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Narendra Modi, le jour de sa seconde victoire.

C'est surtout la seconde victoire de Narendra Modi qui est significative

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Elle a fait entrer l'Inde, la plus grande démocratie du monde, dans une ère politique nouvelle.

Narendra Modi, le jour de sa seconde victoire.
Narendra Modi, le jour de sa seconde victoire. Crédits : Atul Loke/ - Getty

Avec 37 % des suffrages, le BJP détient la majorité des sièges à la Chambre basse.

La victoire de Narendra Modi aux élections d’avril-mai derniers a fait basculer la plus grande démocratie du monde dans une nouvelle ère politique. Oui, la 4° depuis l’accession de l’Inde à l’indépendance en 1947. C’est ce qu’écrivent les auteurs d’une étude très documentée, publiée par le think tank américain, Carnegie Endowment, Milan Vaishnav et Jamie Hintson.

Certes, le BJP, le parti de Modi avait déjà gagné les précédentes élections, en 2014. Mais la plupart des observateurs politiques prédisaient encore au début de cette année qu’il avait très peu de chances de retrouver une majorité absolue à la Chambre des députés, le Lok Sabha. 

Et pourtant, Modi, son parti, le BJP et l’alliance qu’il anime, l’Alliance nationale démocratique ont encore amélioré leur score : ils contrôlent 353 sièges (contre 336 en 2014) sur 543. En fait, le BJP, avec seulement 37 % des suffrages, détient à lui seul la majorité des sièges. 

Surtout : la carte électorale de l’Union indienne montre que le BJP a gagné dans la plupart des Etats – y compris sur cette bordure orientale de l’Inde qui lui avait résisté aux élections précédentes. En outre, les innombrables partis d’opposition qui animent la vie politique indienne avaient médité les leçons de 2014. Arrivant en ordre dispersé aux élections, la plupart ont été alors marginalisés. Cette fois, ils ont formé, face à la puissante machine électorale du BJP, des coalitions assez solides, sans tenir compte de leurs divergences idéologiques. Sans grands résultats.

Comme le Parti du Congrès, lors de la première phase de l’indépendance, le BJP est ainsi devenu le pivot central de la vie politique de l’Inde. Durant des décennies, écrivent les auteurs, l’électorat indien s’est divisé en deux : environ la moitié votait pour les deux grands partis de gouvernement, le Parti du Congrès et le BJP. L’autre moitié, pour des partis régionaux ou des partis représentant les intérêts particuliers de certaines castes. Cette seconde moitié représentait encore 52 % de l’électorat en 2009. Mais seulement 48 % en 2014. Plus que 43 % cette année. Le BJP assèche progressivement à son profit cet électorat, autrefois déterminé par des questions locales. 

Un parti nationaliste.

Parce que le BJP se présente comme un parti nationaliste. Mais il est devenu de plus en plus ouvertement – et c’est là que le bât blesse – un parti ethno-nationaliste. Comme l’écrit Shashi Tharoor, l’ancien Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de l’Inde, « durant 3 000 ans, l’Inde a été le refuge des personnes persécutées de toutes les nations et de toutes les croyances. Aujourd’hui, elle rejette les réfugiés Rohingya qui fuient la Birmanie et publie un Registre national des citoyens qui exclut des millions de musulmans qui sont arrivés en Inde en tant que réfugiés après 1971 et même leurs enfants nés en Inde. »

Les habitants de l’Etat de Jammu-et-Cachemire, un des Etats de l’Union indienne, dont la majorité de la population est de confession musulmane, bénéficiait d’un statut d’autonomie spécial, protégé par un article de la Constitution indienne. Au prétexte de lutter contre la rébellion séparatiste qui y sévit, Modi a suspendu ce régime spécial, coupé cette région du monde durant plusieurs jours et annoncé que New Delhi prenait directement en main l’administration du Jammu-et-Cachemire. 

Le risque d'un tournant autoritaire.

Bien des commentateurs, comme Shashi Taroor, qui appartient au Parti du Congrès (opposition), redoutent l’instauration, dans la plus grande démocratie du monde, d’un régime autoritaire. Tharoor évoque l’abrogation de la coutume consistant, pour le parti au pouvoir à New Delhi, à abandonner à l’opposition la présidence de la Commission des Affaires étrangères. Il accuse en outre le gouvernement Modi d’avoir politisé un certain nombre d’institutions d’Etat, en y plaçant ses fidèles. Et de citer l’administration des impôts, l’agence chargée des enquêtes financières, les services indiens du renseignement. Il redoute, dit-il, que ces institutions soient utilisées pour faire taire les opposants.

Narendra Modi demeure cependant extrêmement populaire en Inde. Un tiers des électeurs du BJP justifient leur choix en le nommant. La majorité des Indiens lui reconnaissent une grande fermeté dans la défense des intérêts du pays. Il continue à jouir d’une réputation d’incorruptibilité – malgré le relatif fiasco de l’opération consistant à retirer du jour au lendemain les billets de 500 et 1000 roupies pour contrôler les mouvements d’argent échappant à toute taxation – soit 86 % de tout l’argent circulant en Inde.

La machine BJP, sous la direction du président de ce parti, Amit Shah, est bien huilée. Elle est très à l’aise avec les outils numériques qu’elle maîtrise beaucoup mieux que le Parti du Congrès. Et surtout, le parti s’est doté d’une capacité à récolter des soutiens financiers dans tout l’immense pays. 

Le plus étonnant, c’est que ses électeurs ne semblent pas tenir rigueur à Modi des échecs économiques de son gouvernement, pourtant patents, ni de son incapacité à faire baisser significativement le fort taux de chômage. 

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