LE DIRECT
Deux soeurs agitent le drapeau français.

La France a-t-elle besoin de patriotes ?

43 min
À retrouver dans l'émission

En cette journée du 14 juillet et du traditionnel défilé militaire, il convient de s’interroger sur le sentiment patriotique qui anime ou non les Français. Ces derniers doivent-ils aimer la France ? Faut-il en effet exalter le patriotisme, ou se méfier de ses excès ?

Deux soeurs agitent le drapeau français.
Deux soeurs agitent le drapeau français. Crédits : Bouton Pierre / EyeEm - Getty

5000 participants et 25 000 spectateurs en tribune. Après une cérémonie restreinte l’an passé, pour cause de Covid-19, le traditionnel défilé du 14 juillet est de retour sur l’avenue des Champs-Élysées. Fête nationale depuis 1880, cette grande parade militaire, placée cette année sous le thème « Gagner l’avenir », est l’occasion de s’interroger sur ce que signifie  « aimer sa patrie ».

Chanter la Marseillaise, agiter le drapeau national suffisent-ils à fédérer un collectif, un pays, une nation ? Et au fond, qu’est-ce que le patriotisme ? Car cette notion, aux contours obscurs, est mobilisée par d’innombrables camps : par le gouvernement, pour promouvoir le tout nouveau Service national universel, par des souverainistes de gauche, pour appeler à reconstruire un modèle qui redynamiserait la production nationale, par l’extrême-droite, qui s’oppose aux mondialistes, ou encore par des militaires qui appelaient à défendre, en avril dernier dans Valeurs actuelles, le patriotisme contre le délitement de la France.

Aujourd’hui, nous nous demanderons donc ce que le mot patriotisme veut dire, en nous interrogeant à la fois sur les promesses qu’il charrie et les dérives qu’il dissimule. La France a-t-elle besoin de patriotes ?

Pour en parler, nous recevons Yascha Mounk, professeur à l'université John Hopkins de Baltimore, Nicolas Offenstadt, historien et maître de conférences à l'université Paris I, et Béatrice Angrand, présidente de l'Agence du service civique. 

Si je me demande – évidemment, tout le monde a le droit de ne pas être patriote, de pas être nationaliste ! – est-ce que la France va être un pays plus juste, plus efficace, plus riche, plus culturellement intéressant ? Si la majorité des citoyens ont un sentiment de commun, ont un sentiment d’amour pour leur propre patrie, qui peut être critique, qui peut aussi pointer vers les choses qui ne sont pas parfaites, mais qui quand même s’engage à rendre ce pays et cette collectivité plus belle ? Je crois que pour moi la réponse est clairement oui, et c’est pour ça que je crois que le patriotisme est, à la fin, une force positive.      
Yascha Mounk

Moi ce que j’observe dans la jeunesse, c’est une jeunesse extrêmement engagée sur des causes, principalement la lutte contre le réchauffement climatique, l’égalité femmes-hommes, la lutte contre les discriminations. Il me semble que toute cette énergie qu'ils déploient, quand on parle en détail avec eux, ils la ramènent assez vite malgré tout au désir de faire progresser leur territoire et leur pays. Donc le lien se fait, ce n'est pas spontané, mais quand on les interroge, il y a quand même un lien direct. Pour autant l’amour de la France, ça ne se décrète pas, c’est comme tout sentiment, ça se construit ou non.      
Béatrice Angrand 

Le patriotisme devient une forme d’adhésion obligatoire. Et donc il y a une interrogation à poser, qui est de savoir : est-ce que ça a un sens d’adhérer à un pays sous forme d’injonction, sous forme d’une liste de règles morales auxquelles il faudrait adhérer, sous forme de symboles qu’il faudrait respecter ? Ça c’est le retour un peu réducteur je trouve, c’est très négatif […] On peut appartenir à une communauté politique sans forcément investir tous idéologiquement ou affectivement la même chose. Autrement dit vous pouvez tout à fait appartenir à la communauté française, payer vos impôts, vous comporter de manière très droite avec la loi et avec vos concitoyens sans avoir le moindre sentiment pour le collectif. Vous respectez ce collectif, qui est le vôtre, mais vos sentiments sont ailleurs.      
Nicolas Offenstadt

Pour aller plus loin 

Nicolas Offenstadt : « Les symboles patriotiques ne renvoient pas un discours unique sur la nation », un article Libération

Au service national universel, ambiance « colo » sous les drapeaux, un article du Monde

Bibliographie

Le peuple contre la démocratie

Le peuple contre la démocratieEditions de l'Observatoire, 2018

Intervenants
  • professeur à l’Université Johns Hopkins à Baltimore et auteur de « Le peuple contre la démocratie » (Editions de l'Observatoire, 2018)
  • historien, maître de conférences à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • présidente de l'Agence du service civique
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......