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Salman Rushdie

Salman Rushdie, le dernier conteur ?

1h
À retrouver dans l'émission

Le Temps des Ecrivains

Salman Rushdie
Salman Rushdie Crédits : Syrie Moskowtiz

Bonjour et bienvenue dans Le Temps des écrivains, le magazine littéraire de France Culture. Aujourd’hui, une émission exceptionnelle puisque nous passons cette heure avec celui qui est probablement l’un des derniers grands conteurs de notre temps, quelqu’un qui n’a pas peur de raconter des histoires aussi magiques que réalistes, quelqu’un pour qui la fiction n’est pas un vain mot, quand bien même il a été parfois pris dans les rets cruels de la réalité la plus violente. Cet homme, c’est Salman Rushdie. Les français le connaissent bien, et depuis longtemps. Depuis Les enfants de Minuit qui lui avait valu le Booker Prize, avant Les versets sataniques, qui eux lui ont valu de gros ennuis en 1989. On commence l’émission par son rapport à la France, qui l’a beaucoup soutenu, et en rappelant le contexte de cette journée de 1989 qu’il racontait dans ses Mémoires, Joseph Anton (Plon), livre à lire, absolument, sur ses années de « chambre noire », comme il les qualifie. On est en 1989, à Londres. Salman Rushdie est chez lui, en train de penser à son fils de 9 ans, à qui il a promis d’écrire une histoire qu’il pourrait lire. Il pense à St Judy’s Comet, la berceuse écrite par Paul Simon pour son fils. « Little sleepy boy, do you know what time it is? » Et soudain le téléphone sonne, il décroche, et il apprend, par une journaliste, qu’il vient d’être condamné à mort par un ayatollah à cause  des Versets sataniques. Et il pense à nouveau à son fils : « Si je ne peux pas écrire pour endormir mon petit garçon, je suis peut-être un père célèbre mais pas un super papa. »  Cette fatwa déclenche une période folle où il doit se cacher, sortir avec des escortes, dont les membres suspectent tout le monde, même son plus proche entourage. Des moments hallucinants, aussi, comme se concert de U2 à Wembley où il est acclamé, sur la scène, par 80 000 personnes. L’auteur évoque ce souvenir marquant… et sonore ! Evoque aussi « cet art ancien et magnifique qu’on appelle littérature », pour lequel, peut-être, il devrait mourir, comme il se disait à l’époque, pour ne pas devenir fou. On demande à Rushdie comment il va, surtout que dans son précédent roman, « Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits », il y avait ce passage où un personnage de philosophe discutait avec sa femme sur le nom qu’il donnerait à ses enfants, et déclarait : « les appeler Rushdi (sic) reviendrait à les envoyer dans l’Histoire avec une marque sur le front ». On ne pouvait pas, lisant cela, ne pas voir alors une référence au tour qu’avait pris son destin d’écrivain avec « Les Versets Sataniques » en 1988.  Quel regard porte t-il sur ce texte aujourd’hui ? « Je suis comme Edith Piaf, je ne regrette rien », confie t-il, avant d’expliquer cette phrase qu’il a prononcée récemment : « il y a désormais d’autres raisons d’avoir peur, d’autres gens à tuer. » 

L’émission ensuite se concentre sur la fiction et son nouveau livre, La Maison Golden. Dans ses mémoires, Rushdie disait en effet qu’écrire de la fiction lui donnait la possibilité de s’échapper de la « chambre noire » dans laquelle il était plongé. 

Qu’attend-il désormais de la fiction maintenant qu’il est sorti de la chambre noire ?

C’est en effet à la fiction qu’il revient avec La Maison Golden. On y assiste, à travers les yeux fascinés d’un certain René, fils d’universitaire qui rêve de devenir un grand réalisateur de cinéma, à l’arrivée à New York, de nos jours, de quatre très curieux personnages dans une résidence huppée de Greenwich village. Un père millionnaire et ses trois fils, venus d’un pays d’orient dont ils ont pour consigne de taire absolument le nom, même si l’on reconnaît l’Inde, pays dont est originaire Salman Rushdie. Ils doivent également taire leur véritable patronyme. Pour quelles raisons ? Le roman nous le dira. En attendant, le lecteur est prié de faire connaissance avec ces héros au nom d’emprunt riche de sens (« Golden ») et aux prénoms très antiques : pour le père, Néron Julius, et pour les fils, Apuleius, Dionysos, et Petronius, références antiques d’autant plus surprenantes que le roman évoque les États-Unis d’aujourd’hui, et l’élection de Donald Trump évoquée ici par le biais d’un personnage aussi terrifiant que ridicule appelé « le joker », comme le méchant dans Batman. Les États-Unis d’aujourd’hui mais plus encore, puisqu’il est question de la culture pop et des australiens qui se déclarent de la religion Jedi, des tueurs drogués des attentats de l’hôtel Taj Mahal à Bombay (2008), d’une Sibérienne de petite vertu possédée par Baba Yaga, la sorcière des contes russes, du pénis de Napoléon, de l’art contemporain, du « Feu Follet » de Louis Malle et du « Great Gatsby » de Scott Fitzgerald… Salman Rushdie serait-il le dernier conteur de notre temps, lui qui ouvre son livre par une citation des conteurs de rue de la Rome antique,  « Donne moi une pièce en cuivre et je te raconterai une histoire en or » ? Nous lui avons demandé durant cette heure de conversation passionnante, précise, tragique et drôle, comme lorsqu’il nous explique pourquoi Hermione, ans Harry Potter, est son héroïne de fiction préférée ! 

The Godfather  thème

Walk on the wild side  Lou Reed 

New York, New York Frank Sinatra

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