, j’appris à ne me fier qu’au territoire. Il est la seule matière, l’unique élément de la vie des hommes. Je me méfie du récit des origines, des sociologies, des familles. J’accorde peu de crédit au mythe de l’éducation et aux affres du travail, mais je crois absolument à la Bible que nous livrent les territoires."

Oui, le mot de "territoire" revient sans cesse, mais est-ce que ce n’est pas d’abord celui d’époque qu’il faudrait mettre en avant? Comme chez Philippe Claudel, n'est-ce pas aussi une époque qu'elle met en accusation dans ce livre, une époque de chiens ?

Leurs choix musicaux :

  • Philippe Claudel : "When", Lisa Ekdhal et Ane Brun
  • Justine Bo : "Into the black", The Chromatics

L’écrivain est un géographe, étymologiquement parlant, c’est-à-dire "l ‘homme qui écrit la terre", Philippe Claudel

On se laisse façonner par les lieux qu’on a arpentés, ils ne nous quittent jamais, Justine Bo

Pour aller plus loin :

Bibliographie

Si nous ne brûlons pas

Si nous ne brûlons pasJustine BoEditions des équateurs, 2018

Intervenants
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