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Le Bundestag, coeur supposé de la vie politique allemande.

Crise de la démocratie parlementaire : en Allemagne aussi

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Les jeunes ont le sentiment que la vie politique se déroule hors des partis, dans la société civile organisée.

Le Bundestag, coeur supposé de la vie politique allemande.
Le Bundestag, coeur supposé de la vie politique allemande. Crédits : Christoph Soeder/dpa - Getty

En théorie, le Parlement britannique est l’un des plus puissants du monde. Mais mérite-t-il encore cette réputation ?

En effet, depuis 1689, à la suite de la Glorious Revolution et de la fuite du roi Jacques II à la cour de France, l’Angleterre est une monarchie parlementaire. Non seulement le Premier ministre, chef de l’exécutif, est issu de la Chambre basse, mais il en demeure membre durant toute la durée de son mandat, à la différence de son équivalent français. Et c’est devant le seul Parlement qu’il est responsable. Il n’y a pas de président élu par le peuple, au Royaume-Uni. Or, le plus ancien Parlement du monde a été dessaisi d’une décision aussi capitale que le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, confié au référendum. Pire : le voici également écarté aussi des conditions dans lesquelles va se réaliser cette rupture. Cela en dit long sur son affaiblissement.

En Allemagne aussi, la vie politique se déroule de plus en plus hors du Bundestag

Mais n’est-ce pas un phénomène assez général, se demandent deux chercheurs de la prestigieuse Hertie School of Governance de Berlin. Julian Gundlach et Fabian Kunkel viennent de signer une étude assez révélatrice sur ce qui se passe en ce moment en Allemagne. Leur réflexion part d’un cas exemplaire. Au début de cette année, un député élu au Bundestag, Gerhard Schick, a démissionné de cette assemblée. Cet économiste, membre du Parti des Verts, a expliqué qu’il jugeait plus efficace de mener le combat qui est le sien pour encadrer la finance, hors du Parlement. Il a fait le choix de la société civile. 

De son côté, le nouveau mouvement de gauche populiste Aufstehen se garde bien de former un nouveau groupe parlementaire : il préfère exister à travers les réseaux sociaux. 

Les Parlements avaient deux fonctions principales, écrivent ces deux chercheurs allemands : voter les lois et examiner le budget de l’Etat

Mais regardons les choses en face : les gouvernements ont presque partout repris l’initiative de la législation qui compte, comme c’est le cas des Projets de loi, en France. En outre, une bonne partie de la législation, dans l’Union européenne, échappe aux Parlements nationaux, car elle relève des institutions de l’Union européenne. Quant au budget, des éléments aussi décisifs que les taux d’intérêt, la valeur de la monnaie, ou la régulation financière, ils relèvent dorénavant de la Banque centrale européenne, un organisme qui n’est pas élu – contrairement au Parlement européen. 

Pire : ce ne sont pas les membres des gouvernements qui rédigent lois et règlements. Ce sont les administrations, théoriquement placées sous leur autorité. On entend souvent ces bureaucrates murmurer « qu’importe qui est actuellement le ministre ». En amont des décisions les plus importantes de la vie politique, on ne trouve pas les commissions parlementaires, mais des conciliabules semi-clandestins, associant hauts fonctionnaires, représentants des intérêts organisés comme les syndicats, experts et dirigeants d’ONGs.

Et c’est l’une des origines du sentiment de dépossession que ressent l’électeur allemand

Il se dit que décidément, quel que soit son vote « rien ne peut changer vraiment dans ce pays. » Les jeunes en ont pris leur parti. Militant dans les associations de la société civile, ils délaissent de plus en plus les partis politiques. La composition du Parlement allemand est significative : sur les 709 élus qu’il compte, seuls 18 % ont moins de quarante ans. La plupart des responsabilités, comme la présidence des commissions, sont en détenues par des baby-boomers qui, chez nous, auraient largement dépassé l’âge de la retraite. Pas étonnant que le financement de celle-ci les préoccupe davantage que le réchauffement climatique !

La sclérose politique allemande

Judy Dempsey, la spécialiste de l’Europe au Carnegie Endowment, interrogeait récemment plusieurs experts sur la crise politique en Allemagne. 

Les réponses qu’elle publie confirment ce diagnostic. Non seulement, le Bundestag n’est pas le lieu où se déroulent les débats décisifs : mais la vie politique, dans ce pays, paraît proche de la sclérose. Selon Heather Conley, l’obsession de la stabilité, qu’elle soit monétaire, politique, ou économique qui caractérise la République fédérale depuis l’origine engendre la sclérose. Cet immobilisme a favorisé la création de nouveaux partis, différents, comme les Grünen, ou extrémistes, comme l’AFD.

Selon Krzysztof Bledowki, les électeurs allemands vont, à l’avenir, se prononcer de plus en plus pour des partis représentant des intérêts particuliers – d’ordre géographique, ou culturel. Les grandes coalitions d’hier ont épuisé leurs possibilités. Le « douillet duopole » CDU/SPD a abouti à une indifférenciation par rapprochement. 

A l’avenir, la vie politique, en Allemagne, comme dans les autres démocraties, devra laisser s’exprimer des aspirations très différenciées et les grands partis attrape-tout vont continuer à s’affaiblir. Pour former des gouvernements, il faudra trouver des points d’équilibre entre des préférences multiples. Et le Parlement retrouvera alors la fonction qui doit rester la sienne, redevenir le lieu où se constituent les majorités d’idée.

par Brice Couturier

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