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Santiago : canons à eau contre émeutiers. Le président a déclaré l'état d'urgence et imposé un couvre-feu.

Emeutes urbaines : des dénominateurs communs ?

5 min
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Que partagent les manifestants de Hong Kong et de Barcelone ? De Beyrouth et de Santiago ? De La Paz et de Quito ? Si chacun de ces mouvements sociaux s'inscrit dans un contexte singulier, le sentiment d'être bloqué dans sa ville - voire coincé dans sa vie - apparaît comme un dénominateur commun.

Santiago : canons à eau contre émeutiers. Le président a déclaré l'état d'urgence et imposé un couvre-feu.
Santiago : canons à eau contre émeutiers. Le président a déclaré l'état d'urgence et imposé un couvre-feu. Crédits : Marcelo Hernandez - Getty

Vingt stations de métro ont brûlé, ces derniers jours, à Santiago du Chili. Mais des troubles comparables ont lieu, en ce moment, en bien des villes dans le monde… « Des tensions refoulées éclatent soudain en manifestations de colère massives, plus puissantes qu’aucun des tremblements de terre qu’a souvent connus mon pays ». Ainsi, commence le témoignage d’une jeune journaliste chilienne, Camila Russo. Ce n’est pas ce qu’on attend ordinairement du Chili, poursuit-elle. Nous passons, dans la région pour « un phare de stabilité ». Nous sommes « ce voisin bien élevé où plus rien ne se passe. » Mais « le fait que cette colère se mette à flamber à travers l’un des pays les plus tranquilles des Amériques est peut-être le signe qu’il y a quelque chose de pourri jusque dans ses fondations. », ajoute-t-elle.  

La classe gouvernante chilienne, dit-elle, est fermée sur elle-même. Le peuple a le sentiment qu’elle favorise d’abord ses propres intérêts. Le fossé de la méfiance s’est élargi. Et les gens veulent "reprendre le contrôle ». Le mot est lâché. Cette aspiration à "reprendre le contrôle", voilà bien le seul point commun qu’on peut trouver à toute une série de colères, exprimées dans les rues de bien des villes, ces dernières semaines. Ce fut aussi le slogan des Brexiters au Royaume-Uni. On serait bien en peine de trouver un autre dénominateur commun à ces flambées de violence. 

Que partagent les manifestants de Hong Kong et de Barcelone ?

Ceux de Beyrouth et de Santiago ? Ceux de La Paz et de Quito ? Chaque cas est particulier

Ici, on entend défendre ses libertés locales contre les intrusions d’un pouvoir autoritaire et lointain. Comme à Hong Kong. Là, en Bolivie, les électeurs ont de bonnes raisons de croire que le président sortant, Evo Morales, a fait interrompre le dépouillement des urnes afin de truquer le scrutin. A Beyrouth, on est exaspéré par la corruption et l’incompétence du pouvoir. Alors que les conditions de vie s’aggravent, on apprend que le Premier ministre, Saad Hariri a fait cadeau de seize millions de dollars à un mannequin sud-africain dont il était épris… A Barcelone, l’aspiration à l’indépendance catalane d’une partie de la population s’exaspère.  

Chaque cas est particulier, et cependant, relève le Washington Post, ces différents mouvements de masse semblent animés  par une même dynamique. Les gens qui descendent dans la rue, bombardent les forces de l’ordre de projectiles, voire incendient des symboles d’un pouvoir détesté, pour crier leur haine de l’élite dirigeante. Il se pourrait qu’ils constituent le noyau dur de l’électorat populiste. Celui dont la colère s’exprime par l’émeute. 

Et si leurs objectifs sont spécifiques, ils s’inspirent mutuellement. Les indépendantistes catalans ont organisé un forum sur le thème « Que pouvons-nous apprendre de Hong Kong ? ». La France n’a-t-elle pas donné, comme souvent, le signal de départ de ces émeutes urbaines, avec les Gilets Jaunes ? L’insatisfaction publique, met en garde le Washington Post est en train de se propager d’une manière que ni les politiciens, ni les experts ne peuvent prédire. 

Mobilité sociale, mobilité urbaine : deux enjeux majeurs

Jeffrey Sachs, le directeur du département de Développement durable de l’Université de Columbia donne une analyse très originale de ces mouvements. Il fait observer que, dans l’ensemble, ils concernent des villes riches. Le Chili est de loin le pays le plus riche d’Amérique latine. La Catalogne, la région la plus riche d’Espagne. Et les salaires à Hong Kong font rêver bien des Chinois. Le PIB par habitant de la France nous classe au 29° rang mondial, ce qui reste très honorable. 

Mais, observe, Jeffrey Sachs, le sentiment de liberté personnelle, l’impression de pouvoir choisir son parcours de vie apparaissent, dans tous ces pays, en net décalage avec leurs niveaux de richesse. A cette aune, la France est classée 69° et le Chili 98° par un sondage Gallup... Très loin de leurs performances économiques ! 

Dans les grandes villes, telles que Paris, Santiago, ou Hong Kong, les jeunes ont découvert que leurs salaires ne leur permettaient plus de se loger décemment dans la ville-centre. Comme beaucoup de gens, ils ont été chassés par le prix des loyers vers les périphéries. C’est pourquoi ils dépendent d’une manière vitale des transports – qu’ils soient publics ou privés. Tout renchérissement, même minime, de leurs coûts est ressenti, de ce fait, comme une agression insupportable.

Le mouvement des Gilets Jaunes est né à l’annonce d’une hausse modeste du prix des carburants. Au Chili, l’augmentation très modeste du prix de ticket de métro est à l’origine de l’émeute. En Equateur, c’est la fin des subventions de l’Etat aux prix de l’essence qui a provoqué les troubles. Significativement, tant à Hong Kong qu’à Barcelone, les manifestants ont bloqué les aéroports. 

Pour Jeffrey Sachs, le point commun à la plupart de ces émeutes, c’est une crise de la mobilité. Tant géographique – pouvoir se déplacer librement, que sociale – pouvoir escalader librement l’échelle sociale. Or, les échelons supérieurs semblent aujourd’hui monopolisés par une élite qui a trouvé les moyens de l’auto-reproduction. C’est une piste, en effet. Vu l'état actuel de Paris, on peut avancer que de tels troubles attendent la capitale...

par Brice Couturier

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