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Le Covid-19, pire ennemi de la culture ?
Épisode 2 :

Transition numérique : un trajet sans retour ?

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Privés de l'opportunité de présenter leurs oeuvres à un public en "live", beaucoup de créateurs ont poursuivi un basculement, déjà amorcé, vers les outils numériques de diffusion. Mais cette transition numérique du monde de la culture et des arts qu'accélère la crise sanitaire, est-elle définitive ?

La transition de la culture et des arts vers le numérique, provoquée par l’épidémie, est-elle définitive ?
La transition de la culture et des arts vers le numérique, provoquée par l’épidémie, est-elle définitive ? Crédits : Rainer Jensen/Picture alliance - Getty

Dans un article paru dans la revue Foreign Policy, James S. Snyder, directeur émérite du Musée d’Israël à Jérusalem, estime que "l’âge d’or des musées est terminé (pour le moment)". Les visiteurs qui venaient de loin pour admirer les expositions-événements hésitent désormais à se déplacer, ou en sont empêchées. Les rassemblements importants sont interdits. Selon une enquête de l’UNESCO, 90 % des musées du monde sont temporairement fermés. L’UNESCO vient d'ailleurs de lancer, dans une soixantaine de pays, une opération baptisée ResiliArt, afin de réfléchir aux moyens de ressusciter la création et faire vivre l’héritage culturel dans le contexte de l’après-crise.

Musées : la fin d'un modèle ?

La pandémie a été un désastre pour la culture et les arts. Dans la grande majorité des pays du monde, les institutions culturelles ont fermé, partiellement ou complètement. Et nous faisons face à un problème d’une extrême urgence : le nombre incroyable d’artistes et de créateurs, laissés sans revenus. La crise a révélé la vulnérabilité et la grande fragilité de nos écosystèmes culturels. Audrey Azoulay, directrice-générale de l’UNESCO

Toujours au sujet des musées, James S. Snyder prévient encore que leur éventuelle réouverture posera de redoutables défis. Et certains pourraient bien ne jamais rouvrir. 

Dans l’immédiat, les musées préparent des protocoles assez stricts, qui impliquent la limitation drastique du nombre de visiteurs acceptés et donc la préinscription sur des listes d’attente, mesures sanitaires le long des parcours de visite. Mais les musées ne peuvent plus compter dans l’immédiat avec les records d’affluence d’hier. 

Une transition numérique irréversible ?

Le site Debating Europe a mis en débat la question qui fâche : la transition de la culture et des arts vers le numérique, provoquée par l’épidémie, est-elle définitive ?

"Non, pas du tout, répond le directeur artistique de la Fenice, Fortunato Ortombina. En tant que baby-boomer, répond-il avec honnêteté, vous ne me ferez jamais croire qu’une pièce ou un concert, visionnés sur mon ordinateur constitue une expérience du même ordre qu’assister à un spectacle vivant. Même si la situation actuelle devait durer encore un ou deux ans, non, ce ne sera pas définitif, conclut Ortombina. Toutefois, admet-il, personne ne peut prédire avec certitude à quoi ressemblera le monde de la culture au sortir de cette affaire. 

Un avis que ne partage pas Gitte Zschoch, directrice des EU Institutes of Culture : "Je pense que nous verrons davantage de contenus en ligne, même quand la pandémie sera derrière nous, dit-elle. Le monde de la culture a été contraint, par la force des choses de basculer en ligne. Il a ainsi beaucoup appris sur les moyens de créer et de diffuser. On sait à présent ce qui fonctionne bien en ligne et ce qui ne passe pas. Nous-même, poursuit la directrice des Eu Institutes of Culture, nous avons tenu des réunions thématiques sur nombre de sujets, en rassemblant des experts et des créateurs situés aux quatre coins du monde. Mais je pense que le public, comme nous-même, a besoin de lieux physique de rencontre avec les créateurs ; les théâtres nous manquent, les galeries, les salles de concert… Ces lieux où il y a un vrai public, où l’on peut entendre ses rires, ses applaudissements, ressentir son émotion…"

Pour les créateurs, un défi immense, et le risque d'échec

Charles Vallerand, canadien et consultant en politiques culturelles auprès de l’UNESCO, estime que l’épidémie a constitué un défi pour beaucoup de créateurs, dans bien des domaines. Ceux qui ne savaient pas encore se servir d’Internet ont ainsi basculé vers la Toile. Mais, poursuit-il, apprendre à se familiariser avec les technologies numériques et savoir repérer et attirer un public sont deux choses bien distinctes. Pourtant, s’adapter aux exigences spécifiques de ces outils va devenir une priorité pour tout le monde. 

Certaines expériences vont s’avérer des échecs. Il y a la question du financement : le retour sur investissement ne justifie pas toujours l’argent que représente l’enregistrement et la diffusion des œuvres. Beaucoup de créateurs, réalisant combien il est difficile de valoriser leur travail sur internet, vont renoncer au sortir de la crise.

Pourtant, beaucoup d’acteurs du spectacle vivant vont aussi réaliser l’opportunité d’élargir leur public que représente leur présence sur internet. 

En outre, dans beaucoup de pays, les artistes ont été soutenus par leurs gouvernements. Cela a créé de nouvelles habitudes : du côté du public, celle de recevoir gratuitement des images et des musiques, du côté des créateurs, celle d’être subventionnés pour continuer à faire vivre la culture nationale. Au Brésil, par exemple, l’Etat a soutenu les musiciens, pour que les gens ne partent pas tous vers Netflix. 

Mais les gouvernements ne pourront pas maintenir indéfiniment leur effort à ce niveau. Ou bien les dispositifs de soutien vont être retirés et le choc risque d’être brutal, ou bien, le relais passera au secteur privé.

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