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 Le PIB chinois dépassera celui des Etats-Unis avant 2030. Une prévision qui laisse les dirigeants chinois penser que l’économie de leur pays dominer celle des Etats-Unis.

Chine / Etats-Unis : à quoi mènera le découplage ?

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A la lumière des récentes prises de position de Xi Jinping, le mythe de l’interdépendance entre la Chine et les Etats-Unis ne tient plus. Ce processus de "découplage", amorcé à l'initiative de Donald Trump et accéléré par Pékin, augure-t-il d'un affrontement entre les deux super puissances ?

 Le PIB chinois dépassera celui des Etats-Unis avant 2030. Une prévision qui laisse les dirigeants chinois penser que l’économie de leur pays dominer celle des Etats-Unis.
Le PIB chinois dépassera celui des Etats-Unis avant 2030. Une prévision qui laisse les dirigeants chinois penser que l’économie de leur pays dominer celle des Etats-Unis. Crédits : Jie Zhao/Corbis - Getty

"Aucun pays ne veut la guerre avec l’autre. Pourquoi alors l’affrontement paraît-il inéluctable ?" Telle est la question que pose l’ancien Premier ministre australien, Kevin Rudd. Ancien Premier ministre travailliste, Kevin Rudd a également exercé la fonction de ministre des Affaires étrangères de son pays. Actuellement président de l’Asia Society Policy Institute, il est réputé fin connaisseur des problèmes de l’Asie-Pacifique. Et il est pessimiste sur l’avenir des relations entre les deux super puissances dans l’étude qu’il vient de publier dans la revue Foreign Affairs. Pourquoi ce pessimisme ?

Pour Pékin, le déclin de l'Occident est amorcé

D’une part, parce que les dirigeants chinois ne doutent pas de voir l’économie de leur pays dominer celle des Etats-Unis au cours de cette décennie : les taux de croissance comparés annoncent en effet que le PIB chinois dépassera celui des Etats-Unis avant 2030. Les perceptions sont importantes. Et ils sentent qu'ils ont le vent en poupe. Les Chinois considèrent le déclin des Etats-Unis comme une tendance historique de fait. L'un des responsables du Comité central du Parti communiste, Chen Yixin, le disait récemment : "L’ascension de l’Orient et le déclin de l’Occident sont devenues des tendances globales du paysage international et c’est en notre faveur." Le fait est que les Etats d’Asie du Sud-Est, quels que soient leurs régimes, qu’ils soient des dictatures comme la Chine, ou des démocraties comme le Japon ou la Corée du Sud, ont su contenir l’épidémie partie de Wuhan. Alors que celle-ci a tué plus d’un demi million d’Américains. 

Xi Jinping ou la politique de découplage vis-à-vis des Etats-Unis

Mais c’est surtout le tournant pris par la politique chinoise, en réaction à la guerre commerciale lancée par Donald Trump qui constitue le principal facteur de tensions. Le mythe de l’interdépendance entre les deux pays ne tient plus à la lumière du Plan Made in China 2025 et des toutes récentes décisions annoncées par Xi Jinping dans le cadre du Plan quinquennal. Le but de toutes les mesures annoncées à la fin de l’année dernière est clair : développer l’auto-suffisance en tous les domaines et ne plus avoir à souffrir des mesures dites de "découplage" entre les deux économies décidées par la partie américaine. Mark Leonard, expert britannique des affaires asiatiques l’explique dans un article publié ces jours-ci sur Project Syndicate.

La Chine veut développer ses propres ressources énergétiques, ne plus compter que sur ses propres technologies et devancer les Américains dans tous les secteurs de pointe, à commencer par l’intelligence artificielle. Dans tous les domaines, les composants proprement chinois devront atteindre 70 % de tout ce qui est assemblé en Chine d’ici 2025. Et surtout, Pékin ne veut plus dépendre des marchés extérieurs pour alimenter sa croissance. Au contraire, elle va jouer de la force d’attraction du colossal marché intérieur chinois pour attirer les investisseurs internationaux. Mais le temps où les Occidentaux installaient en Chine leurs ateliers, tout en conservant chez eux bureaux d’études et les services stratégiques est terminé : la Chine exige que la recherche & développement soit située chez elle.

Routes de la soie et "circulation duale"

Les dirigeants chinois parlent à présent de "circulation duale". Cela signifie que, d’un côté, les liens que tissent Pékin avec le reste du monde, en particulier les nouvelles Routes de la soie, bénéficient d’un certain régime, mais que le système économique interne bénéficiera des incitations et des protections publiques particulières que peut mettre en œuvre ce régime autoritaire et illibéral. Et que le second doit à terme l’emporter sur l’autre. A travers le réseau Une ceinture, une route et ses investissements chinois colossaux, Pékin est en train de se créer une chaîne de clients et d’obligés qui seront amenés à adopter les normes chinoises. L’Occident avait développé tout un système d’agences et de normes internationales pour donner un cadre à la mondialisation : OMC, FMI, Banque mondiale, etc. Les Chinois sont en train de développer leurs propres systèmes de normes et ils ont pris, ces dernières années, la direction d’institutions internationales stratégiques, telles que l’Union internationale des télécommunications. 

Taïwan, l'île rebelle à haut risque

Xi Jinping s’est juré de reconquérir l’île rebelle. La voie de l’annexion pacifique est fermée : les Taïwanais ont pu observer comment Pékin reniait ses promesses de respect de la démocratie à Hong Kong. La stratégie de la direction communiste chinoise consiste à dissuader les Etats-Unis de se porter au secours de Taïwan le jour où la Chine aura décidé de l’occuper par la force. Jeu dangereux avertit Kevin Rudd : Biden n’ignore pas que son pays perdrait tout crédit auprès de ses alliés s’il se montrait incapable de défendre une démocratie alliée dans cette région stratégique…

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