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Le Covid-19, pire ennemi de la culture ?
Épisode 3 :

Grande-Bretagne : le Covid, mécanique darwinienne du monde de la culture ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Tandis que le gouvernement de Boris Johnson vient d'annoncer la création d'un fonds spécial de 1,57 milliard de livres pour les artistes, les industries culturelles pourraient perdre 406 000 emplois à cause du Covid, une hémorragie pour un secteur qui représente 6% du PIB britannique.

Le théâtre Piccadilly à Londres, enveloppé dans du ruban dans le cadre de la campagne "Missing Live Theatre" du collectif "Scene change" en réponse aux conséquences économiques de la Covid-19 pour le secteur du spectacle vivant en Grande-Bretagne
Le théâtre Piccadilly à Londres, enveloppé dans du ruban dans le cadre de la campagne "Missing Live Theatre" du collectif "Scene change" en réponse aux conséquences économiques de la Covid-19 pour le secteur du spectacle vivant en Grande-Bretagne Crédits : Keith Mayhew/SOPA Images/LightRocket - Getty

Tandis que le gouvernement de Boris Johnson vient d'annoncer la création d'un fonds spécial d'aide aux créateurs et aux artistes, le plasticien Grayson Perry déclenche une polémique dans le monde culturel britannique en assimilant le Covid-19 à un "agent de sélection naturel des milieux de l'art". 

Je pense que dans tous les aspects de la vie, il y a probablement un peu de gras. Et qu’il a besoin d’être dégarni. C’est terrible, que le secteur culturel ait été décimé par le Covid, mais je pense que certaines choses devaient disparaître. Trop souvent, le public de la culture, ce sont les gens qui la produisent. Vous avez des théâtres avec des salles pleines d’acteurs, des expositions qui ne servent qu’à impressionner d’autres commissaires d’exposition. Le Covid, c’est comme éteindre plusieurs fois de suite un ordinateur. On voit quels sont les fichiers qui réapparaissent. Il y en a dont on se fiche complètement. Ce qui est intéressant, c’est ce qui pourrait réémerger.                        
Grayson Perry, Arts Society Magazine

Galeries, jeunes artistes, musées : qui seront les plus touchés ?

Une vision darwinienne de la vie culturelle qui n’a guère plu dans les milieux concernés. Dans le Guardian, Sarah McCrory, directrice du Centre Goldsmiths d’art contemporain, insinue que cet artiste réputé iconoclaste et subversif, très connu pour ses vases en céramique et son double féminin, "Claire", a rejoint les rangs de l’élite sociale dont il prétend se moquer dans son travail. Mais le faire en ce moment est honteux, juge-t-elle. De son côté, le chanteur et acteur Marcus Reeves a tweeté : "Avant même le Covid, la plupart des acteurs que je connais n’avaient pas l’argent pour aller au théâtre, ni les musiciens pour se payer des concerts."

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Dans le Guardian encore, un membre anonyme de la Royal Academy – dont Grayson Perry fait partie – déplore la sortie de Perry : selon lui, ce sont au contraire les nouveaux venus, aux carrières à peine débutantes, qui vont faire les frais de la pandémie. Pas le bois mort. Et selon Aaron Angel, directeur de la Troy Town Pottery, les gens qui vont perdre leur job, ce sont les gardiens de musées, les accompagnateurs de groupes, bref tout le personnel qui rend la visite des musées possible. 

Un fonds spécial de soutien de 1,57 milliard de livres

Et en effet, si les galeries d’art ont déjà licencié une bonne partie de leurs salariés, à présent, ce sont les grands musées britanniques eux aussi qui annoncent des vagues de licenciements. Jusqu’au fameux Victoria and Albert Museum de Londres, le plus grand musée d’arts décoratifs et appliqués du monde. Le National Trust, l’association qui veille à la conservation des plus beaux domaines du Royaume Uni, a annoncé qu’elle allait licencier 1 200 de ses 10 000 employés.

Si le National Trust est une association privée à but non lucratif, le monde de la culture et des arts, en Grande-Bretagne, comme en France, bénéficie d’importants soutiens publics. Pour aider les théâtres, les musées, les salles de concert à faire face à la fermeture imposée pour contenir l’épidémie en cours, le chancelier de l’Echiquier Rishi Sunak a annoncé, cet été, la création d’un fonds supplémentaire spécial, le Culture Recovery Fund. Il est doté d’un budget de 1,57 milliard de Livres et placé sous l’autorité de l’Arts Council of England

Les industries culturelles, 6 % du PIB britannique

Dans une étude publiée par le site Counterculture, Jo Wright détaille la puissance du secteur des industries créatives et culturelles au Royaume-Uni et s’interroge sur la manière dont elles traversent l’épreuve du COVID-19. Nos voisins britanniques distinguent trois grands groupes d’activités : les formes artistiques traditionnelles comportent l’artisanat d’art, la littérature, la musique, les performances, les arts visuels, tels que les arts plastiques. Les nouveaux médias reposant sur la technologie incluent radio, télévision, vidéo, jeux. Enfin, le secteur dit des "services créatifs" comporte l’architecture, le design, le software, la publicité, l’édition.

Ensemble, ces activités représentent 6 % du PIB de la Grande-Bretagne. Et elles emploient environ deux millions de personnes, dont beaucoup d’indépendants et de salariés de très petites entreprises. Mais, remarque, Jo Wright, c’est un secteur qui était en forte croissance avant l’épidémie : 43 % en termes réels entre 2010 et 2018. Cette croissance avait été particulièrement spectaculaire entre 2017 et 2018 : 7,4 %. 

Un secteur résilient ?

Or, on doit s’attendre à une chute de 30 % cette année, du fait de l’épidémie et de ses conséquences sur la vie culturelle. Jo Wrigt estime que le nombre d’emplois perdus s'élèvera à 406 000, dont 119 000 salariés et 287 000 indépendants ou auto-entrepreneurs. Une hémorragie. "On ne connaîtra pas avant un certain temps l’impact de l’épidémie, conclut Jo Wright. Mais il y a de bonnes raisons de penser que le redémarrage sera rapide. Le secteur est caractérisé par la créativité, la résilience et l’agilité."

Mais beaucoup dépendra des publics eux-mêmes. Retrouveront-ils vite ou non le chemin des théâtres, des cinémas, des salles de concert et des lieux d’exposition ? Ou les spectateurs persisteront-ils dans l’habitude qu’ils ont prise de consommer essentiellement des services numériques à domicile ? Netflix a gagné plusieurs millions d’abonnés dans le pays lors du confinement…

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