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Dénonciation de l'Accord de Paris : le big business contre Donald Trump

5 min
À retrouver dans l'émission

En se retirant de l'Accord de Paris et en prônant un retour au charbon, le président américain risque de faire perdre, aux Etats-Unis, leur avance relative dans le domaine des énergies de demain.

Le président Donald Trump a annoncé au début de ce mois que son administration allait retirer son pays de l’Accord de Paris sur le climat. Quelles conséquences sur la politique énergétique des Etats-Unis ?

L’élection de Donald Trump, en novembre dernier, a eu lieu en pleine COP22 de Marrakech. Fâcheuse coïncidence. Car au cours de la campagne électorale, Trump n’avait pas caché sa volonté, s’il était élu, de relancer les centrales à charbon, ainsi que l’extraction offshore du pétrole et du gaz ; bref, de tourner le dos à la politique énergétique de son prédécesseur.

Obama a, en effet, engagé son pays dans la substitution du gaz naturel, moins polluant, au charbon, dans le mix énergétique américain. Les hydrocarbures « non conventionnels », pétrole et gaz de schiste en particulier, font l’objet, en Amérique du Nord, d’une exploitation massive et il n’a jamais été question de l’interrompre. Les Etats-Unis, on le sait, visent l’indépendance énergétique. Et celle-ci devrait être atteinte en 2030. D’ores et déjà, le pays couvre 86 % de sa consommation énergétique par ses propres moyens.

Qui aurait imaginé, il y a 20 ans, que les Etats-Unis puissent devenir, grâce aux nouvelles méthodes d’extraction, les premiers producteurs de pétrole du monde, devant l’Arabie saoudite ? C’est pourtant ce qui s’est produit il y a deux ans. Ils étaient déjà le premier producteur de gaz. C’est une révolution, dans la mesure où elle permet à Washington de peser sur le prix des hydrocarbures. Nous lui sommes redevables, nous, Européens, qui bénéficions d’un pétrole bon marché.

Mais Obama visait également une forte réduction des gaz à effet de serre dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Il avait notamment fixé un objectif très ambitieux à la production d’électricité d’origine solaire ou éolienne : 2/3 en 2050. Il faut savoir qu’on en est très loin. En 2016, l’électricité aux Etats-Unis provenait pour 34 % des centrales au gaz naturel, pour 30 % du charbon, pour 20 % du nucléaire ; la part des renouvelables se limitant à 16 %, dont 6,5 % provient de l’hydroélectricité, 5,6 % de l’éolien et un petit 4 % des autres renouvelables, dont le solaire et la géothermie.

Donald Trump croit-il à l’origine humaine du réchauffement climatique ? On n'en n’en sait rien. Ses déclarations, à ce sujet, se contredisent. Un jour, il déclare que c’est un bobard inventé par les Chinois pour entraver la compétitivité américaine. Un autre, son ambassadrice à l’ONU, prétend qu’il prend le problème très au sérieux. Dans une interview à Times, il dit « y réfléchir ».

Mais après tout, l’état des croyances et des connaissances du président américain importe assez peu au reste du monde. Ce qui compte, c’est la manière dont il n’a cessé de détricoter les mesures adoptées par son prédécesseur et dont la dénonciation de l’Accord de Paris de décembre 2015 constitue le dernier épisode en date. Rappelons la nomination du climatosceptique Scott Pruitt à la direction de l’Agence de protection de l’environnement, le réexamen du « Clean Power Act ».

Les réactions au retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat ont oscillé entre l’indignation et le fatalisme. Jeffrey Sachs, économiste réputé, traite le président américain de « sociopathe » et met en cause « l’esprit retors de Trump et de ses plus proches conseillers ». Plus grave, il attribue cette décision à la corruption, 22 sénateurs avaient, en effet, envoyé à Donald Trump une lettre ouverte, lui demandant de retirer Washington de l’Accord de Paris. Pour Jeffrey Sachs, il faut voir dans cette démarche l’effet des pots-de-vin versés par les industriels du gaz et du pétrole, qui auraient contribué à hauteur de 100 millions de dollars aux campagnes électorales de certains d’entre eux en 2016.

Avec beaucoup d’autres, Jeffrey Sachs relève la bévue de Trump, déclarant, pour justifier sa décision : « Je suis le représentant de Pittsburgh et pas de Paris. » Pas de chance ! Les informations du Donald date d’une ou deux décennies. Cette ville, autrefois siège d’industries désuètes et polluantes, est aujourd’hui en pointe dans la transition vers les activités high tec. Elle abrite l’Université Carnegie Mellon, spécialisée dans les sciences de l’environnement.

Mais ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui risquent d’être pénalisés par la décision de leur président. Une course entre les grandes puissances est en effet engagée pour le leaderhip dans les technologies bas-carbone. En raison de leurs importantes réserves de gaz et de pétrole, les Etats-Unis ont été lents à investir dans les nouvelles ressources énergétiques. Ils ont pris du retard sur l’Europe et la Chine. En tournant le dos à des activités fortement créatrices de richesses et d’emplois, Trump pénalise les Etats-Unis.

C’est ce que pensent les grandes entreprises américaines du secteur énergétique. Mark Malloch Brown, président des entreprises et du développement durable, se fait l’écho de cette inquiétude. Et 1 000 chefs d’entreprises américaines ont cosigné une lettre ouverte à Trump, plaidant pour une économie plus verte et appelant le président à ne pas se retirer de l’Accord de Paris. Le développement durable est très populaire parmi les consommateurs américains. Des entreprises comme Walmart l’ont bien compris, qui est passé au vert, et affiche une transition réussie au renouvelable.

Faut-il aller jusqu’à considérer le retrait américain comme « un électrochoc positif », comme le fait Sandrine Maljean-Dubois sur le site The Conversation ? C’est ce que nous verrons demain.

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