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OMS, Conseil des droits de l'homme de l'ONU : la politique de la chaise vide de Trump, meilleur soutien de la Chine ?

Organisations internationales : la politique de la chaise vide de Trump, meilleure alliée de Xi Jinping ?

5 min
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A quelques jours des élections américaines, comment évaluer l’influence des Etats-Unis dans le monde, dans le cadre de leur rivalité avec la Chine ? Sous prétexte de punir des agences internationales d'un fonctionnement insatisfaisant, Donald Trump a-t-il permis à Pékin d'y accroître son influence ?

OMS, Conseil des droits de l'homme de l'ONU : la politique de la chaise vide de Trump, meilleur soutien de la Chine ?
OMS, Conseil des droits de l'homme de l'ONU : la politique de la chaise vide de Trump, meilleur soutien de la Chine ? Crédits : Mikhail Klimentyev\TASS - Getty

En retirant les Etats-Unis de certaines agences internationales au prétexte de les "punir" d'un fonctionnement jugée défaillant, Donal Trump a-t-il permis à la Chine d'accroître son influence sur la scène internationale ? C'est en tout cas le point de vue que défend Anne Applebaum dans un article au vitriol où la journaliste américaine, lauréate du Prix Pulitzer en 2004, dénonce les erreurs diplomatiques de l'administration sortante. 

Le secrétariat de l’Organisation mondiale de la santé, à Genève, a été prévenu le 31 décembre de l’an dernier qu’une épidémie virale, partie de Wuhan, s’étendait dans la province chinoise du Hubei. Mais cette alerte était lancée par l’île chinoise rebelle de Taïwan, que Pékin a fait exclure de l’OMS. L’information n’a pas été transmise. Et ce n’est qu’un mois plus tard, le 30 janvier, que l’Organisation a fini par lancer une "alerte d’urgence de santé publique de portée internationale", formule alambiquée pour éviter d’utiliser celle de pandémie, qui aurait heurté les sensibilités de Pékin. 

Oui, la Chine populaire a progressivement acquis une grande influence dans plusieurs agences internationales, où l’on évite de contrarier cette puissance décidément bien susceptible. Est-ce une raison pour que les autres Etats s’en détournent et renoncent à ces instruments du multilatéralisme ? 

Les effets collatéraux de l'America First

Il y a bien des victoires à mettre au compte de l’OMS, comme l’éradication de la variole. Mais la logique trumpienne, celle de la forteresse Amérique, de "_l’America First_" tente de persuader les Américains que les Etats-Unis sont une île qui pourrait renoncer à assumer des responsabilités mondiales, tout en se protégeant des périls qui menacent les autres. Or, de même que le réchauffement climatique a fait flamber les forêts californiennes, de même le COVID-19 a déjà coûté la vie à 230 000 Américains. Les Etats-Unis auraient tout intérêt à rester présents dans les institutions qui tentent de coordonner les efforts de tous les Etats dans l'intérêt de l'humanité.

Donald Trump a annoncé que son pays allait progressivement quitter l’OMS, retrait qui deviendrait effectif le 6 juillet de l’an prochain s’il est réélu. Les Etats-Unis, avec 400 millions de dollars annuels, sont les plus gros contributeurs au budget de cette organisation. Trump a déjà claqué la porte de l’UNESCO et du Conseil des droits de l’homme. La prochaine fois, quelle autre organisation internationale quittera-t-il ? L’OMC ? 

Dans un article qui paraîtra en novembre dans la revue The Atlantic, Anne Applebaum met en garde contre cette politique de la chaise vide. Xi Jinping, écrit-elle n’a pas caché la volonté de son pays d’obtenir une "réécriture des normes et règles internationales" conforme aux intérêts chinois. Il a encouragé ses diplomates à "prendre une part dirigeante dans la réforme du système de gouvernance mondial". Il est soutenu, dans cette entreprise, par la Russie et l’Iran et d’autres pays d’Afrique et du Moyen Orient. Mais il a aussi bénéficié de l’assistance objective de l’administration Trump. 

La rhétorique anti-chinoise du leadership républicain a dissimulé une vérité : une partie de la diplomatie américaine – et pas seulement celle qui est affiliée à Trump – a abandonné le langage de la démocratie et des droits de l’homme qui était autrefois celui dont usaient les Etats-Unis à l’ONU. Elle a laissé tomber des institutions internationales que le reste du monde continue de respecter. Sans offrir d’alternative.  
Anne Applebaum, The Atlantic

Quand les Etats-Unis se retirent, la Chine avance

La Chine a obtenu la direction de la FAO, de l’Organisation civile internationale de l’Aviation, de l’Union internationale des Télécommunications en charge de l’attribution des fréquences radio et de la coordination des satellites de télécommunication. Elle utilise ses énormes moyens financiers – à travers des investissements, des prêts, ou la corruption – pour avancer ses pions et étendre son influence et se créer des "amis". Le projet des "nouvelles routes de la soie" s’inscrit dans ce contexte. 

Aux Nations-Unies, Pékin impose ses formules. On évite de plus en plus d'y évoquer les droits de l'homme, afin de ne pas mettre en accusation les violations nombreuses dont Pékin se rend coupable. On parle de "respect mutuel" entre les Etats. Une manière de souligner le droit qu'auraient les Etats de traiter leurs propres populations en fonction de leurs "valeurs" particulières... Une manière d’interdire toute interférence dans la politique de violation massive des droits humains élémentaires qui ont lieu, en particulier, au Tibet et à l’encontre des Ouïghours musulmans du Xinjiang. 

Sur pression de Pékin, les Ouïghours qui parviennent à fuir la Chine, ne bénéficient plus du droit d’asile dans les pays membres de l’Organisation de coopération de Shangaï, dont font partie la Russie, l’Iran, l’Afghanistan, ou la Biélorussie. Même la Turquie islamisée par Erdogan, "un pays qui jusqu’à récemment a exprimé son soutien aux Ouïghours en raison de leurs affinités – ils parlent une langue turcique – a entrepris de les arrêter et de les déporter." 

La politique de la porte claquée fera-t-elle reculer la cause des droits de l'homme ?

Certes, poursuit Anne Applebaum, nous savons tous que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU n’est pas d’une grande impartialité et qu’il a accueilli dans ses rangs des Etats qui ne respectent guère les droits de l’homme, comme Cuba, l’Arabie saoudite ou le Venezuela. 

Il n’empêche qu’il conserve une certaine capacité d’influence dans un sens positif. Par exemple envers l'Iran. En tous cas, ce n’est pas en en claquant la porte, comme l’a fait Mike Pompeo, qu’on fera avancer la cause des droits de l’homme. Mais Trump s’intéresse-t-il à cette cause, comme l’ont fait tous ses prédécesseurs, qu’ils soient démocrates, comme Bill Clinton ou républicains, comme Ronald Reagan ? Non. 

Trump n’apprécie pas le langage des droits universels, de la justice neutre et non-partisane parce qu’il redoute à titre personnel le verdict d’une telle justice. Il préfère la compagnie des dictateurs parce qu’il admire la puissance et la cruauté.      
Anne Applebaum

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