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Jean-Luc Mélenchon s'essuie le visage après avoir été enfariné lors de ma "marche des libertés" samedi 12 juin

Violences politique : a-t-on atteint un point de non retour ?

48 min
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Comment analyser la hausse des violences envers les élus politiques ?

Jean-Luc Mélenchon s'essuie le visage après avoir été enfariné lors de ma "marche des libertés" samedi 12 juin
Jean-Luc Mélenchon s'essuie le visage après avoir été enfariné lors de ma "marche des libertés" samedi 12 juin Crédits : Sameer Al-Doumy - AFP

A l’issue de cette semaine qui a commencé par la polémique sur les propos à tournure complotiste de Jean-Luc Mélenchon ; s’est poursuivie avec la diffusion de la vidéo du youtubeur d’extrême droite Papacito, mettant en scène l’exécution d’un mannequin incarnant selon lui un militant « gauchiste » ; et qui s’est terminé, après la gifle assénée à Emmanuel Macron au cri de Monjoie Saint-Denis, par l’enfarinage cette après-midi lors de la marche des libertés de Jean-Luc Mélenchon… on peut se demander si la politique ne part pas « en roue libre ». 

L’expression, polie, est du premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure qui s’est inquiété jeudi sur France 2 du niveau de violence, verbale et physique, atteint ces dernier jours… traduction d’une colère et d’une déliquescence de notre démocratie qui augure mal de l’année électorale à venir. Mais quelle analyse peut-on faire véritablement de cette succession d’événements ? 

Quand certains, dont le président de la République, minimisent un fait à la gravité indéniable… d’autres exagèrent volontiers la portée de ces événements qui – à y regarder de près – ne sont pas inédits. Ce qui est nouveau en revanche, c’est qu’ils relèvent dans leur mise en scène et leur échos médiatique, de ce que Christian Salmon a appelé l’ère des bouffons, où s’exerce le pouvoir du grotesque.

Le problème se pose donc aujourd’hui d’appréhender ces événements à leur juste mesure… ce qui suppose d’abord de les replacer dans un contexte où clairement le sentiment de violence prédomine.

On parle plutôt d'hystérisation du débat politique, et de cette focalisation sur la question de la sécurité qui augure mal des prochains mois à venir. On parle aussi d'un certain emballement médiatique que j'expliquerais (...) par cette surexposition de scènes de violence, par les chaînes d'info en continu (...). Il y a un enchaînement d'abord de violences verbales. Mais si on regarde sur une période longue avec un regard un peu clinique, un peu froid, on ne peut pas parler d'un débordement de violence si on compare aux années 68, aux années de guerre froide, à fortiori de l'entre-deux-guerres. (...). - Isabelle Sommier - 

Je pense que dans ce qu'on a vécu cette semaine, le point commun de tout ça c'est que c'est pour l'image, càd, qu'on est vraiment dans ce que disait Debord, il y a bien longtemps, une société de spectacle qui se réduit à ce qui est vu. Et la deuxième chose qui me frappe c'est qu'on vient parler d'insultes verbales mais en fait ce que le gifleur a dit m'a beaucoup retenu. Je pense que des paroles auraient eu moins d'impact sur Emmanuel Macron, les gilets jaunes et les patriotes. "Il ne savait pas ce qu'il allait faire", dit-il, et il a choisi la gifle parce que ça avait plus d'impact. Moi je pense qu'il y a une cause profonde de désaveu de la politique dans le fait que finalement on a une dévalorisation du verbal (...) il y a l'idée que le langage n'est pas un acte. (...). Et donc ça oblige à une violence perceptible, visible pour les gens. (...). - François Jost -

Il est clair que la séquence à laquelle on a assisté est aussi largement dû à Jean-Luc Mélenchon qui, peut-être pour faire oublier ses propos, pour essayer  de détourner l'attention, a fait cette vidéo de réponse à l'attaque qu'il a subi du youtubeur Papacito et en vérité il a donné une caisse de résonance superbe à Papacito (...). La conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon a fait beaucoup plus de vue et a généré beaucoup plus de "dislike" que de "like". Donc il a été pris au piège aussi. -Benjamin Tainturier -

Intervenants
  • professeure de sociologie au Département de science politique à Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • professeur à l'université Sorbonne Nouvelle Paris III, où il enseigne l’analyse de la télévision et la sémiologie audiovisuelle
  • Doctorant au Medialab de Sciences Po sur le “Renouvellement de l’engagement militant de la droite radicale sur internet et les médias sociaux”
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