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A Hong Kong aussi, ces mêmes masques de Guy Fawkes.

De Santiago à Téhéran, quand les foules descendent dans les rues

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Une vague de contestation balaie la planète. Quelles en sont les caractéristiques ? Et comment cela peut-il tourner ?

A Hong Kong aussi, ces mêmes masques de Guy Fawkes.
A Hong Kong aussi, ces mêmes masques de Guy Fawkes. Crédits : Anthony Kwan - Getty

Sur le plan politique, deux tendances caractérisent notre époque. D’une part la montée des « hommes forts », portés par une vague nationale-populiste. Ils promettent de « reprendre le contrôle » face à la mondialisation, en réaffirmant la souveraineté nationale. De l’autre, des mouvements de contestation populaires qui ont, certes, des objectifs variables, mais présentent des ressemblances formelles incontestables.

Selon Aryeh Neier, l’un des co-fondateurs de l’association Human Rights Watch, il faut éviter de tout mélanger. 

Eviter de tout mélanger, sans manquer les caractéristiques communes. 

A Hong Kong et Barcelone, les manifestants se battent pour revendiquer une autonomie locale. Dans les villes libanaises, les manifestants réclament le départ d’une classe politique incompétente et corrompue. Ils expriment un sentiment national, qui voudrait dépasser le vieux cadre confessionnel. Quelque chose de comparable s’exprime en Irak, où le sentiment national se révolte contre la mainmise iranienne. En Iran, justement, ont lieu en ce moment des mouvements de rue, réprimés avec une grande violence par la police, aux mains des religieux. 

A Santiago, c’est pour protester contre les inégalités et la corruption, qu’un très grand nombre de personnes sont descendues dans les rues. Et à Moscou, les gens exigent simplement le respect de la démocratie : la possibilité, pour les candidats de l’opposition de se présenter aux suffrages des électeurs.

Le risque du débordement par des éléments violents. 

Oui, les causes de la protestation sont spécifiques, mais il y a dans l’air, comme un air de révolte qui est communicatif. Et partout, un sérieux risque d’embrasement dont personne ne sait sur quoi il peut déboucher. Or, je cite Aryeh Neier, « ces risques sont aggravés délibérément par _des contestataires violents_, qui peuvent considérer leurs actions comme justifiées, mais qui en fin de compte minent leur propre cause en s’aliénant de potentiels alliés et mettent en danger leurs camarades de lutte. »

En effet, poursuit-il, le succès ou l’échec de ces mouvements de protestation de masse dépend dans une très large mesure de la manière dont en rendent compte les médias. Or, le message véhiculé par les médias peut ressembler à « la police met violemment fin aux manifestations », ou « la police met fin à de violentes manifestations », le résultat sera bien différent. La responsabilité des médias est donc énorme.

Car dans le contexte actuel, celui d’une montée du populisme et de l’autoritarisme, la demande de restauration de l’ordre public peut aboutir, conclut Aryeh Neier, à des résultats politiques désastreux, tant pour les manifestants que pour ceux qui étaient restés chez eux à les regarder à la télévision…

Le risque de voir des mouvements non violents débordés et sabotés par des minorités violentes ne serait-il pas accru par l’absence de leaders identifiables à leur tête ?

C’est la question que pose Yasmeen Serhan dans The Atlantic. « Combien de temps peuvent durer ces mouvements issus de la base ? demande-t-elle. Sans un organisateur à la barre, ces mouvements ne risquent-ils pas de se transformer en quelque chose que même leurs participants ne pourraient plus contrôler ?"  L’absence de leadership, caractéristique de la plupart de ses mouvements est-elle une source de force ou de faiblesse ? 

Elle s’explique par le fait que ces mouvements se sont formés grâce aux réseaux sociaux. Ils permettent à leurs participants de communiquer et de s’organiser de manière horizontale et décentralisée. C’est aussi un élément tactique efficace : les mouvements sans leaders sont plus difficiles à réprimer, parce que le pouvoir ne peut pas les décapiter en arrêtant leurss chefs. C’est le sens du mot d’ordre des manifestants pro-démocratie de Honk Kong : « Soyez informes, insaisissables comme l’eau », slogan venu des films de Bruce Lee.

Mais, comme le dit Carne Ross, auteur de The Leaderless Revolution, "dans les mouvements sans leaders, il existe bien sur un danger que des minorités utilisent des techniques qui ne seraient pas approuvées par la masse des protestataires."

Enfin il y a cette bizarre coutume, repérée dans de nombreux mouvements, de porter des masques. Quel sens cela a-t-il ?

Réponse d’un jeune universitaire britannique, Aidan McGarry : primo, cela procure un certain niveau d’anonymat qui permet d’échapper à la répression, surtout à l’heure où la technologie permet la reconnaissance faciale. Deuxio, porter un masque confère le sentiment d’être quelqu’un d’autre. Cela donne du courage, rend téméraire, pousse à faire des choses qui sortent de l’ordinaire. 

Tertio, les masques de Guy Fawkes, popularisé par la série V pour Vendetta, avec son sourire ricaneur est un pied-de-nez aux élites politiques que les manifestants viennent narguer aux pieds de leurs bâtiments officiels. Quarto, c’est une manière d’uniforme, qui relie aux autres, confère le sentiment de participer à un collectif amusant autant que puissant. En outre, on a toujours porté des masques pour le Carnaval, cette fête où les hiérarchies sociales sont inversées, comme l’a montré Mikhaïl Bakhtine

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