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Puissances rivales

Chine : la malédiction du soixante-dixième anniversaire ?

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Xi Jinping a-t-il croisé trop tôt le fer avec le rival américain ?

Puissances rivales
Puissances rivales Crédits : Sheng Jiapeng/China News Service - Getty

On a longtemps cru à une malédiction de la 9e symphonie. Beethoven n’en ayant composé que neuf – Schubert et Mahler étant morts également sans parvenir à achever leur dixième. A en croire Minxin Pei, il y aurait un risque du même ordre pour les régimes de parti unique qui consisterait à dépasser leur soixante-dixième anniversaire. 

Le Parti révolutionnaire institutionnel mexicain a perdu le pouvoir en 2000, soixante-et-onze ans après l’avoir saisi. Le Parti communiste d’Union soviétique a tenu soixante-quatorze ans. Mais les toutes dernières ont été difficiles. Le Kuomintang s’est maintenu au pouvoir, à Pékin d’abord, puis à Taipei durant soixante-treize ans. La dynastie communiste des Kim tient la Corée du Nord depuis soixante-et-onze ans. Or, le président chinois Xi Jinping s’apprête à célébrer la semaine prochaine, le premier octobre, le soixante-dixième anniversaire de la victoire du Parti communiste en Chine. Les dirigeants communistes chinois ont-ils de vraies raisons de redouter ce cap symbolique ? 

Faut-il s'inquiéter du ralentissement de la croissance chinoise ?

Oui, d’après Minxin Pei, un des plus éminents spécialistes des affaires chinoises aux Etats-Unis. Parce que le nouveau leader chinois a rompu avec la prudente diplomatie de ses prédécesseurs. Accumuler ses forces et ne pas en faire prématurément étalage afin de ne pas inquiéter ses partenaires, telle était la doctrine léguée par Deng Xiaoping. Xi Jinping s’est lancé beaucoup trop tôt dans la confrontation avec les Etats-Unis. Or, ceux-ci conservent une supériorité technologique et militaire indiscutable. En outre, leur réseau d’alliances diplomatiques, même s’il ressortira affaibli par les imprudences de Trump, reste sans égal. 

Mais c’est surtout sur le plan économique que la Chine aurait du souci à se faire, selon Minxin Pei. 

La croissance baisse régulièrement. Les sources du miracle chinois sont en train de se tarir. La mobilisation d’une immense réserve de main-d’œuvre est en voie d’achèvement. Les grands plans d’investissement dans les infrastructures arrivent à saturation. L’économie du pays est entravée par l’énorme secteur des entreprises d’Etat, à la productivité basse. La logique économique exigerait de les privatiser. Mais la logique politique pousse à les conserver, car elles font partie des instruments de pouvoir du Parti communiste. 

En outre, le passage d’un leadership collectif, à l’idéologie pragmatique, à une direction personnelle encourageant le conformisme, réintroduisant l’étude du marxisme à l’Université, constitue un facteur de risque. Le risque d’une erreur politique décisive.

Le temps long, la grande force du pouvoir chinois ?

D’autres analystes ne partagent nullement cette analyse. Ils jugent que ce sont plutôt les Etats-Unis qui se sont engagés dans un conflit bien imprudent. C’est notamment le cas de Stephen Roach, un économiste de Yale et ancien président de Morgan Stanley Asie, qui remonte encore plus loin dans l’histoire du communisme chinois : aau début de la Longue Marche, en 1934. Car c’est le repère symbolique qu’a choisi Xi Jinping pour cadre de pensée du conflit qui oppose son pays aux Etats-Unis. Pour Stephen Roach, ce qui fait la supériorité des Chinois, c’est précisément cette capacité à se projeter sur le temps long. Alors que les Américains réagissent au coup par coup sans plan à long terme. 

La croissance chinoise faiblit, c’est vrai. Elle était de 6,9 % en 2017, elle a reculé à 6,6 % en 2018, 6,3 % sont attendus cette année. Et 6 % tout rond, l’année prochaine. Mais elle reste spectaculaire et même historique. Le vieux monde occidental pousserait des cris de triomphe s’il faisait moitié moins… « Un ralentissement modeste n’est pas un effondrement", écrit Stephen Roach. D’autant que, contrairement aux Etats-Unis et à l’Union européenne, la Chine n’a pas gaspillé toutes ses munitions monétaires pour doper sa croissance. 

La tertiarisation de l'économie chinoise, bonne nouvelle pour le climat ?

Trump déclare la guerre commerciale ? La belle affaire ! L’économie chinoise est bien moins dépendante aujourd’hui envers l’exportation qu’hier. 60 % de sa croissance actuelle est tirée par la consommation intérieure. Certes, en bloquant l’accès du géant national Huawei à un certain nombre de technologies américaines, Donald Trump a retardé la prise du contrôle par la Chine de la technologie 5G. Mais ces restrictions ont fait prendre conscience aux dirigeants chinois de la vulnérabilité de leur pays dans un certain nombre de domaines. A présent, la Chine met les bouchées doubles pour combler ses manques dans la chaîne d’approvisionnement des produits high tech. Il lui manquait une solide industrie des semi-conducteurs. Elle l’aura d'ici deux ans.

Reste le problème de la pollution chinoise, la pire du monde. En dix ans, comme l’a récemment reconnu le gouvernement, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 50 %. Le charbon, la source d’énergie la plus polluante, est encore à l’origine de 58 % de la consommation primaire d’énergie. Et sa consommation continue d’augmenter. Mais à mesure que le secteur tertiaire remplace l’industrie, cela devrait s’améliorer. Et les énergies renouvelables comptent déjà pour 4 % du total. Leur part étant destinée à s’accroître régulièrement.

par Brice Couturier

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