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Brexit : la raison politique l'emporte sur la raison économique

6 min
À retrouver dans l'émission

Pour les Britanniques, récupérer la souveraineté est une priorité. Mais pour l'UE, il s'agit de lancer un avertissement aux peuples qui seraient tentés de suivre l'exemple britannique. Les préoccupations passent au second plan. Situation mutuellement préjudiciable.

A la surprise générale, et contre l’avis des partis de gouvernement, les électeurs britanniques ont choisi, par référendum, le 23 juin dernier, de quitter l’Union européenne. La Chambre des Communes a donné son feu vert, la semaine dernière, à l’ouverture des négociations de rupture. Comment se présente le divorce ? Consentement mutuel ou faute ? Quelles conséquences économiques et morale pour les séparés ?

« Mieux vaut pour la Grande-Bretagne pas d’accord du tout qu’un mauvais accord ». Theresa May, premier ministre britannique a été claire. Tel est l’état d’esprit dans lequel vont s’ouvrir, le mois prochain les négociations de divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Le risque existe, en effet, qu’on ne parvienne à aucun accord satisfaisant. On dira que c’est improbable, tant les deux parties auraient à y perdre, comme dans le cas de la plupart des divorces. Mais voilà, nous nous trouvons dans une nouvelle époque. Une époque dans laquelle les intérêts économiques deviennent, étrangement, secondaires, par rapport aux enjeux politiques.

On n’aurait probablement pas raisonné dans ces termes il y a quinze ans, à l’époque où Tony Blair était premier ministre de Grande-Bretagne et Manuel Barroso, président de la Commission européenne… C’était alors la raison économique qui s’imposait. Mais aujourd’hui, la raison politique l’emporte. Et c’est un signe des temps.

Du côté de l’Union européenne, la priorité politique est de faire passer un message sans ambiguïté aux peuples des Etats-membres qui seraient tentés de suivre l’exemple britannique : oui, il est possible de rompre et de s’en aller, ce n’est pas interdit. Mais cela exige le passage par une négociation longue et compliquée. Et le ticket de sortie se paye d’un prix élevé. Un prix qu’à Bruxelles, on souhaite dissuasif : entre 40 et 60 milliards d’euros. Si l’adhésion au club européen se mérite, on ne devrait pas pouvoir en sortir sur un coup de tête. Il s'agit de lancer un avertissement.

Il y a des élections aux Pays-Bas dans un mois. Le Parti de la Liberté de Geert Wilders (PVV) caracole en tête des sondages, avec 22 % des intentions de vote. Le PVV est, comme le Front national, un parti populiste, hostile à l’immigration et à l’Union européenne. S’il venait aux Hollandais l’idée de mettre leurs pas dans ceux des Anglais, le détricotage de l’Union européenne entraînerait vite la disparition du bloc – le rêve que font ensemble Donald Trump et Vladimir Poutine… et qu’ils encouragent en sous-main.

Et du côté britannique ? Les Anglais sont réputés pragmatiques, peu sensibles aux séductions de l’idéologie. Or, leur intérêt bien compris doit les incliner à ménager leurs relations commerciales avec l’Union européenne. Eh bien, la nouveauté, c’est que du côté britannique aussi, les préoccupations politiques dominent.

Les électeurs ont voté pour le Brexit à 52 %, alors que la quasi-totalité des économistes et des grands patrons du pays avaient prédit qu’un tel résultat électoral entraînerait un important recul de la croissance. Certes, il n’en a rien été jusqu’ici. Ce qui prouve que les demi-vérités et les « réalités alternatives » ne sont pas le monopole des populistes… La croissance britannique, en 2016, a été supérieure aux prévisions et exactement le double de celle de la France, élève passable du club européen : 2,2 % chez eux, contre 1,1 % chez nous. Mais le Chancelier de l’Echiquier, Philip Hammond, table sur un ralentissement, l’an prochain : 1,4 %.

En Grande-Bretagne aussi, la première ministre, Theresa May, a fixé un « ordre des priorités » qui, selon Mark Leonard, place au premier rang les objectifs politiques. 1° : préserver l’unité du parti conservateur, 2° récupérer la souveraineté britannique, afin de stopper l’immigration et d’échapper à la juridiction de la Cour européenne de justice. Les intérêts économiques britanniques arrivent en troisième position.

Theresa May est probablement le dirigeant politique qui a le mieux compris cette inversion de l’ordre des priorités pour les électeurs. Oui, ceux-ci n’hésitent plus à voter – comme on dit – « contre leurs intérêts ». En tous cas, dès lors qu’ils considèrent que le pouvoir leur échappe. Qu’il glisse de leurs parlements nationaux vers des instances supranationales sur lesquelles ils n’ont que peu de contrôle et qui ont peu de comptes à leur rendre. C’est pourquoi le Brexit devra avoir notamment pour conséquence de sensibles améliorations dans le fonctionnement de l’Union européenne, si celle-ci veut poursuivre sa route, comme y appelle notamment Paul de Grauwe du think tank Centre for European Policy Studies.

Le parti conservateur, selon Jean-Louis Bourlanges, sur telos, est partagé en trois tendances : des sociaux-conservateurs, des nationalistes et des libéraux. C’est une alliance des deux premiers contre les troisièmes qui a provoqué le Brexit.

Theresa May, qui a emménagé au 10, Downing Street, il y a 7 mois aujourd’hui, appartient manifestement à la tendance sociale-conservatrice. Elle jouit de taux de popularité avantageux. L’état de grâce se prolonge pour elle bien au-delà de celui qu’ont connu ses prédécesseurs. Avec 46 % d’opinions favorables, contre 40 % défavorables, elle est encore, ce mois-ci, la personnalité politique préférée des Britanniques. Son rival, le leader travailliste Jeremy Corbyn n’obtient que 22 % d’opinions favorables, contre 62 % d’opinions défavorables. (GouGov février). Elle s’est engagée à ne pas provoquer d’élections anticipées, cette année, alors même qu’elle ne dispose que d’une majorité étroite de 16 sièges. Mais si elle en avait décidé autrement, en l’état actuel des choses, son parti conservateur l’emporterait aisément.

On comprend que cette solidité en interne renforce sa main dans les négociations qui vont s’engager. Elles ne seront pas faciles, comme j’essaierai de le montrer demain.

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