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Donald Trump
Épisode 3 :

"Les Etats ont besoin de frontières, les individus de limites"

6 min
À retrouver dans l'émission

Donald Trump est porté par la partie de l'électorat qui pense que le rythme de l'immigration aux Etats-Unis est devenu trop rapide pour être géré sur le plan culturel.

Donald Trump
Donald Trump Crédits : JESSICA KOURKOUNIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

- Que nous révèle la désignation de Donald Trump comme candidat du parti républicain quant au climat politique qui règne aux Etats-Unis ?

De ce climat, on peut constater qu’il a changé d’une manière déroutante en 8 ans. Obama pouvait faire rêver l’Amérique en 2008, avec son « yes, we can ! » Son idéal d’une Amérique post-raciale a échoué, comme le démontre le mouvement « black lives matter ». Et s’il peut se vanter d’avoir fait reculer très fortement le chômage, c’est au prix d’une dégradation de la qualité des emplois, d’une stagnation des revenus salariaux, d’une explosion des inégalités. Aujourd’hui, les Etats-Unis ne rêvent plus. Pour les non-qualifiés, le rêve américain a même franchement tourné au cauchemar. Trump est « le candidat du ras-le-bol », écrit David Bronwich dans la New York Review of Books, « the to-hell-with-it candidate ». « Si vous détestez les politiques en général, que vous ne les comprenez pas, écrit ce fameux critique littéraire, mais que vous êtes certain que votre pays a décliné, et que l’avenir vous paraît pire que le présent, alors Trump est votre homme. Il ne s’y connaît pas davantage que vous, mais il dit que c’est un piège à cons (a mug’s game). »

Sur le plan international, Obama a géré avec prudence l’affaiblissement de la puissance américaine, son désinvestissement de la scène moyen-orientale et son « pivot » vers le Pacifique. Mais, comme le souligne le commentateur Fareed Zakaria, dans l’article de Foreign Affairs, que j’évoquais hier, les Américains butent sur les mêmes problèmes que l’ensemble du monde occidental : la mondialisation est accusée de provoquer des délocalisations ; la révolution numérique et la robotisation, de détruire les emplois manufacturiers, correctement rémunérés ; l’immigration, de saper l’unité nationale et de menacer les modes de vie traditionnels.

Il écrit : « Le génie politique de Trump a été de réaliser que beaucoup d’électeurs républicains n’accrochaient plus au crédo du parti sur le libre-échange, les baisses d’impôts, la dérégulation, les droits acquis ; mais qu’ils répondraient favorablement à une offre différente, basée sur les peurs culturelles et le sentiment nationaliste. » Et Fareed Zakaria, d’ajouter : « Et il y a une réalité derrière cette rhétorique, parce que nous vivons effectivement une époque de migrations de masse. » En 2015, le nombre de migrants dans le monde était de 250 millions. L’Europe, souligne-t-il, est le continent « le plus ouvert » et en aurait accueilli 76 millions. Voilà qui contredit le mythe de « l’Europe-forteresse », soit dit en passant. Mais, souligne Fareed Zakaria, « c’est aussi le continent qui connaît la plus forte anxiété. » Et celle-ci se traduit par « une poussée de fièvre populiste », qui n’y épargne pratiquement plus aucun pays.

Aux Etats-Unis, où vivent aujourd’hui 11 millions d’illégaux, en provenance, pour l’essentiel, d’Amérique centrale, 14 % des habitants sont nés à l’étranger – ils étaient moins de 5 % en 1970. Conclusion de l’article : « L’immigration est la dernière frontière de la mondialisation. C’est la plus gênante et la plus perturbatrice. Il faut admettre que le rythme du changement peut devenir trop rapide pour que la société le digère. […] Les sociétés occidentales doivent se concentrer sur les risques liés au changement culturel trop rapide. Cela implique de mettre quelques limites au rythme de l’immigration et de veiller au genre d’immigrés que l’on souhaite faire entrer. Et cela devrait impliquer de consacrer davantage de ressources à l’intégration et à l’assimilation. » Fin de citation.

Qu’un politologue unanimement respecté aux Etats-Unis, et lui-même immigré, tienne ce genre de discours montre combien les opinions ont changé outre-Atlantique en l’espace de 8 ans.

- Le discours que tient Donald Trump à ses supporters peut-il être qualifié de raciste ?

Laure Mandeville, dans son livre Qui est vraiment Donald Trump, pose franchement la question. Et elle y répond par la négative. Mais elle met en avant, parmi les causes du succès de Trump, une « spirale inégalitaire », dérivant de « l’effondrement du niveau de vie et des repères culturels des classes populaires. » L’électorat de Trump, c’est clair, est fortement hostile à l’immigration illégale. Mais, comme l’a dit Marco Rubio, fils d’immigrés cubains et candidat malheureux aux primaires républicaines, « les gens en ont assez d’être traités de racistes parce qu’ils disent qu’il faut arrêter l’immigration illégale. » Et un petit entrepreneur de Virginie du Nord, explique ainsi son choix de Trump : « Je ne suis pas contre l’immigration, mes parents venaient du Chili et je suis arrivé ici à l’âge de deux mois. Mais l’Amérique doit pouvoir choisir qui elle laisse entrer ! »

C’est également dans le livre de Laure Mandeville qu’on trouve cette analyse d’une ancienne conseillère de John McCain, Dana White. D’après elle, « Donald Trump a remporté la mise au parti républicain parce qu’il redonne son sens au mot de « limites ». « Les gens ont besoin de limites, de lois, c’est particulièrement vrai dans ce pays qui a été construit sur le respect des lois. […] Ce que les gens veulent dire intuitivement, quand ils votent pour Trump, c’est que les Etats ont besoin de frontières, de la même manière que les individus ont besoin de limites. » Fin de citation.

Paradoxalement, selon l’envoyée spéciale du Figaro aux Etats-Unis, Trump incarnerait, à son étrange manière, et comme Obama lui-même, l’expiration d’une hubris américaine. Cette ivresse de la puissance, qui poussait le pays à se prendre pour le shérif de la planète, a inspiré tant par Bill Clinton que George W. Bush. La politique étrangère prônée par Trump tourne le dos à l’interventionnisme des néo-cons et de la gauche droits-de-l’hommiste et prétend se focaliser, de manière réaliste, sur les intérêts américains. Au détriment des alliés ? On en parle demain.

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