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En Allemagne, c'est le parti "médaille de bronze" qui donnera le ton au gouvernement Merkel IV

6 min
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La CDU/CSU est à peu près certaine de l'emporter. Mais avec quel partenaire Merkel va-t-elle diriger son 4° gouvernement ?

Ah si le SPD pouvait gagner les élections ! Car le parti social-démocrate allemand partage très largement les idées de Macron. Mais voilà ! Tous les sondages indiquent que la chancelière va gagner pour la 4° fois consécutive.

Sigmar Gabriel lui-même a reconnu que la victoire de son parti était impossible. 14 points séparaient la CDU du SPD au début de ce mois. Un tel retard ne se comble pas. Der Spiegel se penche longuement sur la psychologie du candidat social-démocrate à la Chancellerie : Martin Schulz avait-il l’étoffe d’un chef de gouvernement ? Devenu, par hasard, maire de sa ville de naissance, cet ancien libraire a fait, au Parlement européen, une longue carrière avant d’en devenir le président. C’est un homme chaleureux, habitué à construire des coalitions, à passer des compromis, à trouver, au Parlement, des majorités d’idées pour soutenir la politique de son ami Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Gerhard Schröder, le dernier Chancelier social-démocrate, désirait passionnément le pouvoir. Martin Schulz semble toujours étonné de celui qui lui échoit. En face, Angela Merkel, raisonnable et sans états d’âme, incarne une stabilité qui plaît aux Allemands.

L’électorat a confiance en sa Chancelière parce que la situation du pays n’a jamais été aussi bonne sur le plan économique. Un très récent sondage montre que 81 % des Allemands jugent la situation économique de leur pays « bonne ou très bonne », alors qu’ils n’étaient que 19 % de cet avis à la mi-2009. Aujourd’hui, seuls 18 % des Allemands jugent la situation « mauvaise ».

Ils ont de quoi être satisfaits : le pays connaît le plein-emploi, avec un taux de chômage qui est tombé au-dessous des 4 % de la population active. L’Etat présente des finances publiques en excédent budgétaire, malgré les baisses d’impôts : 0,7 % du PIB (contre - 3 % chez nous). Le pays exporte plus de deux fois plus que nous. Et surtout, son solde commercial, équivalent à 7 et demi % de son PIB contraste cruellement avec notre propre déficit (équivalent à 2% de PIB). Du coup, les Allemands se sont enrichis. Que l’on prenne en compte les chiffres de la Banque mondiale ou ceux de l’OCDE, l’avance prise par l’Allemagne sur un pays comme le nôtre, est spectaculaire. Le PIB par habitant était, l’an dernier, de 49 000 dollars par an en Allemagne, contre 41 500 en France. Et contrairement à une légende complaisamment colportée par différentes personnalités en France, les « travailleurs pauvres » ne courent pas les rues allemandes. Même si l’on prend pour repère le taux de 60 % d’un niveau de vie qui est donc nettement plus élevé en Allemagne qu’en France, on aboutit à un pourcentage de salariés gagnant moins que ce seuil de 9,7 % en Allemagne contre 7,5 % en France, comme l’a établi une consoeur journaliste, Géraldine Woessner.

Cela peut expliquer pourquoi Merkel va probablement gagner un 4° mandat à la Chancellerie de Berlin, mais ça ne nous dit pas avec qui elle va gouverner. Parce qu’il est exclu qu’elle puisse obtenir une majorité absolue au Bundestag.

En effet, le système électoral allemand, très différent du nôtre, rend une telle conjecture hautement improbable. Ce n’est arrivé qu’une seule fois depuis 1945. Non, la CDU, malgré l’appoint réservé de la CSU bavaroise, très hostile à la politique migratoire de la chancelière, n’aura pas la majorité du Bundestag. Et le Wall Street Journal n’hésite pas écrire que la politique allemande, durant les 4 prochaines années, sera dictée par la « médaille de bronze », soit le parti qui arrivera 3 ° aux élections de ce mois.Toute la question, y compris pour nous, Français, est : avec qui Merkel va-t-elle gouverner l’Allemagne cette fois-ci ?

La Grande Coalition centre-droit / centre-gauche, CDU / SPD risque fort d’avoir vécu. Le SPD en est las, car il constate que son statut de junior partner mine son électorat. Alors quel allié pour la CDU/CSU ? Les libéraux du FDP ? Ils surfent sur un programme de baisse massive des impôts. Les Verts ? C’est une option avec laquelle Merkel avait déjà flirté en 2005 et en 2009. Son programme énergétique plaît aux écologistes et ceux-ci sont moins hostiles que le SPD au programme de réarmement que caresse la Chancelière. Elle s’est engagée à porter le budget de la Défense à 2 % du PIB. Mais les libéraux, comme les écologistes ne sont crédités que de 8 % des intentions de vote. Ce qui suffit à leur assurer des sièges au Parlement, mais ne sera pas forcément suffisant pour créer une majorité derrière Merkel. D’où l’idée, légèrement baroque, d’une coalition « jamaïcaine » noire-jaune-vert. CDU libéraux Ecologistes. Mais le programme d’une telle alliance serait bien difficile à établir. Car FDP et Grünen divergent pratiquement sur tout.

Y compris – et c’est ce qui nous intéresse au premier chef, sur les questions européennes. Les Verts veulent que l’Allemagne soutienne à fond le nouveau gouvernement français. Les libéraux qu’elle s’en abstienne résolument…

Quant aux deux autres partis, les populistes de l’AFD et les néo-communistes de Die Linke, Merkel a exclu d’avance tout compromis avec eux. Avec 8 % des intentions de vote chacun, ils se situent hors du cercle de la raison germanique…

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