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Benjamin Griveaux annonce le retrait de sa candidature aux élections municipales de Paris (14/02/2020)

Peut-on vraiment parler d’américanisation de la vie politique française ?

39 min
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Le recours à l'outrage, au scandale, à la publicisation de la vie privée est constitutif de l'américanisation du politique. L'affaire Griveaux traduit-elle l'importation d'un "style" de vie politique à l'américaine ? Ne serait-elle pas, à l’ère des réseaux sociaux, un symptôme de la modernité ?

Benjamin Griveaux annonce le retrait de sa candidature aux élections municipales de Paris (14/02/2020)
Benjamin Griveaux annonce le retrait de sa candidature aux élections municipales de Paris (14/02/2020) Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

Nombre des commentateurs, qui ont suivi le retrait du candidat LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, ont insisté sur la levée de la barrière symbolique séparant traditionnellement en France, vie privée et vie publique des hommes et des femmes politiques.

Les termes de « puritanisme » et « d’américanisation » ont immédiatement suivi pour qualifier la publication sur le Net, relayée par les réseaux sociaux, d’une vidéo de l’ancien porte-parole du gouvernement.

Cette américanisation supposée des mœurs en politique est-elle si réelle que cela ?

Une crainte de l'américanisation plus qu'une américanisation 

James McAuley, le correspondant du Washington Post à Paris, ne parle
pas d'américanisation de la vie politique française en ce qui concerne l'affaire Griveaux, mais voit davantage dans ce débat, "une obsession française pour l'américanisation". 

Si cette affaire s'était déroulée aux Etats-Unis, "le seul sujet de conversation publique serait l'infidélité. On a vraiment une obsession morale en ce qui concerne la vie sexuelle des hommes et des femmes politiques aux Etats-Unis", notamment du fait de l'imprégnation des "valeurs chrétiennes et conservatrices" rajoute James McAuley. "En particulier dans la classe politique, le mariage est sacré, il doit incarner une vision idéale de la vie".

Aux Etats-Unis, il y a une longue tradition du puritanisme, surtout en ce qui concerne la vie sexuelle des politiciens. Nous n'avons pas vraiment le même respect pour la vie privée en général. Lorsque l'on entre en politique aux Etats-Unis, on appartient au public.                  
James McAuley

La juriste Béatrice Guillemont précise que "le terme d'américanisation n'est pas reconnu scientifiquement, on ne sait pas ce que cela veut dire". Elle rappelle que dans la loi, la moralisation ne concerne que le domaine de l'action publique et non pas celui de la vie privée. 

A ce titre, le politiste Emmanuel Taïeb rajoute qu'"en France, ce qui était jugé choquant, c'était davantage les enrichissements personnels, les affaires et moins ce qui semblait relever de la sexualité et de la vie privée. Il y avait une tolérance très forte à l'égard des infidélités des hommes politiques". Cependant, ce dernier note qu'un changement a pu s'opérer en France vis-à-vis de cette tolérance et de l’intérêt pour la vie privée des hommes politiques, notamment du fait de l'affaire Me Too. 

Le privé n'existe plus ? 

D'après la philosophe Gloria Origgi, "Nous sommes bien au-delà de l'américanisation aujourd'hui. On assiste à une "internetisation" de la vie politique partout dans le monde". Ce que nous connaissons serait donc une période "post-politique, c'est-à-dire le passage d'un espace public dominé par l'argumentation, par la négociation, à un espace public digital dominé par les émotions et la propagande".

La philosophe souligne que nos schémas mentaux opposant le privé et le public sont anachroniques, ils se situent "dans la philosophie d'il y a cent ans".

La vieille opposition entre privé et public n'existe plus. [...] Nos vies privées sont devenues publiques et traçables, du moindre mouvement que l'on fait, jusqu'aux clics sur internet, en passant par nos habitudes de consommation.                  
Gloria Origgi

Intervenants
  • philosophe, chercheuse au CNRS, Institut Jean Nicod
  • chercheuse en Droit à l'Université de Toulouse et de Bordeaux, membre de l'équipe scientifique de l'Observatoire de l'éthique publique et du CERCCLE (Centre d'Etudes et de Recherches Comparatives sur les Constitutions, les Libertés et l'Etat)
  • professeur de Science Politique - membre de l'Institut Universitaire de France, enseignant à Sciences po Lyon
  • correspondant à Paris du Washington Post
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