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Définitions multiples du terme "travail" dans le Petit Robert, édition 2009.

Les termes du débat 6/44 : "Travail"

37 min
À retrouver dans l'émission

En direct des Rendez-vous de l'Histoire de Blois consacrés cette année au "Travail", nous débattons avec deux historiens de la notion de "valeur travail". Omniprésente dans le débat public et dans la campagne présidentielle, que recouvre cette expression ? Existe-t-il une "valeur travail" ?

Définitions multiples du terme "travail" dans le Petit Robert, édition 2009.
Définitions multiples du terme "travail" dans le Petit Robert, édition 2009. Crédits : Sarah Marx

Qu’il soit en miette ou qu’il soit une valeur, qu’il soit doublé de son opposé, le non-travail, dont Xavier Mauduit a parlé toute la semaine dans le Cours de l’Histoire, qu’il soit accouplé avec le salaire, le travail occupe nos vies jusqu’à nous obséder. Et à obséder agacement celles et ceux qui nous dirigent, tant les courbes  (du chômage) jouent sur leur cote ( de popularité ). 

Dans la campagne qui s’annonce, une des questions posées aux candidats et candidates portera sur la façon de vivre dignement de son travail. Anne Hidalgo veut qu’on travaille mieux pour qu’on vive mieux, Xavier Bertrand plaide pour une société du travail, Marine le Pen affirme que les agriculteurs doivent vivre de leur travail tandis que la République en Marche rappelle que sa charte comporte quatre valeurs, la liberté, l’Europe, la bienveillance et le travail.

Mais on sait que l’usage politique de ce terme est daté et dépend des acteurs qui l’emploient. 

Emmanuel Laurentin reçoit les deux historiens Claire Lemercier, directrice de recherche au CNRS et membre du Centre de sociologie des organisations à Sciences Po et Nicolas Hatzfeld, professeur émérite en histoire contemporaine à l'université d'Évry, Paris-Sacley.

" Certains disent : "Travailler, c'est se confronter à ce qui résiste", et je trouve que c'est intéressant parce que justement on retrouve cette double dimension : travailler, c'est difficile, parfois même physiquement douloureux mais il y a parfois des réussites, qui nous rendent fières. Travailler, c'est ce qui n'est pas purement routinier, fonctionnel qu'une machine pourrait faire, il y a des choses inattendues ".  Claire Lemercier

" Dans des lectures récentes, j'ai été très étonné de voir un utopiste, philosophe, ouvrier  du XIXème siècle expliquer que la seule façon convenable d'être libre au travail est de ne pas être salarié. C'était une découverte pour moi d'apprendre que le salariat était à ce point rejeté parce que j'étais quand même assez installé dans l'idée que le salariat était une protection, plutôt qu'autre chose. ll y a eu souvent des balancements entre tenter sa chance en se mettant à son compte et se protéger en se mettant dans une position de salarié. D'ailleurs, il y a des gens qui pratiquent la double activité et la double situation ". Nicolas Hatzfeld

" Aujourd'hui, on demande aux travailleurs dans les grandes entreprises une adhésion aux objectifs de l'entreprise. Celle-ci a souvent une devise, une charte philanthropique, des grandes valeurs comme c'est le cas pour Facebook par exemple, il y a cette idée que les salariés ne sont pas là que pour "gagner leur croute" mais plutôt pour participer à un grand projet collectif et humain. C'est une vieille histoire que cette question de l'autonomie des travailleurs par rapport à leur emploi : je repensais à Denis Poulot qui est un patron du XIXème siècle et qui a fait des descriptions des ouvriers parisiens. Il décrit une pratique que beaucoup de patrons dénonçaient, à l'époque,  qui s'appelait la "Saint Lundi", qui consistait pour les ouvriers  qui avaient suffisamment gagné d'argent (car ils étaient payés à la tâche)de ne pas aller travailler le lundi, les patrons ajoutaient  qu'ils allaient au cabaret. Je crois  qu'assez souvent, c'était des gens qui avaient un autre travail à côté, qui leur faisait plus plaisir et auquel il pouvait prendre le temps de s'adonner. La hantise du patron, c'est la personne qui ne travaille que pour vivre parce qu'elle a plus de capacité de partir ". Claire Lemercier

" Il y a quelque chose qu'un psychologue Yves Clot relève qui est dans le language courant des ouvriers, c'est un "travail bien fait", bien faire son travail. C'est une formule extrêmement simple mais qui dit quand même l'attachement à pouvoir organiser son travail une fois qu'on sait la tâche qu'on à faire, pour pouvoir avoir une relative maitrise de ce dernier. L'attachement aussi à  avoir une prise sur le sens qu'on donne à son travail et à la façon dont les choses se déroulent. À contrario, l'expression "ni fait, ni à faire" renvoie à un travail organisé n'importe comment, pour lequel on a dépossédé les gens qui effectuent le travail d'une relative maitrise sur la façon d'organiser les choses qu'ils font ". Nicolas Hatzfeld

Intervenants
  • Chargée de recherche au CNRS, au Centre de sociologie des organisations. Se recherches portent sur les institutions, pratiques, acteurs et régulations de l’économie, principalement dans la France des XIXe et XXe siècles, parfois en comparaison avec l’Angl
  • Professeur d'histoire contemporaine à l’université d'Évry Val d'Essonne, membre de l'IDHES (Institutions et Dynamiques historiques de l'économie et de la société).
L'équipe
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