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Ce sont les optimistes qui façonnent l'avenir

5 min
À retrouver dans l'émission

La période d'immenses progrès et de prospérité que nous connaissons depuis une trentaine d'années n'est pas destinée à demeurer comme une parenthèse dans l'histoire de l'humanité.

Plusieurs pays européens ont été touchés récemment par un terrorisme, qui ensanglante aussi le Moyen Orient, l’Afrique sub-saharienne et plusieurs pays d’Asie. De ce côté, les New Optimists auront du mal à nous convaincre que les choses s’améliorent !

Voilà, en effet, un domaine où leur optimisme n’est pas corroboré par les chiffres. A l’échelle de la planète, celle qui est seule pertinente selon les New Optimists eux-mêmes, on ne peut que constater une forte hausse des actes terroristes depuis dix ans. Et, plus préoccupant, du nombre de victimes résultant de chacun de ces attentats. On a dépassé les 1 000 morts pour la première fois lors de l’année 2011 et ce chiffre a quadruplé en 2014. Après avoir été très faible entre 1997 et 2005, le nombre d’attentats terroristes commis à travers le monde, connaît à nouveau une forte progression. Et ils tuent de plus en plus de victimes innocentes : 4 346 en 2010, plus de 17 000 en 2015.

Mais nous autres, Européens, avons la mémoire courte. Nous avons l’impression de vivre dans des pays frappés par le terrorisme depuis peu de temps. Sans remonter aux attentats anarchistes de la fin du XIX° siècle et du début du XX° siècle, chez nous, en France, nous avons oublié les vagues d’attentats qui ont frappé l’Europe occidentale entre 1972 et 1988. Ils ont fait près de 400 victimes en 1972 comme, d’ailleurs aussi, en 1974, près de 300 en 1973, 75 et 79 ; et 450 l’année durant la seule année 1988 (celle de l’attentat de Lockerbie). Après 1988, on avait enregistré une baisse très sensible du nombre d’attentats et du nombre de victimes. Ces dernières années, c’est vrai, celui-ci est reparti à la hausse. Il a atteint les 250 en 2016, l’année des attentats islamistes de Nice, Bruxelles et Berlin. Mais encore une fois, les années 1972 et 74 avaient été pires et nous ne nous en souvenons plus.

La leçon intéressante, c’est que ces attentats ne servent à rien. Les groupes qui les commettent ne peuvent, selon Pinker, remporter que des « batailles médiatiques », en frappant les imaginations, jamais la guerre. Je le cite : « n’importe quel loser peut acheter une arme ou fabriquer une bombe et tuer des innocents pour attirer l’attention des médias. » Mais l’IRA n’a pas obtenu, par ce biais, la séparation de l’Irlande du Nord d’avec les Royaume-Uni, ni la Palestine sa souveraineté sur les territoires occupés par Israël, ni le Cachemire son rattachement au Pakistan. Le terrorisme ne paye pas sur le plan politique. Daech aussi est en train de perdre sa guerre et les territoires conquis en Syrie et en Irak.

Steven Pinker annonce la parution prochaine d’un nouveau livre qui sera intitulé « Le Nouvel Âge des Lumières ». Il semble bien sûr de lui… Beaucoup d’autres analystes avertissent que nous pourrions connaître plutôt un « nouveau Moyen Age », une rechute du côté des Ténèbres….

Oliver Burkeman, qui leur a consacré un long article, cet été dans The Guardian, écrit : « même s’il est vrai que tout est vraiment meilleurque jamais, pourquoi assumer que les choses vont continuer à s’améliorer ? » Il a raison. D’une tendance, on ne saurait tirer une prédiction. Les New Optimists eux-mêmes assument le fait que c’est seulement au cours des deux derniers siècles en Occident, et au cours de vingt ou trente dernières années dans le reste du monde, que ces améliorations ont eu lieu : espérance de vie, niveau de vie, accès aux technologies. Rien n’indique que cette situation ne soit pas une petite anomalie passagère, une parenthèse heureuse, destinés à être bien vite refermée. Tant d’excellents auteurs nous ont annoncé, à la fin du XIX° siècle que les habitudes du doux commerce allaient faire de la guerre une survivance des âges de barbarie…

Le politologue David Runciman a accepté un débat public avec Matt Ridley et Johan Norberg qu’on peut visionner sur internet. Il leur oppose cet argument, y ajoutant un autre, d’une grande pertinence. S’il est vrai que ce sont les technologies numériques qui sont la cause de l’interconnexion actuelle des différentes parties du monde et de la forte croissance que nous connaissons, elles sont aussi une cause de fragilité et de vulnérabilité. Un accident important, déclenché en un point quelconque de notre planète mondialisée peut déclencher des réactions en chaîne et altérer gravement l’ensemble extraordinairement complexe que forment désormais les sociétés humaines.

Les New Optimists font preuve d’un degré de confiance exagéré. C’est parce que, comme les anciens progressistes dont ils ont chaussé les bottes, ils « décrivent, je cite, un monde dans lequel l’action humaine semble ne pas compter, puisque ce sont des forces anonymes et autonomes qui nous pousseraient dans la bonne direction. Mais l’action humaine compte et non seulement les êtres humains n’ont pas perdu leur extraordinaire capacité à faire tout rater, mais ils l’ont augmentée."

Réponse de Matt Ridley : Oui, l’argument « jusqu’ici tout va bien, mais attendez la chute finale », on le connaît par coeur. On a tant entendu les Cassandres nous annoncer l’imminence de la grande catastrophe, à chaque crise de croissance et se tromper lourdement, qu’il faut aussi se souvenir de ces erreurs de pronostic. De toute façon, conclut-il, la plupart du temps, ce sont les optimistes qui façonnent l’avenir. Et si l’action humaine est bien déterminante, alors notre avenir a plus de chances de ressembler à leurs idéaux qu’aux craintes de nos passéistes nostalgiques.

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