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Marche contre le racisme et le fascisme à Hanau le 22 février 2020

L'Allemagne a-t-elle sous-estimé le "poison du racisme" ?

39 min
À retrouver dans l'émission

Les attentats d’Hanau du 19 février dernier réactivent l’actualité de la menace terroriste en Allemagne. Le « poison du racisme » a-t-il été sous-estimé outre-Rhin ? Quels sont les liens entre le parti anti-migrants Alternative pour l’Allemagne (AfD) et la violence d’extrême droite ?

Marche contre le racisme et le fascisme à Hanau le 22 février 2020
Marche contre le racisme et le fascisme à Hanau le 22 février 2020 Crédits : Michael Debets - Getty

La semaine dernière, un individu a provoqué la mort de neuf personnes en ouvrant de feu dans deux bars à chicha de la ville de Hanau, à quelques kilomètres de Francfort. Un événement qui, après l’assassinat du préfet Walter Lübcke et l’attentat contre la synagogue de la ville de Halle, a signé la permanence d’une extrême-droite raciste et meurtrière

Pourtant, c’est dès le début des années 2000 que celle-ci s’est manifestée par un groupe qui a commis neuf meurtres, la NSu, clandestinité nationale socialiste.

Ce qui était apparu jusqu’alors comme des actes racistes isolés, provoque aujourd’hui un sentiment étrange : l’Allemagne, qui s’était sentie jusqu’à il y a peu immunisée contre le retour du racisme et de l’antisémitisme, n’a-t-elle pas surestimé sa capacité de défense contre le poison du racisme ?

Notre invitée Nele Wissmann est l'auteure de la note « Le Terrorisme d’extrême droite en Allemagne. Une menace sous-estimée ? », Notes du Cerfa, no 151, IFRI, décembre 2019.

Les racines historiques de l'extrême droite allemande 

Nele Wissmann note que déjà après-guerre, l'extrême droite était présente en Allemagne mais que "c'est vraiment à partir de 2002 que l'Allemagne commence à avoir des statistiques sur les crimes d'ordre politique qui sont motivés par l'idéologie d'extrême droite". 

L'extrême droite est présente à la fois dans les cellules néo-nazis mais aussi dans un parti comme l'AfD, qui crée un climat politique qui fait que ces cellules sont aujourd'hui prêtent à passer à l'acte. Nele Wissmann 

L'historienne Hélène Miard-Delacroix souligne que "le NPD, qui est une parti néo-nazi national démocrate, avait réussi à avoir des succès électoraux dans les années 1960 dans l'Allemagne de l'Ouest". 

Elle note l'"infiltration" récente de ce parti dans l'appareil d'Etat: "Il y a deux ans, une plainte a été portée contre le NPD pour le faire interdire du fait de son comportement et ses valeurs qui iraient contre la Constitution. Les rapports ont montré l'identité exacte entre le NPD, les valeurs nazies et le mode d'organisation. Et pourtant, les juges ont considéré qu'il n'y avait pas de danger immédiat".

Il ne faut pas faire comme si l'AfD était un parti qui sortait de nulle part. [...] C'est quelque chose qui n'est pas nouveau, cette façon qu'a l'AfD de donner une voix et une respectabilité à un ensemble de valeurs et de mots qui fonctionnent comme des codes et qui sont parfaitement compris par des groupes qui, eux, les interprètent comme une invitation à s'imposer et à aller plus loin dans la provocation. Hélène Miard-Delacroix 

Franka Günther rappelle que les racines de l’extrémisme de droite sont le fait du "mécontentement de la population, qui est là, qui est réel et qui repose sur le fait que l'unification s'est faite avec une rapidité extraordinaire et un taux de chômage qui allait jusqu'à 25 %. [...] Il y a trente ans, les gens ont du faire face à un changement de vie et beaucoup se sont retrouvés en bas de l'échelle sociale".

On entend beaucoup, quand on parle avec les gens en Allemagne qui votent AfD, : "Moi je ne suis pas xénophobe, mais ce n'est pas juste qu'on leur -les étrangers- donne un logement, alors que moi, je n'en ai pas." [...] C'est une façon de dire qu'ils se sentent délaissés. Hélène Miard-Delacroix 

L'anti-antifascisme de l'AfD 

Aujourd'hui, c'est une sorte de guerre civile qui se passe entre les antifascistes et les anti-antifascistes. Nele Wissmann 

D'après Nele Wissmann, nous assistons à l’embourgeoisement et à la radicalisation de l'extrême droite : "L'AfD fait partie du paysage politique, ils sont présents au Bundestag et dans les Länder, et en même temps, ils sont aujourd'hui beaucoup plus violents. Ils sont prêts à passer à l'acte parce que, justement, ils pensent que de toute façon, avec un parti qui est au Bundestag, il ne va rien se passer".

L'anti-antifascisme est représenté selon cette dernière par "des militants nationalistes autonomes, notoirement présents à Dortmund, qui ont le même code vestimentaire que l'extrême gauche".

Franka Günther souligne que l'antifascisme était omniprésent en Allemagne de l'Est et que son enseignement était donné "pratiquement à la naissance". Cependant, elle note que "l’antifascisme était uniquement communiste". A ce titre, Hélène Miard-Delacroix regrette que "l'antifascisme en RDA était uniquement un anticapitalisme. [...] On ne parlait pas du tout des problèmes de fond comme le racisme et l'antisémitisme"

Intervenants
  • Professeure d'histoire et de civilisation de l'Allemagne contemporaine à Sorbonne Université
  • chercheuse associée à l'IFRI, spécialiste de l'Allemagne et des migrations
  • directrice des "Rendez-vous de Weimar avec l’histoire"
L'équipe
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