LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le choix du prochain président des Etats-Unis pourrait-il être influencé par des manoeuvres de puissances étrangères hostiles à la démocratie ?

Etats-Unis : quand la Chine et l'Iran s'invitent dans la campagne

5 min
À retrouver dans l'émission

La faiblesse des réactions américaines aux manœuvres russes de 2016 constitue aujourd'hui un encouragement pour d'autres puissances hostiles aux Etats-Unis et à la démocratie. Si le choix de son président devait y être à la merci de puissances étrangères que resterait-il de la puissance américaine ?

Le choix du prochain président des Etats-Unis pourrait-il être influencé par des manoeuvres de puissances étrangères hostiles à la démocratie ?
Le choix du prochain président des Etats-Unis pourrait-il être influencé par des manoeuvres de puissances étrangères hostiles à la démocratie ? Crédits : Richard Drury - Getty

Quel rôle l’interférence russe a-t-elle joué dans l’élection américaine de 2016 ? Aujourd'hui encore, il est impossible de déterminer si le "coup de pouce" donné par Vladimir Poutine à Donald Trump pendant la campagne s'est révélé payant ou pas. Comme le remarque Alina Polyakova, dans Foreign Affairs, voilà une opération de politique étrangère qui n’aura pas coûté cher à l’état russe. Le budget de "l'usine à trolls" de Saint-Pétersbourg, la désormais fameuse Internet Research Agency, est évalué à un million 250 000 dollars mensuels. Avec des moyens aussi ridicules, cet IRA a été capable de toucher 126 millions d’utilisateurs américains de Facebook et d’attirer un million 400 000 followers sur Twitter. 

Mais, comme l’écrit cette universitaire, présidente du Center for European Policy Analysis, le but de Poutine était autant de donner un coup de pouce à Trump que de démontrer que la démocratie est dysfonctionnelle. Bien sûr, l’autocratie, l’empoisonnement des opposants, les élections aux résultats connus d’avance, c’est tellement mieux….

Des campagnes de désinformation menées par des "usines à trolls"

Ces campagnes se sont déroulées selon un scénario désormais bien connu. Première étape, on crée des centaines de faux comptes, qui prétendent appartenir à des citoyens américains ordinaires. Ils trouvent des moyens d’attirer l’attention, afin de recruter de nombreux suiveurs. Phase deux, ces faux comptes se mettent à diffuser des messages véhéments. Par exemple, en se faisant passer pour anti-immigrés, comme le site Secured Borders, sur Facebook, d’autres pour favorables à Black Lives Matter, comme le site Blacktivist. Le site monté par les services russes, United Muslims of America a compté ainsi jusqu’à 300 000 followers jusqu’à sa suppression. 

Phase trois, ces faux comptes lancent des appels à se regrouper et à manifester. Le comble a été atteint lorsque les services russes sont parvenus à mobiliser deux groupes mutuellement hostiles et à les faire se défier. Exploit réalisé à notamment à Houston, en 2016, où un groupe manifestait contre "l’islamisation du Texas", face à un autre, descendu dans la rue pour soutenir la liberté de culte des musulmans. Les deux manifestations antagonistes avaient le même organisateur, le GRU, le service secret de l’armée russe. Mais, bien sûr, elles l’ignoraient.

Le scénario intrusif de 2016 peut-il se répéter ?

Mais nous ne sommes plus dans le même contexte aujourd’hui. Toute une communauté de spécialistes en cyber-désinformation s’est constituée aux Etats-Unis, mêlant des compagnies privées de cyber-sécurité, des consultants et des associations de défense des libertés. Elle conseille les partis politiques et leurs candidats. Mais leurs travaux sont rendus publics et, en face, les agents russes profitent de leurs découvertes pour renouveler leurs méthodes. Ainsi, ils préfèrent désormais louer des sites authentiques, plutôt que d'en créer de faux.

Certes, la commission d’enquête dirigée par Robert Mueller a permis de mettre à jour le fonctionnement de certains services russes. Elle a fourni jusqu’à l’identité des principaux employés de l’usine à trolls et le rôle joué par le GRU, en livrant des noms aux médias des pays libres. 

Et pourtant il est fort probable que Poutine recommence dans les prochains jours. Sa propagande vise à aggraver les divisions au sein des sociétés occidentales, afin de les affaiblir. Vu l’état de la société américaine après quatre ans de pouvoir de Donald Trump, le terrain est plus favorable que jamais : les antagonismes idéologiques, raciaux, religieux sont à leur zénith. 

Après Moscou, des menaces venues de Pékin et Téhéran ? 

Et surtout, relève Alina Polyakova, la faiblesse des représailles américaines aux interférences de 2016 a non seulement enhardi les Russes, mais convaincu d’autres adversaires des Etats-Unis qu’ils pouvaient, à leur tour, se lancer dans cette bataille pour le contrôle des esprits. Surtout dans un contexte politique, marqué par la guerre d’usure menée par Trump contre ses propres services. "La Russie et les autres n’ont qu’à pousser la porte ouverte", écrit-elle. 

Le chef du National Counterintelligence and Security Center, William Evanina, a émis un avertissement : "Des pays étrangers sont en train d’essayer de modifier les préférences électorales et d’accroître la discorde dans notre pays", a-t-il prévenu. Deux autres pays ont été expressément désignés comme auteurs de telles campagnes : la Chine et l’Iran. Mais si Moscou fait campagne contre Joe Biden, Pékin et Téhéran font campagne, au contraire, contre Trump. 

"Les Etats-Unis sont tristement mal préparés à un tel scénario, ils ont fait peu pour dissuader de telles attaques" écrit Alina Polyakova. En fait, on ne sait même pas quel service en est chargé. Le Global Engagement Center du Département d’Etat est censé en charge de contrer la désinformation étatique. La Cybersecurity and Infrastructure Security Agency, instituée par Trump en 2018, est chargée de la cybersécurité des organes de l’Etat. Les Démocrates déplorent que l’administration Trump donnent très peu de détails sur ce qu’elle parvient à savoir. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, s’en est plainte expressément. 

Que reste-t-il de la fameuse puissance américaine, si le choix des dirigeants y est à la merci de puissances étrangères ?

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......