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Donald Trump, dans les pas d'Andrew Jackson

5 min
À retrouver dans l'émission

Hamiltoniens, wilsoniens, jeffersoniens et jacksoniens. Pour y voir un peu plus clair dans les différentes traditions américaines de politique étrangère...

Trump nous présente une énigme. En politique étrangère, tout ce qu’on sait, c’est qu’il est isolationniste. Alors on cherche des précédents dans l’histoire américaine. Ainsi, on dit souvent du nouveau président qu’il est « jacksonien ». Que faut-il entendre par là ?

C’est le fameux essayiste et éditorialiste Fareed Zakaria, l’un des plus célèbres commentateurs de politique étrangère aux Etats-Unis, qui, le premier a comparé Donald Trump à Andrew Jackson. Dans une interview accordée à CNN le 1° mai de l’an dernier, Zakaria disait : « Donald Trump est un jacksonien. Jackson représente un style distinctement populiste de la pensée américaine, différent des autres traditions politiques du pays. » Ce courant politique se distingue donc par le populisme à l’intérieur et par l’isolationnisme en politique étrangère. « Les jacksoniens, relevait finement Zakaria, ne sont pas tant exaspérés par les ennemis que par nos alliés. » Depuis, nombre de partisans de Trump se sont emparés de ce symbole et ont comparé leur héros au septième président des Etats-Unis.

En quoi Donald Trump évoque-t-il Andrew Jackson, élu président des Etats-Unis en 1828, et réélu en 1832 ? D’abord parce que Jackson se présentait comme « the friend of the common man », l’ami de l’homme du commun. Un « homme du peuple ». Quoique riche floridien, il n’appartenait pas à l’élite qui avait gouverné les Etats-Unis depuis l’Indépendance. C’était un homme dur, qui avait combattu contre les Britanniques et aussi contre les Indiens. Comme Trump contre Hillary Clinton, il mena sa première campagne présidentielle victorieuse contre un Secrétaire d’Etat sortant – en l’occurrence John Quincy Adams, lui-même fils d’un ancien président des Etats-Unis. Les Adams, qui avaient déjà fourni deux présidents aux Etats-Unis, le deuxième et le sixième, constituaient alors une véritable dynastie. En passant, je signale ce livre extraordinairement intelligent, écrit par un de leurs rejetons, L’Education de Henry Adams, paru en 1907 et récemment réédité. Les Américains n’aiment ni les aristocraties, ni les dynasties.

Mais revenons à Donald Trump. Ou plutôt à Andrew Jackson. Qu’est-ce que le jacksonisme en politique étrangère ? Walter Russel Mead en donne une définition très précise dans un tout récent article de la revue Foreign Affairs. Deux traditions ont dominé la diplomatie américaine au cours du XX° siècle, écrit-il, les hamiltoniens et les wilsoniens. Les jacksoniens ne sont ni l’un ni l’autre.

Explication : les hamiltoniens sont des nationalistes, surtout intéressés par les questions économiques. Ils considèrent que l’intérêt des Etats-Unis est de favoriser un ordre du monde libéral et stable, au sein duquel leur pays jouerait le rôle d’un « gyroscope ».

Le wilsonisme, on connaît mieux. C’est l’idéologie qui a présidé au règlement du Premier conflit mondial. Il s’intéresse plus aux valeurs qu’à l’économie. Il entend promouvoir, parce que c’est dans l’intérêt de l’Amérique, la démocratie, les droits de l’homme, le droit des peuples à disposer d’un Etat. Dans la version soft, cela donne des « institutionnalistes libéraux », ouverts aux institutions multilatérales, telles que la SDN et à l’ONU ou l’OMC. Dans la version hard, le wilsonisme botté des néo-conservateurs ; des gens qui entendent répandre la démocratie par la force. Mais les échecs récents des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak ont inspiré le retour d’un courant plus ancien, celui qu’incarnent les jeffersoniens, ou « réalistes ».

Les jeffersoniens estiment que les Etats-Unis, protégés par deux océans, doivent s’impliquer le moins possible dans le monde, parce que c’est un endroit dangereux et que les interventions coûtent cher. Tout un courant du parti républicain est aujourd’hui dominé par cette vision - en particulier les sénateurs Rand Paul et Ted Cruz. Et Trump devra compter avec les partisans de ce courant jeffersonien.

Mais lui-même appartiendrait donc à l’école jacksonienne. Contrairement aux wilsoniens, les héritiers d’Andrew Jackson ne croient pas à une mission particulière des Etats-Unis dans le monde, mais à la nécessité de se recentrer sur la sécurité et la prospérité du peuple américain. Ils veulent préserver le mode de vie américain que nos jacksoniens contemporains estiment menacé par l’immigration et les élites mondialisées. Le « peuple jacksonien », c’est celui des communautés locales, animées d’un patriotisme intransigeant et attachées au droit de détenir des armes, symbole de l’auto-défense. C’est un courant populiste, ou basiste, qui considère les « classes gouvernementales » avec suspicion.

Ce sont des gens qui se sont sentis menacés par la politique des identités et le multiculturalisme. Ils ont très mal réagi à la notion de « majorité démocrate émergente », basée sur le constat d’un déclin démographique régulier des descendants d’Européens au profit des nouvelles immigrations.

En politique étrangère, ils sont hostiles aux interventions extérieures. Et la promotion d’un ordre libéral, par les administrations, leur semble avoir été défavorable aux produits et aux travailleurs américains. Ils ont le sentiment que « Trump est de leur côté ». C’est l’essence même du jacksonisme : se tenir du côté de la plèbe et lui promettre « nettoyer les écuries d’Augias de Washington ». Trump préfère parler « d’assécher le marécage » politicard. Mais c’est bien la même veine populiste qui est à l’œuvre. Donald Trump est bien l’héritier d’Andrew Jackson. Un homme qu’on décrivait comme dur et impitoyable…

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