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Donald Trump fait éclater le camp conservateur en trois

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Entre les Never Trumpers, décidés à l'abattre et les pro-Trump, bien décidés à occuper les places, un tiers parti conservateur attend son heure.

Contrairement à Reagan, ce faux naïf, ou à George W Bush, Donald Trump n’a pas de colonne vertébrale intellectuelle. Aucun ancrage idéologique. Avant de s’emparer de la nomination aux primaires républicaines, il a longtemps passé pour un « démocrate de New York ». Mais il y a des intellectuels conservateurs qui ont décidé d’équiper idéologiquement le nouveau président. L’un d’entre eux, qui a longtemps signé d’un pseudonyme, tant le soutien à un tel personnage pouvait paraître compromettant – Publius Decius Meus – s’est récemment dévoilé. Il s’agit de Michael Anton, un ancien conseiller de Rudy Giuliani et de George W Bush. Il collabore régulièrement au site American Greatness, qui semble, lui aussi, engagé dans cette tentative de donner une idéologie à la pratique politique de Trump. Comme beaucoup des rares intellectuels trumpo-compatibles, il a rejoint la nouvelle administration. Il est aujourd’hui membre du Conseil national de sécurité.

Les intellectuels pro-Trump sont si peu nombreux qu’il ne leur est pas difficile d’obtenir des places… Non seulement en raison du spoil system, qui permet au président de répartir plus de 4 000 postes d’apparentés hauts-fonctionnaires à ses fidèles, mais aussi parce que Trump est persuadé qu’existe une sorte « d’Etat profond », composé de fonctionnaires libéraux qui sabotent systématiquement ses décisions. D’où la nomination de proches, chargés de faire la chasse aux fuites…

Aujourd’hui, écrit Tevi Troy sur le site Politico, le camp conservateur a éclaté en 3 groupes. Les « Never Trumpers » estiment que le président élu est trop éloigné des positions conservatrices traditionnelles pour qu’il soit moralement admissible de jouer les compagnons de route d’un pareil personnage. Ils sont en désaccord sur l’immigration, sur les investissements dans les infrastructures, sur la renégociation des traités de libre-échange. Et surtout, ils sont traditionnellement hostiles à la Russie, alors que Trump passe pour poutinophile… Ils misent donc sur l’échec – par exemple lors des élections de mid-term en 2018, la marginalisation du président, voire son empeachment, qui donnerait le pouvoir à Mike Pence, le vice-président, un homme beaucoup plus à leur goût. On citera notamment Eliot Cohen de la revue The Atlantic et John Podhoretz de Commentary.

Les pro-Trump sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui que l’année dernière... Ceux qui avaient misé sur Trump dès le départ peuvent se vanter d’avoir choisi le cheval gagnant. A défaut d’avoir rallié des intellectuels de premier plan, Trump avait bénéficié du soutien de plusieurs animateurs de radio très populaires à travers le pays. On citera en particulier Mike Gallagher, Laura Ingraham et Dennis Prager. Même s’ils conservent des réserves envers certains aspects du programme du président, ils misent sur une forme d’entrisme pour orienter sa politique dans un sens plus conforme à l’agenda conservateur – qu’ils sont prêts à réviser.

Un 3° groupe approuve les aspects traditionnellement conservateurs de la politique menée depuis le 20 janvier, comme la nomination du juge Neil Gorsuch à la Cour suprême, tout en continuant à juger inacceptables les positions de Trump sur des sujets aussi décisifs que l’immigration ou le libre-échange.

« Il est possible que nous assistions en direct à l’émergence d’une nouvelle ligne de fracture dans le monde de la philosophie politique américaine », écrit Tevi Troy. « Elle pourrait bien modeler la politique américaine pour les décennies à venir. »

Le formidable éditorialiste britannique Nick Cohen signe dans le dernier numéro de la revue conservatrice britannique Standpoint un article ravageur contre ce que représente Donald Trump à ses yeux. Je vais en citer de larges extraits, ce qui vaut mieux que de tenter de le résumer.

« Une époque se termine toujours lorsque les personnes qui l’ont dominée cessent de croire aux histoires qu’ils racontaient à propos d’eux-mêmes » commence Nick Cohen, en prenant pour exemple la fin de l’Union soviétique : lorsque les ses dirigeants eux-mêmes ont cessé de croire au communisme, leur pouvoir s’est effondré. « A l’âge de Trump, poursuit-il, les histoires que les conservateurs racontent sur eux-mêmes sonnent aussi faux que les histoires que racontaient les dirigeants de l’Union soviétique à la fin du communisme. » Modération, scepticisme, pessimisme – bref, les qualités autrefois associées à la politique conservatrice – ne peuvent plus en aucun cas caractériser ce qu’est devenue la droite en Occident depuis l’élection de Trump.

Ce personnage n’a aucun respect pour les contrôles et les équilibres qui caractérisent l’ordre libéral. Il ment de manière effrontée et instinctive. Le fanatisme a remplacé le scepticisme et l’extrémisme la modération. « Mais voyez comme les Républicains s’en remettent à lui. Leur croyance au libre-échange, ou à la sécurité collective à travers l’OTAN, ou à cette forme de conservatisme qui n’épouse pas l’intolérance raciale et religieuse, tout cela a tourné aux slogans creux dignes de l’époque Brejnev de l’Union soviétique. » Ils ont cessé d’y croire. « Et voyez comme la première ministre conservatrice de Grande-Bretagne s’est précipitée pour s’abaisser elle-même et abaisser son pays devant lui. »

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