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Theresa May a fixé le calendrier de sortie de l'UE

Comment les conservateurs au pouvoir entendent gérer le Brexit

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Entre hard Brexiters et soft Brexiters, il y a encore plus de différences aujourd'hui qu'il n'y en avait en juin dernier, entre les partisans du in et ceux du out.

Theresa May a fixé le calendrier de sortie de l'UE
Theresa May a fixé le calendrier de sortie de l'UE Crédits : Adrian Dennis - AFP

Jamais un congrès du Parti conservateur britannique n’aura été scruté chez nous, en France, avec autant d’attention. Le Congrès « tory » qui a ouvert ses portes à Birmingham et se clôturera mercredi, a lieu, en effet, dans un contexte très particulier – celui du Brexit, voté à 52 % par les électeurs britanniques le 23 juin dernier.

Cette semaine, je vous propose donc d’aborder cette affaire sans précédent – la sortie de l’Union européenne d’un de ses membres ; mais aussi le caractère du conservatisme britannique. L’occasion m’en est donnée par la parution en français d’un livre d’un grand penseur conservateur anglais, Roger Scruton, « De l’urgence d’être conservateur ». Nous intéresserons aussi à la version assez particulière de conservatisme qu’entend incarner Theresa May influencée par un maire de Birmingham de la fin du XIX° siècle, « Radical Joe », Joseph Chamberlain.

Mais d’abord, un mot sur le climat politique au Royaume Uni. Les sondages sont, en cette rentrée, éminemment favorables aux conservateurs, alors même que leur majorité parlementaire est étriquée. Les tories bénéficient, en effet, de l’affaissement de leurs rivaux travaillistes. Le tournant radical, pris par leur leader, Jeremy Corbin, est contesté par une partie des militants et rejeté par la grande majorité de ses élus au Parlement de Westminster. Début septembre, les conservateurs, bénéficiant des difficultés de leur principal opposant, caracolaient en tête des sondages, avec des intentions de vote de l’ordre de 40 %, contre 28 % aux travaillistes, 12% aux souverainistes de l’UKIP, et 8% aux libéraux-démocrates.

Paradoxalement, cette impressionnante avance des conservateurs constitue une gêne pour la première ministre issue de leurs rangs, Theresa May. Parce qu’elle libère ses concurrents au sein du Parti, qui ne se sentent pas tenus à la solidarité qu’exigerait une marge de popularité plus étroite. Et certains des évincés du cabinet de David Cameron font déjà entendre leur différence, tel l’ancien Chancelier de l’échiquier, George Osborne, qui se serait bien vu au 10, Downing Street…

Certains dirigeants conservateurs poussaient encore récemment Theresa May à provoquer des élections anticipées, afin de bénéficier de ce retour en grâce. Elle en a écarté l’hypothèse ce week-end, afin, justement de ne pas ajouter un élément d’incertitude supplémentaire au déroulement du Brexit.

Car, les conditions de cette sortie du Royaume Uni de l’Union européenne demeuraient floues à la veille du Congrès conservateur. Le discours qu’a prononcé Theresa May, hier, à Birmingham, était intitulé : Un Royaume Uni mondial, comment faire du Brexit un succès ? La première ministre l’avait répété : la Grande Bretagne est une démocratie, elle respectera le vote des électeurs. « Brexit veut dire Brexit ». Je reviendrai demain sur le calendrier annoncé par la première ministre.

Il y a, au sein des conservateurs Brexiters, deux lignes bien différentes. Une tendance, Leave means Leave (quitter, ça veut dire quitter), dirigée par l’ancien ministre du Travail de Cameron, Iain Duncan Smith, qui exige le retrait rapide de la Grande Bretagne de l’UE. Ses partisans demandent à la première ministre de présenter, dès le mois de mai, à Bruxelles, une série de conditions « à prendre ou à laisser ». Ce n’est pas une négociation, c’est un diktat.

Mais, au sein du même parti conservateur, on trouve des personnalités pro-européennes de toujours, telles que Kenneth Clarke. Celui-ci s’appuie sur des sondages qui montrent que les Britanniques, même s’ils ont voté à la majorité pour une sortie de l’UE, espèrent que leur pays conservera des liens étroits avec l’Europe – en particulier sur le plan de la sécurité et des échanges commerciaux.

En gros, on a des « hard Brexiters » (les électeurs de UKIP et une partie des conservateurs) et des « soft Brexiters » (la majorité des électeurs conservateurs et de nombreux électeurs travaillistes). Ces derniers ont voté pour la sortie de l’UE parce qu’ils espèrent qu’en cessant de contribuer au budget européen, la Grande Bretagne pourra consacrer davantage d’argent public aux services publics. Boris Johnson, qui avait fait campagne sur ce thème (« avoir le beurre et l’argent du beurre »), et qui est devenu le nouveau ministre des Affaires étrangères britanniques, continue à entretenir cette illusion. Car il est peu probable que l’UE accepte que les Anglais conservent leur accès au marché unique, sans contreparties.

En fait, hard et soft Brexiters sont peut-être plus divisés entre eux que ne l’étaient les partisans du maintien et ceux de la sortie de l’UE avant le référendum. Les hard Brexiters estiment, en effet, que le déclin de l’Europe est irréversible et que le Royaume Uni doit s’en protéger en se dissociant de notre Union et en s’ouvrant largement sur l’Asie et l’Amérique latine, économies en forte croissance. Les soft Brexiters, au contraire, croient que la place de leur pays est en Europe, mais veulent reconquérir les instruments de leur souveraineté. Ils entendent continuer à participer sur une base purement intergouvernementale. Ils citent Churchill, qui disait en 1953 : Nous sommes liés à l’Europe, mais pas intégrés ; associés, mais pas intégrés ».

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