LE DIRECT

Bruits de botte aux frontières entre Baltes et Russes

5 min
À retrouver dans l'émission

Mais c'est la guerre hybride plus que l'invasion que redoutent les petites républiques baltes.

Si les Républiques baltes sont tellement attachées à leur indépendance, c’est qu’elles l’ont conquise durement. Envahies par l’URSS suite au Pacte germano-soviétique de l’été 1939, elles ont fait l’objet d’une annexion pure et simple, suivie d’une déportation en masse des familles connues pour leur hostilité à l’URSS et à son régime. A la fin de l’été 1989, à l’occasion du 50° anniversaire de ce Pacte inique, les habitants des trois petites républiques ont formé une émouvante chaîne humaine qui s’étendait sur 560 km de long. Les Baltes témoignaient ainsi, dans le contexte de l’effondrement de l’Union soviétique, de leur désir d’indépendance. Ils n’ont obtenu celle-ci qu’au prix des larmes et du sang.

En janvier 1991, les troupes soviétiques, qui stationnaient dans les trois pays, ont attaqué plusieurs bâtiments à Vilnius, dont le local de la télévision, tuant plusieurs civils. Pourtant, en février et mars de cette même année, les Baltes ont mis à profit le conflit en cours entre le pouvoir soviétique, encore entre les mains de Gorbatchev et le pouvoir russe, celui de Boris Eltsine, favorable à leur indépendance. Ils sont parvenus à organiser des référendums. Et l’indépendance a obtenu 90 % des voix en Lituanie, 77 % en Estonie et 73 % en Lettonie. Mais les troupes russes n’ont définitivement quitté leurs bases sur place qu’en 1994.

Dix ans plus tard, ces trois pays accédaient à l’OTAN. Et Moscou a fait traîner jusqu’en 2014 la signature d’un accord sur le tracé de sa frontière avec l’Estonie.

Premier problème : sur 6 800 000 habitants, on compte pas loin de 2 millions de russophones. Leur sort n’a cessé d’envenimer les relations avec Moscou. Contrairement aux populations russes des nouveaux Etats d’Asie centrale, dont beaucoup ont préféré regagner la Russie après l’éclatement de l’Union soviétique, les Baltes russophones ont choisi de rester sur place. Les conditions de vie y étant meilleures. N’oublions pas que l’Estonie est le pays qui compte le plus de start-ups par habitant au monde. La majorité de ces russophones, les « pieds-rouges », comme on les a appelés, avaient été installés sur place dans les années 1970 et 1980, pour travailler dans le secteur du bâtiment. Ils constituent aujourd’hui 6 % de la population en Lituanie, mais 30 % en Estonie, et près de 40 % en Lettonie.

Dans leur grande majorité, ces russophones ne souhaitent nullement le rattachement de leur pays à la Russie, comme le montrent les enquêtes d’opinion. Mais les difficultés qui leur ont été faites, ici ou là, pour pouvoir jouir de l’égalité des droits culturels avec les populations autochtones ont créé bien des frustrations. Chaque fois que les relations se tendent avec la Russie, Moscou intensifie sa propagande en direction de ces minorités russophones et accuse les gouvernements de discrimination à leur égard. En représailles, les Lettons ont refusé leurs visas à des chanteurs russes, populaires auprès des russophones, comme Oleg Gazmanov, Iossif Kobzon et Alla Perfilova, parce qu’ils avaient soutenu l’annexion de la Crimée. A noter : en Lituanie, où vit une importante minorité polonophone, Moscou s’en est érigée la protectrice. Une intense bataille de propagande se déroule, par médias interposés.

Le Secrétaire à la Défense britannique, Michael Fallon, a récemment déclaré : « il y a un danger réel et actuel de déstabilisation des Baltes par la Russie par des moyens semblables à ceux utilisés contre l’Ukraine. » Mais, comme l’écrit Emilija Pundziuté-Gallois, de l’IFRI, les Baltes auraient tort de craindre, dans l’immédiat, l’entrée des chars russes, comme cela s’est produit en Ukraine. Car leur déstabilisation est déjà à l’œuvre. Il suffit à Moscou, d’exploiter leur dépendance et leurs vulnérabilités. La dépendance énergétique, en premier lieu. Chaque fois que les relations se tendent, Moscou ferme les oléoducs. La Russie a aussi lancé plusieurs campagnes de boycotts de leurs produits. Mais ce que redoutent les Baltes, c’est la guerre hybride, mêlant des opérations de guerre électronique, des attaques contre leurs réseaux numériques et opérations de déstabilisation psychologique. De telles attaques ont déjà eu lieu, à plusieurs reprises.

Les Baltes avaient tout misé sur leur appartenance à l’OTAN, allant parfois jusqu’à provoquer la Russie. La présidente lituanienne, Dalia Grybanskaité, a rendu visite, à Kiev, à son homologue ukrainien et a accepté de vendre des armes à l’Ukraine, en guerre ouverte avec son voisin russe. Les Baltes militent pour le maintien des sanctions économiques contre Moscou. Alors même qu’ils sont les premiers à en souffrir sur le plan commercial. Mais comme l’a dit le ministre lituanien des Affaires étrangères, « mieux vaut se tirer une balle dans le pied qu’une balle dans la tête. » La Russie a réagi en attaquant l’internet de plusieurs de ses proches conseillers.

La Lituanie a rétabli la conscription. Elle remet en état les vieux abris anti-atomiques, construits sous l’ère soviétique. Des groupes paramilitaires, destinés à préparer des actions de guérilla en cas d’invasion, recrutent. L’Union des tireurs et volontaires de Lituanie compterait 10 000 hommes – dont le maire de Vilnius. La Ligue de défense estonienne s’entraîne également. Enfin, la Lituanie annonce l’érection d’un mur de barbelés de 130 km le long de sa frontière avec Kaliningrad. Comme vous le voyez, le ton monte.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......