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Campagne de sensibilisation "Stop djihadisme" lancée par le gouvernement en 2015

La compréhension de la radicalisation islamiste a-t-elle progressé ?

38 min
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Depuis trente ans, les analystes du phénomène djihadiste s'écharpent quant à la compréhension de ce dernier. D'où proviennent ces divergences et ont-elles un intérêt scientifique ? La nouvelle génération de chercheurs travaillant sur l'islam politique s'est-elle détachée des controverses ?

Campagne de sensibilisation "Stop djihadisme" lancée par le gouvernement en 2015
Campagne de sensibilisation "Stop djihadisme" lancée par le gouvernement en 2015 Crédits : Joel SAGET - AFP

Demain, à Mulhouse, le président de la République devrait prononcer le premier des discours qu’il a annoncé à propos de ce qu’il appelait encore il y a quelques semaines, le "risque du communautarisme" dans la société française.

Ce discours mettrait en avant, selon certaines sources, le « séparatisme » de certains quartiers dans lesquels l’islamisme se serait installé et prospérerait. Une analyse qui ne fait pas l’unanimité dans le milieu des chercheurs spécialisés sur la radicalisation islamiste. 

Séparatisme et communautarisme

D'après Hugo Micheron, le président de la République préfère parler de "séparatisme" plutôt que de "communautarisme" pour des raisons de "sémantique et de communication politique". Cela lui permettrait d'"ouvrir le débat" au delà de la "question de l'islam et de l'islamisme et plus largement des questions relatives aux tensions politiques et religieuses" en France. 

Séparatisme a été préféré à communautarisme parce que cela renverrait à un phénomène qui se déroulerait sur le territoire français et non pas à un comportement uniquement religieux. Il s'agit de considérer les tendances à l'échelle d'un territoire ou d'un groupe d'individus et de militants, plutôt que simplement afférer des tendances et des dynamiques à l'évolution d'un discours religieux.          
Hugo Micheron 

A ce propos, la chercheuse belge Corinne Torrekens apporte un regard extérieur : "Le débat public belge est très différent du débat public français puisque la Belgique est organisée sur la base de communautés culturelles avec une communauté française et une communauté néerlandophone". 

A propos du terme séparatisme, je crois qu'il apporte plus de vertus de confusion que d'éclaircissement. En effet, il renvoie à la question des pratiques que l'on peut qualifier d'orthodoxes [...] qui induit forcément des comportements de séparation à l'égard de la société majoritaire. Et pourtant, ces pratiques ne tombent pas sous le coup de la loi. Je trouve donc que ce terme obscurcit le débat plus qu'il ne l'éclaircit.          
Corinne Torrekens

Islamisation de la radicalité ou radicalisation de l'islam : un débat scientifique ? 

Alors que la controverse oppose depuis des années la thèse d'Olivier Roy sur l'islamisation de la radicalité et celle de Gilles Keppel concernant la radicalisation de l'islam, la chercheuse Leyla Dakhli, analyse ce paysage intellectuel français tout en essayant de prendre du recul vis-à-vis de ce dernier.

A la question de savoir si le débat a dépassé la binarité depuis les attentats de 2015, elle répond d'une part qu'"il ne faut pas penser que tout a commencé en 2015. Depuis les années 1980, les chercheurs travaillent largement sur l'islam politique". D'autre part, elle admet ne pas être complètement certaine que le débat ait avancé, "les conditions ne sont pas remplies pour que le débat scientifique puisse avoir lieu". 

Le débat est d'emblée piégé, il n'y a pas d'espace de discussion entre les différentes méthodologies. [...] Si on voulait réfléchir à un débat scientifique sur ces questions là, il ne faudrait pas uniquement convoquer des spécialistes de l'islam mais aussi des experts des banlieues.          
Leyla Dakhli

Bernard Godard, ancien responsable du Bureau central des cultes au ministère de l'Intérieur, note qu'à partir des attentats de 2015, "la réflexion de l'Etat a été bouleversé : s'est posée la question de savoir ce que l'on faisait de la recherche. Dès lors, on a ouvert des tas de portes un peu rapidement, sans distinction, sans préparation". 

Intervenants
  • historienne, spécialiste du monde arabe contemporain, chercheure au CNRS (centre Marc Bloch, Berlin)
  • ancien responsable au Bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur
  • chercheur au sein de la chaire d’excellence Moyen-Orient Méditerranée de l’Ecole normale supérieure, et enseignant à Sciences Po Paris
  • professeure en sciences politiques, chercheuse au GERME à l'ULB, directrice de DiverCity
L'équipe
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