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En enterrant la mondialisation, Trump nous laisse sans alternative

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Le vice-président bolivien : "Nous nous retrouvons orphelins d'un rêve qui aura duré un siècle."

Mes partenaires du site Worldcrunch, qui traduisent en anglais la presse mondiale, ont mis en ligne un texte passionnant. Titré « En tant qu’idéologie, la mondialisation est morte et enterrée », il a été publié dans plusieurs revues sud-américaines, et son auteur n’est autre que le vice-président bolivien, Alvaro Garcia Linera.

Linera a été élu vice-président en 2005 en tant que président du Movimiento a al socialismo, une formation marxiste associéé au président indigéniste Evo Morales. Il a été réélu en 2009. Et voici ce qu’il écrit : « La course folle vers un monde sans frontières et un rétrécissement implacable de l’Etat-nation, au nom de la libération du commerce, cette époque arrive à son terme ». Le monde entier a vécu avec – je cite encore – « la conviction quasi-religieuse que toutes les sociétés de la planète étaient condamnées à s’unir au sein d’une économie unique, d’une culture unique. Cette croyance s’est effondrée. »

Et là encore, on nous dit : le signal de la fin a été donné par le Brexit et l’avènement de Donald Trump. « Et lorsque vous pensez que les deux protagonistes de ce revirement historique sont les deux pays principaux qui avaient porté le projet de salut de l’humanité (par la mondialisation), nous nous retrouvons orphelins d’un rêve qui aura duré un siècle. »

Marx, poursuit Linera, a été le premier à comprendre la nature nécessairement expansionniste du capitalisme. « Si durant ses 350 premières années, ce système a vécu confiné à l’intérieur des limites des Etats, il était destiné à s’étendre et à acquérir des dimensions continentales. » Jusqu’à atteindre le seuil mondial, plus récemment. Car l’effondrement de l’URSS a marqué le stade ultime du développement du capitalisme, auquel plus rien ne semblait pouvoir s’opposer. Ce fut l’époque où fut proclamée « la fin de l’histoire ».

La vieille gauche elle-même a dû faire avec, trouver une niche dans le discours du capitalisme universel. Elle a dû renoncer à ses idées d’autrefois, comme le socialisme d’Etat, le parti unique, la planification de la production sous la direction de l’Etat… Comment s’opposer à ce qui était présenté comme un nouvel universalisme ? Comme une direction prise par l’histoire elle-même ?

Face à ce destin présenté comme inéluctable, les peuples ont pris le parti du conformisme et de la passivité. Et maintenant que cette construction s’écroule, reconnaît le vice-président bolivien, nous nous retrouvons non seulement orphelins de nos rêves, mais en panne d’alternative crédible.

Je le cite encore, car il a le sens de la formule : « Trump n’est pas le bourreau qui exécute le libre-marché planétaire, c’est le syndic de faillite envoyé pour en liquider les illusions. » « nous assistons à la disparition de la plus grande escroquerie des récents siècles. »

Toujours sur Worldcrunch, Roy Greenburgh relève les étranges convergences intellectuelles entre ce qui reste de l’altermondialisme dans la version Alvaro Garcia Linera et le discours de Trump : le refus de la mondialisation commerciale, l’insistance sur les protections qu’offraient les Etats-nations, le refus de la mono-culture universelle et de la prétention de l’Occident à imposer ses normes et ses modes de vie à la planète. Trump serait-t-il la version ultra-droitière du vieil altermondialisme ?

Le Brésil se demande s’il ne devrait pas suivre l’exemple de Trump en matière de lutte contre les délocalisations et se lancer, à son tour, dans le protectionnisme. Dans le journal Folha de Sao Paulo, toujours sur le site de WorldCrunch, on lit que cette question hante aussi les Brésiliens. Même le Washington Post, hostile à Trump, écrit ce journal, reconnaît qu’avant même d’avoir pris ses fonctions, le nouveau président américain a déjà sauvé 3 500 jobs américains dans l’automobile, en menaçant les constructeurs, tentés par la délocalisation.

Pourquoi ne pas appliquer les mêmes recettes au Brésil, qui voit les emplois suivre les délocalisations de ses entreprises vers des pays voisins ? 124 compagnies brésiliennes se sont ainsi récemment établies au Paraguay. Un pays qui fait du dumping fiscal : il offre une quasi-suppression de l’impôt (1%) aux sociétés qui déménagent entièrement leur production chez lui.

Mais l’auteur de l’article, Clovis Rossi, répond par la négative. Primo, les emplois sauvés par Trump constituent de la pure propagande, dit-il : que pèsent les 3 500 jobs sauvés dans l’automobile dans un pays qui a créé 156 000 emplois au cours du seul mois de décembre – alors qu’Obama était encore président. En outre, les délocalisations sont un mythe. En moyenne, un produit importé aux Etats-Unis depuis le Mexique comporte 40 % de composants conçus et fabriqués aux Etats-Unis. En réalité, la chaîne de valeur, comme on dit, s’étend sur plusieurs pays, en fonction des avantages respectifs offerts à chaque échelon. Y renoncer pénaliserait fortement les consommateurs en matière de prix.

Trump conclut le journal brésilien n’est ni protectionniste, ni libéral. Il n’a aucune idéologie. Il agira au cas par cas. En outre, il peut utiliser l’énorme puissance de son pays pour négocier des accords commerciaux bilatéraux, favorables aux Etats-Unis. Ce ne serait pas le cas du Brésil.

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