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L'éditorialiste du New York Times David Brooks, en 2012 au Salon du Livre de New York.

2020 sous la loupe de l'éditorialiste du New York Times

5 min
À retrouver dans l'émission

David Brooks : un nom qui vous dit quelque chose ? Peut-être, puisque cet éditorialiste du New York Times inventa il y a 20 ans le mot "bobo" - pour bourgeois-bohême - avec le succès que l'on sait. Esprit curieux et ouvert, David Brooks a en ce début d'année des lectures inspirantes. Suivons-le !

L'éditorialiste du New York Times David Brooks, en 2012 au Salon du Livre de New York.
L'éditorialiste du New York Times David Brooks, en 2012 au Salon du Livre de New York. Crédits : James Leynse/Corbis - Getty

Les journaux, magazines et revues anglo-saxonnes publient ordinairement, dans leur dernier numéro de l’année, la liste des livres qui ont paru les plus intéressants à leur rédaction. Bien souvent, celles-ci révèlent les orientations de ces publications. 

L'homme qui inventa les bobos...

L’éditorialiste du New York Times, David Brooks, a décidé, depuis un certain temps de publier la liste des essais et articles qui l’ont frappé au cours de l’année : ce sont ses Sidney Awards. Si David Brooks est connu pour avoir forgé le néologisme bobo (pour bourgeois-bohème) dans les années 2000, l'homme ne peut pas être réduit à cette invention au succès planétaire. Et vaut beaucoup mieux que ce que dit de lui la version française de sa fiche Wikipédia, rédigée comme c’est souvent le cas, par des gens qui le détestent….

Dans cette liste de publications qui marque sa rétrospective 2020, David Brooks commence par déplorer le recul de la liberté d’expression, aux Etats-Unis. James Robert Flynn, un politologue très fameux en Nouvelle-Zélande – il a dirigé pendant plus de trente ans le département de sciences politiques de l’université d’Ottago, vient de mourir alors que le livre qu’il avait consacré à la montée de la censure, In Defense of Free Speech, a été retiré de la vente par son éditeur, qui l’avait trouvé trop "discutable". Peu de temps avant de mourir, ce vieux militant de gauche avait donné une interview à ce sujet sur le site Quillette. 

... dénonce aujourd'hui le recul de la liberté d'expression

David Brooks ne le dit pas, mais la fameuse éditorialiste britannique Julie Burchill vient de subir le même sort au Royaume-Uni. Son essai Welcome to the Woke Trials a été refusé par son éditeur. Le prétexte ? Des propos considérés comme islamophobes sur Twitter. Julie Burchill se défend en répondant qu’elle a simplement mentionné l’âge de l’une des épouses de Mahomet. "Les propos tenus par Julie ont outrepassé ce que nous estimons acceptable en matière de race et de religion" a déclaré le patron de Little Brown. Mais n’est-ce pas parce qu’elle s’attaque au mouvement woke que Burchill est censurée ? 

La montée de l’intolérance a été dénoncée et contrée par des personnalités importantes que salue David Brooks. La liste des signataires de la "Lettre sur le Justice et le Débat Ouvert", publiée en juillet par le magazine Harper’s a démontré que la liberté d’expression conservait de nombreux défenseurs parmi les intellectuels américains. Parmi eux, Brooks cite en particulier Jonathan Rauch. Un essayiste connu pour avoir été un des premiers défenseurs du mariage homosexuel, dans un livre paru en 2004. 

Dans une interview disponible sur l’excellent site Reason Magazine, Rauch critique ce qu’il nomme l’argument de la sécurité émotionnelle, invoqué dorénavant par les militants de campus pour exiger l’interdiction d’un conférencier qui leur déplaît. C’est un argument "incompatible avec la société ouverte", dit Rauch. 

L’idée, c’est qu’une blessure émotionnelle cause une sorte de préjudice comparable à une blessure physique et que c’est donc une violation des droits. Mais le problème, c’est que le standard pour en évaluer la gravité est purement subjectif. Cela permet de censurer et d’annuler (cancel) toute forme de critique et de d’attribuer à la science des violations des droits de l’homme.          
Jonathan Rauch

David Brooks recommande aussi un article de Hilton Als, paru dans le New Yorker, sous le titre My Mother’s Dream for Her Son, and All Black Children. Un titre qui constitue une évidente réplique au fameux livre de Barack Obama, Dreams of My Father. Il y revient sur les émeutes et les pillages auxquels il a assisté et s’interroge sur leur signification :

Ce n’est pas qu’ils essayaient de devenir des hommes – des hommes, ils l’étaient déjà – mais afin d’obtenir le poids qu’ils percevaient chez les hommes blancs, il leur fallait rejeter, à un certain degré, le silence que leur avait enseigné leurs mères. S’ils allaient mourir, ce serait mourir en criant.          
Hilton Als, My Mother’s Dream for Her Son, and All Black Children

Radiographie des Etats-Unis : entre racisme et Covid

David Brooks recommande également l’étude publiée par Brandon Vaidyanathan, Systemic Racial Bias in the Criminal Justice System is Not a Myth. L’auteur y démontre, faits et chiffres à l’appui que le racisme systématique de la justice, aux Etats-Unis, n’est "pas un mythe", comme le prétendent, en ce moment, certains auteurs conservateurs. Brooks confesse avoir été convaincu par le style "calme et méthodique" du texte, qui, dit-il, "ne cherche pas l’outrage"

Il recommande aussi un texte bouleversant, selon lui, écrit par une infirmière en première ligne contre le Covid-19 qui, rappelons-le, a déjà tué 360 000 personnes aux Etats-Unis, The Shape of the Shore. Rana Awdish écrit : "Je ne me reconnais plus. Je ne sais plus où je suis. J’empêche une mère d’approcher son bébé. Il me faut la traiter comme si elle était une menace pour son propre enfant."

Sur le sujet du Covid encore, le grand sujet de l’année 2020, tout de même, Brooks recommande un enfin un article paru dans The Atlantic, How Pandemic Defeated America. Son auteur, Ed Yong, y analyse le fiasco de l’administration Trump dans la gestion de l’épidémie. Il écrit : "Les tests de diagnostics étaient faciles à fabriquer. C’est pourquoi l’incapacité de des Etats-Unis à en créer paraît inconcevable. Et encore "les laboratoires privés ont été étranglés par la bureaucratie."

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