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Quelle seront les orientations de la politique étrangère de Joe Biden, qui a affiché au cours de la campagne son intention de renouer les alliances abîmées par Trump ?

Biden diplomate : des choix très attendus

5 min
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En matière de politique étrangère, le mandat de Donald Trump doit-il être considéré comme une parenthèse, après quoi, ce serait le retour au business as usual ? Rien n'est moins sûr. Réparer les fractures causées par la séquence trumpiste ne sera pas chose facile pour le nouveau président démocrate

Quelle seront les orientations de la politique étrangère de Joe Biden, qui a affiché au cours de la campagne son intention de renouer les alliances abîmées par Trump ?
Quelle seront les orientations de la politique étrangère de Joe Biden, qui a affiché au cours de la campagne son intention de renouer les alliances abîmées par Trump ? Crédits : Demetrius Freeman/The Washington Post - Getty

Se débarrasser d’un leader populiste incrusté au pouvoir n’est pas la chose la plus facile du monde. Demandez aux Turcs, aux Hongrois ou aux Russes. Pour le fameux politologue Yascha Mounk, les institutions américaines viennent d'être soumises à un stress test. Et globalement, elles ont bien résisté. La meilleure preuve ? C’est que le président sortant a pu être battu. 

Joe Biden, le centriste : l'homme du moment ?

Reste que les Etats-Unis demeure un pays profondément divisé. Il va falloir tenter de réconcilier les camps, et c’est pourquoi Joe Biden que tant de commentateurs jugeaient comme un politique suranné et dépassé, va s’avérer, au contraire, comme l’homme du moment, selon Mounk. Un modéré, c’est ce qu’il fallait à l’Amérique après Trump. 

Biden a évité l’étiquette de "socialiste" que Trump a cherché à lui coller durant toute la campagne - et qui lui a valu sa forte progression en Floride : les Cubains réfugiés réagissent avec animosité à l’évocation du socialisme ! Il a pris ses distances avec le Green New Deal, soutenu par l’aile gauche de son parti. Il n’a pas non plus adopté le programme Medicare for All, qui aurait institué une sorte de Sécurité sociale au Etats-Unis. Il s’est présenté comme un "Obama-Biden démocrate", refusant ainsi l’idée d’un "droit d’inventaire" envers les deux mandats de Barack Obama, qu'un Bernie Sanders jugeait bien trop timorés. Ce centrisme pourrait lui permettre de panser les plaies d’un corps social écartelé par quatre ans de trumpisme.

Un trumpisme encore vivace ?

Beaucoup de commentateurs sont en désaccord avec cet optimisme. Ils estiment que la victoire de Biden, même si elle est conséquente en votes populaires – près de quatre millions d’avance sur Trump - est encore trop étroite. Et surtout le fait que l'électorat de Trump ait nettement augmenté d'une présidentielle à l'autre, démontre que le trumpisme est loin d’avoir été extirpé. 

Ainsi Larry Diamond, spécialiste reconnu de la Hoover Institutions, en déduit qu’il faut enterrer l’espoir que le Parti républicain puisse se débarrasser du trumpisme, à la faveur de cet échec électoral. Il rappelle que, de l’aveu même de son gendre-conseiller, Jared Kushner, la conquête du Parti de l’éléphant par Donald Trump a été considéré par son clan comme "une OPA hostile"

"Trump a perdu, mais le trumpisme, lui, est bien vivant", écrit, de son côté, Stephen M. Walt, dans la revue Foreign Affairs. Le parti républicain va probablement conserver sa courte majorité au Sénat et il progresse à la Chambre des représentants. 

Un Sénat républicain, entrave à l'action du nouveau président sur le front intérieur...

Dans le climat actuel, le président élu peut s’attendre à rencontrer pas mal de difficultés pour faire passer ses projets de loi au Congrès et défaire l'héritage de Trump. Il pourrait être tenté de se consacrer de manière prioritaire aux affaires étrangères, un domaine qu'il connaît bien, en attendant que les élections de mid-term de 2022. En effet, beaucoup de postes détenus par des Républicains seront alors remis en jeu. Les grandes réformes seraient alors repoussées à la seconde partie du mandat présidentiel. 

Si l’on en croit Stephen M. Walt, deux camps s’opposent, lorsqu’il est question du rôle des Etats-Unis dans le monde. Les uns favorisent une politique étrangère ambitieuse de forte présence américaine dans le monde. Ils refusent que les Etats-Unis renoncent à exercer un leadership mondial et entendent défendre certaines valeurs, comme l’Etat de droit, la démocratie, l’ouverture des marchés. 

Biden, "progressiste" en matière de politique étrangère

Mais un pourcentage plus significatif de l’électorat favoriserait plutôt que leur pays se montre plus sélectif dans ses alliances plus prudent dans ses interventions ; qu’il continue, comme l’ont fait Obama et Trump, à réduire sa présence militaire dans le monde. Pour autant, l’isolationnisme et la défense de la "forteresse Amérique", qu’on a connu entre les deux guerres mondiales, n’a plus vraiment de défenseur. 

Les deux options ont des défenseurs à droite, comme à gauche, relève Walt. Dans le camp plutôt interventionniste : la vieille garde démocrate, à gauche et les Républicains mainstream, à droite. Dans celui de la prudence, les progressistes à la Sanders, à gauche et les libertariens, à droite. 

Stephen Walt prédit que Biden, malgré son désir proclamé de renouer les alliances abîmées par Trump, mènera une politique étrangère plus en phase avec les progressistes. 

Même si la politique étrangère est sa passion dominante, il aura bien trop à faire avec les problèmes auxquels sont confrontés les Etats-Unis pour engager son pays dans des conflits lointains : le Covid-19, une économie à faire redécoller, les inégalités raciales, etc. vont requérir tous ses soins. 

Trump ayant payé cher son manque de compétence et de sérieux dans ces domaines, Biden sait qu’il est attendu. Et que son opposition ne lui fera pas de cadeau. 

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