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Nedim Gürsel et Valérie Manteau

Valérie Manteau et Nedim Gürsel

59 min
À retrouver dans l'émission

LE TEMPS DES ECRIVAINS du samedi 15 décembre 2018

Nedim Gürsel et Valérie Manteau
Nedim Gürsel et Valérie Manteau Crédits : Christophe Ono Dit Biot - Radio France

Aujourd’hui dans « Le Temps des écrivains », une émission un peu spéciale, parce qu’on va voyager. Pas seulement en littérature, mais dans un pays, un pays bien connu des écrivains qui en ont souvent chanté les délices, les mystères, les minarets et les coupoles, et qui désormais le scrutent avec inquiétude. Ce pays, c’est la Turquie, jadis objet de fascination et aujourd’hui d’interrogation pour les écrivains. Nous en avons deux autour de la table avec nous, un turc, et une française. La française, c’est Valérie Manteau, prix Renaudot 2018 avec « Le Sillon » (le Tripode), et le turc, c’est Nedim Gürsel, écrivain plusieurs fois envoyé au tribunal par le pouvoir turc, et qui publie « Turquie libre, j’écris ton nom » (Editions Bleu autour)

Après un premier roman, « Calme et tranquille », qui s’intéressait à « l'irruption brutale de la violence dans la vie d'une jeune femme » - il s’agissait du massacre, le 7 janvier 2015, de la rédaction de Charlie hebdo où elle avait œuvré de 2008 à 2013 - et qui était une sorte de traité de survie pour temps meurtriers, Valérie Manteau nous offre avec « Le Sillon » le récit d’une errance à Istanbul, au moment où la violence fait à nouveau irruption dans sa vie. On est en 2016. A Istanbul, la jeune femme, française, a rejoint son amant turc, mais ses états d'âme, et le délitement de la relation amoureuse, vont bientôt la porter à s’intéresser à une autre figure masculine. Celle de Hrant Dink, écrivain et journaliste charismatique, figure de proue de la communauté arménienne en Turquie, militant pour la paix, tué en janvier, le 19 janvier 2007, par un militant nationaliste, abattu en pleine rue devant le siège de son journal « Agos », mot qui, en turc comme en arménien, signifie « sillon » et qui donne son titre à votre livre. On y suit la narratrice dans sa vie de tous les jours, entre son quotidien stambouliote parmi une foule de personnages très attachants - artistes, psychologues, caricaturistes et journalistes engagés pour la liberté d’expression, et la liberté de vivre comme ils l’entendent - et son enquête sur Hrant Dink, dont elle ne parvient pas, absurdement, à prononcer le nom, mais auquel elle veut consacrer un livre, celui que nous lisons. Ce livre, c’est donc à la fois le récit de la décomposition d’un pays et de la décomposition d’un amour. Pourquoi Valérie Manteau a t-elle choisi de prendre la Turquie pour territoire romanesque ? Le souvenir de tous ces écrivains qui l’y ont précédé a t-il joué ? Se met-on dans « le sillon » des autres ? 

Nedim Gürsel est l’un des écrivains les plus importants de Turquie. Auteur d’une vingtaine de romans, nouvelles, essais et récits de voyage, lauréat de l’académie de la langue turque pour son premier récit Un long été à Istanbul, accusé, après le coup d’État militaire en 1981, d’avoir diffamé l’armée turque, il est aussi l’auteur du roman « La Première femme », également accusé, en 1983, d’offense à la morale publique et censuré par le régime militaire. En 2008, c’est son roman Les Filles d'Allah qui est jugé blasphématoire. Nedim Gürsel est acquitté en 2009. Sous tous les régimes, l’écrivain a donc été traîné devant les tribunaux pour ses livres, et aujourd’hui le recueil de chroniques qu’il fait paraître, réunies sous le titre, « Turquie libre, j’écris ton nom », parues dans Le Monde, Libération, ou le journal turc Milliyet entre 1983 et 2018, décrivent la façon dont un écrivain observe la dérive de son pays. Il est dans ce livre beaucoup question d’Erdogan, l’homme qui dit que « les Turcs ne sont jamais descendus de cheval » - leitmotiv de ce texte – mais aussi du retour de la religiosité, de l’encadrement de la vie par le pouvoir, et de la poésie de Nezim Hikmet, l'une des figures majeures de la littérature turque du XXe siècle, et qui passa quelques quinze ans en prison, condamné pour marxisme. Pourquoi cette figure est-elle convoquée par Nedim Gürsel ? Parce qu’elle montre, peut-être, combien la condition de l’écrivain en Turquie n’a jamais cessé d’être compliquée, celui qui use de sa plume étant souvent considéré comme un ennemi par le régime. 

Comment ces deux écrivains voient-ils le présent et l’avenir d’un pays qui a tellement fasciné les écrivains par son rôle de trait d’union entre l’orient et l’occident ? Et comment l’incorporent-ils dans leurs textes, qui mêlent la politique à la fiction ? 

Choix musical de  Valérie Manteau   Bashung - La nuit je mens

Choix musical de Nédim Gürsel "Ey Ozgurluk!" Zulfu Livaneli ( en turc)

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