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Donald Trump
Épisode 1 :

De quoi Donald Trump est-il le nom ?

6 min
À retrouver dans l'émission

La fracture politique et sociale des Etats-Unis est presque sans précédent. Donald Trump met ses mots sur la colère des laissés-pour-compte du "rêve américain".

Donald Trump
Donald Trump Crédits : MANDEL NGAN - AFP

Il y a eu, il y a quelques années un tic de langage que son utilisation excessive a fait passer de mode et c’est dommage, parce qu’il pourrait resservir, cette fois, à bon escient : de quoi Machin Chose est-il le nom ? Oui, de quoi Donald Trump est-il le nom ? D’où sort ce phénomène politique et a-t-il des précédents ? S’agit-il d’un accident politique, ou d’une tendance de fond ? Que signifie le trumpisme ? Que le candidat désigné du Parti républicain gagne ou qu’il perde les élections présidentielles américaines, il y aura un après Trump. Le paysage politique de la plus ancienne et plus puissante démocratie du monde moderne ne sera plus le même.

Et d’abord, comment cette démocratie, l’une des plus mûres et des plus solides, peut-elle ainsi « jouer à la roulette russe », pour reprendre la métaphore utilisée par Joseph Stiglitz. Selon le Prix Nobel d’économie, connu pour ses idées de gauche, Donald Trump n’a, en effet, qu’une chance sur six de devenir président des Etats-Unis ; mais cette éventualité lui apparaît comme une forme de suicide pour la démocratie américaine.

D’abord, le trumpisme participe d’un climat politique particulier. La progression de tels leaders est générale : de la Russie à la Turquie et des Philippines à l’Europe centrale, le modèle de la démocratie libérale est contesté. Les commentateurs parlent de populisme, de démocrature... Mais ces labels sont trop vagues, trop généraux pour rendre compte de la grande variété des situations locales.

Retenons toutefois avec Jan Werner Müller, qui vient de publier un essai intitulé « Qu’est-ce que le populisme ? » que les leaders populistes prétendent représenter le « peuple authentique », le « vrai peuple ». Leurs adversaires politiques sont assimilés à des « agents de l’étranger », voire, franchement, à « des étrangers ». Comme l’a lancé Erdogan à son opposition : « Nous, nous sommes le peuple et vous, qui êtes-vous ? » Le populisme est un anti-pluralisme, doublé d’une révolte contre les élites sociales, accusées d’avoir trahi les intérêts nationaux. Mais comme le reconnaît Jan Werner Müller lui-même, « le populisme est un caméléon » : il fut agrarien au tournant des XIX° et XX° siècles ; aujourd’hui, il prend ici la forme d’une gauche radicale (le chavisme vénézuélien, Podemos en Espagne) là, d’une droite xénophobe (UKIP, AFD, Ligue du Nord, Front national). On a même vu des populistes néo-libéraux : Carlos Menem, en Argentine. Normal : en bon opportuniste, l’animal prend toutes les vagues susceptibles de le porter vers le pouvoir.

Le _hard Brexi_t, décidé par Theresa May, s’inscrit dans un contexte de nostalgie des frontières et d’exaspération sociale face aux effets de la mondialisation. Le seul programme de Donald Trump, c’est un mur immense avec le Mexique et la promesse de renégocier les accords commerciaux signés par les Etats-Unis. Ce sont ces accords de libre-échange qui, selon lui, ont provoqué la fermeture de milliers d’entreprises aux Etats-Unis et la mise au chômage ou la fragilisation de millions de « cols bleus ». C’est faire peu de cas des partenaires commerciaux des Etats-Unis : il faut être deux pour négocier, rappellent de nombreux commentateurs. Les marchés font payer cher à la Livre sterling le choix politique du « hard Brexit », comme le souligne le Chef économiste d’Allianz, Mohamed El-Erian. « Mais les marchés peuvent-ils, à eux seuls, opposer de solides barrières à la démagogie ? » interroge Philippe Legrain, ancien conseiller de Barroso, devenu professeur à la London School of Economics ?

De quoi Donald Trump est-il le nom ? D’abord d’une Amérique divisée comme jamais depuis la guerre de Sécession. Antagonisme politique : le fossé entre démocrates et républicains s’est creusé. Ensuite, d’une fracture sociale entre l’Amérique des diplômés et celle des laissés-pour-compte. La tradition consistait, pour le parti vaincu aux présidentielles, à participer à l’élaboration des politiques en négociant à partir de ses positions au Congrès. Sous Obama, le système a été bloqué. Le financier et journaliste Steven Rattner, qui a été le conseiller d’Obama pour le sauvetage de l’industrie automobile, a forgé une expression mille fois réutilisée depuis : « Congressional gridlock ». Blocage par le Congrès. La plupart des grands projets d’Obama ont été ainsi enrayés ; que ce soit la Banque d’investissement dans les infrastructures ou l’idée d’un impôt négatif pour les travailleurs pauvres.

Antagonisme social : Diane Roberts, professeur à l’Université de Floride et éditorialiste à la la Radio Publique américaine, écrit dans le magazine anglais Prospect : « Nous autres, Américains, aimons la fiction selon laquelle les Etats-Unis ne connaissent pas le système des classes sociales. » Contrairement à l’Angleterre, votre accent ne vous marque pas socialement, aux Etats-Unis, qui se considèrent comme une nation méritocratique. Le fond du « rêve américain », c’est que n’importe qui, en travaillant dur et en saisissant les opportunités, peut devenir riche.

Mais la réalité est devenue tout autre. « La classe ouvrière a le sentiment que le pays n’est plus organisé à son avantage. Avec raison : les économistes estiment que le revenu typique des familles a stagné depuis 25 ans. » Le nombre d’Américains qui estiment appartenir à la classe moyenne baisse avec régularité. D’après le dernier sondage Gallup, 48 % se rangent dans les classes inférieures (lower class) ou ouvrières (working class). Les salaires stagnent les usines ferment et la colère monte. Donald Trump avec elle.

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