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Démocraties illibérales 5) Le cas Viktor Orban

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Le premier ministre hongrois est le seul chef de gouvernement en Europe à avoir bénéficié de la crise des migrants.

Nouvel élément à porter à notre dossier « démocratie illibérale centre-européen », une biographie de Viktor Orban.

Oui, ce sont mes partenaires du site en ligne WorldCrunch qui me le signale : il est paru cette semaine en allemand un livre de Paul Lendvai intitulé Orbans' Ungarn, la Hongrie de Orban. Or, Lendvai, journaliste et essayiste autrichien né en Hongrie, est sans doute le meilleur spécialiste de l’histoire de ce pays. Les éditions Noir sur Blanc ont eu la bonne idée de publier, il y a dix ans, son ouvrage monumental, Les Hongrois, mille ans d’histoire. La Hongrie de Orban paraît, cette fois, 60 ans après l’Insurrection de Budapest contre les Soviétiques, réprimée dans le sang par l’Armée Rouge en 1956.

Alors, certes, Viktor Orban, né en 1963, n’y a pas pris part. Mais, selon Paul Lendvai, il est pourtant l’héritier de cette tentative populaire de secouer le joug communiste dans son pays. En effet, l’actuel premier ministre de Hongrie s’est rendu célèbre en 1989, en tant que président des Jeunes Démocrates, en réclamant le départ des troupes soviétiques. La démocratisation du pays, entamée cette année-là, lui ouvrait la voie d’une carrière politique extraordinaire : élu député à 26 ans, il se retrouve premier ministre à 35, en 1998. Mais en 2002, il perd le pouvoir. S’ensuivent huit années à ronger son frein dans l’opposition.

Orban est « l’un des politiciens européens les plus doués de sa génération », d’après Paul Lendvai qui le définit comme un « tacticien combattif et déterminé, qui excelle à tirer les conclusions de ses propres défaites. » Dans l’opposition, il poursuit un virage à droite et achève de faire passer sa formation du libéralisme au conservatisme. Orban, qui croit posséder un sens aigu du sens des vents porteurs en politique, estime, en effet, qu’on vit « la fin d’une époque en Europe ». Il a récemment déclaré : « Ce sont les partis de gauche qui ont détenu jusqu’à présent le monopole d’interprétation de ce que l’Europe devait être. Si l’on passe de la gestion à la discussion sur les valeurs, nous avons besoin d’une solide protection de l’arrière. »

Le succès de Viktor Orban en Hongrie même est impressionnant : rares sont les leaders européens qui peuvent se vanter d’avoir été élus deux fois de suite (en 2010 et 2014), avec des scores supérieurs à 50 % des voix, leur permettant d’atteindre, au Parlement, la majorité des 2/3. Il est parvenu à marginaliser l’opposition de gauche. L’extrême droite Jobbik, la principale force d’opposition, a reculé.

Mais Viktor Orban se croit dorénavant un destin européen. Il s’est posé en champion de l’Europe, menacée par les vagues migratoires, en édifiant son mur de barbelés avec la Serbie. Il a défié la chancelière allemande. WorldCrunch a récemment traduit et mis en ligne un article paru dans Die Welt, intitulé « Comment Orban essaie d’enlever l’Europe à Merkel. » Sous-titre : Viktor Orban est le seul leader dans l’Union européenne à avoir bénéficié de la crise des réfugiés. Mais ses ambitions ne connaissent pas de frontières. »

On peut tout de même considérer le référendum qu’il a organisé, il y a deux semaines, sur l’accueil des migrants, comme un échec politique : il n’a pas obtenu les 50 % d’électeurs…

Certes, sur une question posée de manière particulièrement biaisée, il n’a pu mobiliser que 43 % des électeurs. La question, j’en rappelle l’intitulé : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ? » Mais ces 43 % ont voté non à près de 91 %. Orban a su transformer sa défaite juridique (le référendum est sans valeur) en une victoire politique.

Et le thème de la « défense des frontières de l’Europe face aux hordes migratoires » est extrêmement populaire en Europe centrale. Cette semaine, on a assisté à un retournement spectaculaire de la chancelière allemande sur la question de l’accès des migrants européens aux prestations sociales : le bénéfice des minima sociaux est désormais conditionné à une présence continue de cinq ans en Allemagne. Lorsque David Cameron avait menacé de prendre une semblable mesure en Grande-Bretagne, il y a seulement deux ans, il avait été vivement critiqué par ses collègues de l’Union européenne….

Alors oui, on peut se demander si le vent n’est pas en train de tourner dans l’Europe entière et si le populiste Viktor Orban, celui que le président Juncker saluait, il y a quelques temps d’un « hello, dictateur », n’est pas l’un des premiers à l’avoir senti…

Pour conclure par une touche d’humour, voici, les 7 recettes pour « bâtir une démocratie illibérale en Union européenne », selon le site euobserver : 1° Gagner une élection en ne promettant rien de concret, sinon les vieilles gloires, 2° démantelez les contrôles constitutionnels chargés de vous avoir à l’œil, 3° prenez le contrôle des médias publics et tenez serrés les médias privés, 4° prenez le contrôle de la finance, régnez parmi les oligarques, 5° discréditez votre opposition ainsi que les critiques occidentaux, 6° créez-vous un ennemi sur-mesure, 7° Réécrivez en votre faveur les lois électorales…. Mais je n’aurais pas dû citer cet article. C’est qu’il pourrait donner des idées à l’un ou l’autre de nos dirigeants.

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