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Définition du terme "Souveraineté" dans le dictionnaire Le Robert

Les termes du débat 8/44 : "Souveraineté"

38 min
À retrouver dans l'émission

Nationale, européenne, populaire, énergétique, ou encore alimentaire, la souveraineté irrigue les discours des candidats à la présidentielle. Son usage se rapporte à des questions d'autonomie, de volontarisme politique mais aussi parfois au souverainisme. Comment interpréter cette omniprésence ?

Définition du terme "Souveraineté" dans le dictionnaire Le Robert
Définition du terme "Souveraineté" dans le dictionnaire Le Robert Crédits : Sarah Marx

Vous avez entendu ce terme, augmenté ou non, d’un adjectif comme industriel ou économique, alimentaire ou militaire, courir de bouche en oreille, là même où il pouvait apparaître dépassé voire ringard. 

Bref la souveraineté est revenue à la mode en politique, à gauche comme à droite. En particulier quand on évoque la relation à la construction européenne comme l’a montré cette semaine  la tension entre  le gouvernement polonais et la commission européenne. 

Mais de quoi parle-t-on exactement quand on parle de souveraineté ? En quoi diffère-t-elle du souverainisme ? Peut-il y avoir deux corps du souverain, national et européen ? De qui et de quoi est-on le souverain ? 

Pour ce débat spécial en partenariat avec le journal La Croix, Emmanuel Laurentin et Béatrice Bouniol reçoivent Marie-Françoise Bechtel, présidente de la fondation Res Publica et ancienne députée et Jean-Yves Pranchère, professeur de théorie politique à l'Université libre de Bruxelles.

"Je voudrais signaler qu'il y a tout de même une tension entre souveraineté et démocratie, c'est-à-dire que la définition de la démocratie par la souveraineté populaire ne va pas de soi. Si l'on fait l'histoire la souveraineté, on trouve d'abord une première ambiguïté qui est que la souveraineté se définit à la fois, de manière tout à fait formelle comme le caractère d'une puissance qui n'a pas de supérieur, on parle d'ailleurs de la souveraineté fonctionnelle de la cour de cassation, d'autre part on tend aussi à l'identifier à ce qu'on pourrait appeler la puissance publique de l'État, qui est en réalité autre chose. En effet, il peut y avoir une puissance publique de l'État sans souveraineté, on peut aussi avoir des souverainetés tout à fait impuissantes. La deuxième ambiguïté, qui est tout à fait redoutable, tient à cette idée de souveraineté inconditionnelle. Une souveraineté inconditionnelle, ça peut très facilement devenir une tyrannie. Le droit de faire et de défaire les lois à sa guise. Ainsi, on se pose la question de savoir ce que c'est que cette souveraineté du peuple, si cette dernière est vraiment inconditionnelle, est-ce que cela veut dire par exemple que le peuple a le droit souverainement d'abandonner sa souveraineté ou de mettre fin à la démocratie. C'est pourquoi il y a eu toute une série de penseurs de tous les camps : Schumpeter du côté libéral, Duguit du côté des républicains sociaux, Kelsen du côté social démocrate (...) Le concept de souveraineté a été démocratisé par Rousseau sous la forme de l'idée que la République était la "monarchie de la volonté générale", ce qui suppose des conditions d'unité des volontés populaires qui sont irréalisables. Claude Lefort au XXème siècle disait que la seule traduction de la souveraineté du peuple est cette traduction négative qui fait qu'on est pas soumis à un tiers dont on serait le sujet, c'est l'exclusion d'un tiers souverain mais en même temps disait-il c'est forcément un lieu vide, une réalité inappropriable parce que personne ne peut prétendre être le peuple, ceux qui exercent le pouvoir ne sont jamais le peuple souverain lui-même mais des sortes de tenants lieu qui sont dépositaires d'un pouvoir qui n'a pas en lui-même de traduction empirique, ce pourquoi il reste un symbole" Jean-Yves Pranchère

"Il y a une différence entre une souveraineté interne et une souveraineté externe : en d'autres termes, l'indépendance de l'État national est la condition sine qua none sans laquelle une souveraineté interne, celle du peuple, ne peut pas s'exercer. Pour que la souveraineté interne, celle du peuple puisse s'exercer de manière démocratique, et là je retrouve Jean-Yves Pranchère, la souveraineté n'est qu'une condition nécessaire mais non suffisante pour que le peuple exerce de manière démocratique sa souveraineté. Il y a naturellement des États souverains qui sont tout à fait illibéraux pour ne pas dire dictatoriaux , et il y a aussi des États démocratiques qui ne sont pas souverains. La démocratie est une organisation interne, après tout, on la retrouve dans l'entreprise, dans différent cercles, la démocratie en soi et pour soi ne suppose pas de cadre national. Je pourrais ajouter un troisième étage  la fusée, qui est l'étage républicain parce que toute démocratie n'est pas forcément républicaine. Dans la tradition française, nous avons une constitution qui proclame les droits de l'homme et du citoyen, or on y reviendra, il est très important de ne pas évacuer le citoyen de cette succession parce que sinon nous entrons dans un contexte théorique et imaginaire tout à fait différent. Dans la constitution, le peuple est le dépositaire de la souveraineté et par conséquent la loi nationale est elle-même souveraine" Marie-Françoise Bechtel 

Intervenants
  • Professeur de théorie politique au sein du département de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles
  • Présidente de la Fondation Res Publica, ancienne députée, ex-directrice de l'ENA et conseillère d'État honoraire
L'équipe
Production
Production déléguée
Avec la collaboration de
Réalisation
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