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Les dernières révélations du consortium de journalistes d'investigation montrent que le téléphone portable d'Emmanuel Macron aurait été sélectionné pour être infecté par le logiciel espion Pegasus.

Pegasus : le marché de la cybersurveillance est-il hors de contrôle ?

43 min
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L'affaire Pegasus, révélée ces derniers jours par un consortium de journalistes d'investigation, est considérée par beaucoup comme le plus gros scandale d'espionnage depuis l'affaire Snowden. Comment expliquer qu’un piratage d’une telle envergure ait pu avoir lieu ? Quelles seront ses conséquences ?

Les dernières révélations du consortium de journalistes d'investigation montrent que le téléphone portable d'Emmanuel Macron aurait été sélectionné pour être infecté par le logiciel espion Pegasus.
Les dernières révélations du consortium de journalistes d'investigation montrent que le téléphone portable d'Emmanuel Macron aurait été sélectionné pour être infecté par le logiciel espion Pegasus. Crédits : John Thys - AFP

Dimanche soir, Forbiden Stories, un consortium de 17 médias internationaux, a révélé que 50.000 téléphones appartenant à des journalistes, des activistes, des avocats, ou de simples citoyens, apparaissaient sur une liste liés à un logiciel espion israélien hyper sophistiqué. Ce logiciel, appelé Pegasus, permet d’écouter des appels et d’aspirer tout le contenu d’un téléphone, sans que rien n’indique à son propriétaire qu’il a été piraté.

Hier mardi, de nouvelles révélations établissaient que les téléphones d’une partie de la classe politique, dont Emmanuel Macron, Edouard Philippe et quatorze ministres français, figurent eux aussi dans la liste analysée par Forbidden Stories et Amnesty International. Derrière cette opération : le Maroc, un pays officiellement ami.

Que vient mettre en lumière cette affaire et comment expliquer qu’un piratage d’une telle envergure ait pu avoir lieu ? A-t-on franchi un nouveau cap en matière de cyber-espionnage ?  Qu’est-ce que cette affaire a d’inédit et qui sont les responsables : NSO, Israël, les Etats qui se sont procurés ce logiciel espion ?

Pour en débattre, nous recevons Elodie Guégen, journaliste à la cellule investigation de Radio France, Lénaïg Bredoux, journaliste à Mediapart, Bernard Barbier, consultant en cybersécurité et Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, spécialisé dans les questions autour du numérique.

> 'Projet Pegasus' : révélations sur un système mondial de cybersurveillance, notre dossier complet à ce sujet

Sur l'enquête de Forbidden Stories

On a travaillé pendant plusieurs mois pour identifier qui se cachaient derrière les numéros et quels étaient les pays clients. Il a ensuite fallu faire des analyses techniques pour confirmer nos informations […] On a pris énormément de précautions parce que cette enquête pouvait mettre en danger des gens qui étaient sous surveillance […], surtout dans des pays comme le Mexique ou l’Inde où les journalistes avec lesquels on travaille peuvent être eux-mêmes victimes.    
Elodie Guégen

Sur l'espionnage orchestré par les services de renseignement marocains

La réaction française est pour le moins tempérée, timide et prudente. Il faut bien comprendre à quel point la coopération et les relations entre la France et le Maroc sont extrêmement fortes, que ce soit […] en terme de renseignement ou de contrôle des flux migratoires. Il faut quand même se souvenir qu’en 2015, l’un des chefs du renseignement marocain était venu en France, qu’à cette occasion une magistrate française avait souhaité le convoquer dans le cadre d’une plainte pour torture et que suite à cette tentative de convocation il y a eu un an de brouille diplomatique entre la France et le Maroc.    
Lénaïg Bredoux

Sur les réponses possibles à apporter au scandale Pegasus

« Il ne faut pas comparer une arme numérique avec une arme classique. Le numérique nous sert dans la vie de tous les jours donc si on n’a plus confiance dans le numérique on a un problème de fond dans notre avenir. Pour moi c’est fondamental que ces outils numériques soient contrôlés, qu’il y ait un accord international […] pour que le cyber-espace devienne un espace de liberté.    
Bernard Barbier

« La catégorie juridique de ces technologies, c’est les biens à double usage, c’est-à-dire des biens qui peuvent servir à la fois pour une utilisation civile et une utilisation militaire. La difficulté, c’est que sur ces biens à double usage, le texte qui réglemente le commerce et l’usage c’est l’arrangement de Wassenaar […] qui n’est pas contraignant. Les choses en la matière bougent extrêmement lentement.    
Olivier Tesquet

Pour aller plus loin

Pegasus : La nouvelle arme mondiale pour faire taire les journalistes, par Forbidden Stories, 18/07/2021

« Projet Pegasus » : comment la société israélienne NSO Group a révolutionné l’espionnage, par Martin Untersinger, Damien Leloup, Le Monde, 19/07/2021

Affaire Pegasus : des téléphones d'Emmanuel Macron et d'Édouard Philippe visés par le Maroc, par France 24, 20/07/2021

Abdellatif Hammouchi, le superflic du Maroc, au cœur de l’affaire Pegasus, par la rédaction de Mediapart, 22/07/2021

Intervenants
  • Responsable éditoriale aux questions de genre à Mediapart
  • Journaliste à la cellule investigation de Radio France
  • Consultant en cybersécurité, ancien directeur technique de la DGSE
  • journaliste spécialisé dans les questions numériques à Télérama, ancien d'Owni
L'équipe
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