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La galerie des Glaces, lieu de mémoire des conflits franco-allemands, vit la naissance de l'Empire allemand et la Conférence de la paix, un demi-siècle plus tard.
Épisode 1 :

France-Allemagne, 1689-1945

5 min
À retrouver dans l'émission

L'Allemagne et la France donnent souvent l'impression de codiriger l'Union européenne. Les autres Etats-membres s'en accommodent dans la mesure où ils savent combien divergent les vues de ces deux Etats. Une longue histoire de conflits imprègne en effet les mémoires, de chaque côté du Rhin.

La galerie des Glaces, lieu de mémoire des conflits franco-allemands, vit la naissance de l'Empire allemand et la Conférence de la paix, un demi-siècle plus tard.
La galerie des Glaces, lieu de mémoire des conflits franco-allemands, vit la naissance de l'Empire allemand et la Conférence de la paix, un demi-siècle plus tard. Crédits : VCG Wilson/Corbis - Getty

Parler de la France et de l'Allemagne comme des "ennemis héréditaires", cela paraît risiblement anachronique aujourd’hui, alors que nous nous gaussons d’exercer, avec l’Allemagne, un "directoire" commun sur l’Europe des 27. Parmi les vingt-cinq autres, beaucoup s’en accommodent au motif suivant : si la France et l’Allemagne sont parvenues à surmonter leurs divergences, se persuadent-ils, c’est le signe que nous-mêmes y trouverons notre compte. Les deux pays ont des intérêts et des conceptions si différentes en tous !

Le directoire franco-allemand en Europe : deux traditions politiques que tout oppose

Au niveau des conversations de café du commerce, les préjugés ont la vie dure : les Allemands nous jugent prodigues et inconséquents, dépourvus des moyens de nos trop vastes ambitions. Nous les tenons pour égoïstes et radins, inutilement précautionneux, lents à la détente. Mais, au sein de l’Union européenne, nos deux traditions s’équilibrent et se complètent. 

Comme l’a montré Luuk van Middelaar, les Allemands conçoivent prioritairement la politique sous l’angle de la régularité par le respect des normes. Cette "politique de la règle" exige le compromis et s’exerce sous supervision judiciaire. Les Français sont habitués par leur histoire à une "politique de l’événement", qui réclame l’incarnation et favorise un pouvoir décisionnaire. Exactement ce dont les Allemands ont appris à se méfier. 

Là où le président de la République française peut décider souverainement et sur l’heure, la chancelière doit obtenir l’accord de ses partenaires de coalition au sein du gouvernement, du Bundestag, des Länder et de la Cour de Karlsruhe. Nos gouvernants ne vivent pas dans le même espace-temps. 

C’est l’une des causes, avec l’histoire, de la grande divergence franco-allemande à propos de la monnaie : les Français considéraient, par tradition, qu’il appartient au pouvoir politique de manipuler à sa guise la valeur du Franc. Depuis nos rois, on dévaluait régulièrement la monnaie pour se débarrasser des dettes et compenser les pertes de compétitivité. A l’opposé, les Allemands sont tétanisés par l’expérience de l’hyper inflation de 1922/23 qui a ruiné leurs classes moyennes ; et surtout par celle des années 30 qui a beaucoup contribuer à amener Adolf Hitler à la chancellerie. C’est pourquoi ils ont exigé que l’Euro soit déconnecté du pouvoir politique, que sa gestion dépende d’une Banque centrale indépendante. Et, pour plus de sûreté, ils l’ont fait installer à Francfort…

Aux Allemands, les Français sont longtemps apparus comme agressifs et dévastateurs

Mais la mémoire des conflits franco-allemands plonge loin dans le passé de nos deux pays. Ce sont des questions pour historiens. Justement vient de paraître un livre signé par deux professeurs d’histoire, Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne-Université et Andreas Wirsching, qui dirige l’Institut für Zeitgeschichte (l’Institut pour l’histoire contemporaine) de l’Université de Munich, Ennemis héréditaires ? Un dialogue franco-allemand. Ils ont le même âge, appartiennent donc à la même génération. Tous deux sont des spécialistes de l’histoire des relations franco-allemandes. Plutôt que de soumettre leurs lecteurs à l’exercice rébarbatif des contributions successives, ils ont eu l’idée de donner à leur livre la forme d’un entretien à bâtons rompus. Et c’est très réussi. 

Nous autres Français, nous avons complètement oublié les dévastations commises par les troupes de Louis XIV lors du sac du Palatinat, en 1688-89. En 1689, les villes de Heidelberg, Mannheim, Worms, Oppenheim et Bingen ont été incendiées par nos valeureux soldats. Et les ruines du splendide château de Heidelberg, détruit par les Français ont été instrumentalisées depuis par tous les gouvernements nationalistes allemands désireux d'alimenter les passions anti-françaises. Il est paradoxal de constater que l’image que nous nous sommes longtemps faits d’une Allemagne belliqueuse a son exact équivalent de l’autre côté du Rhin : avant 1870, pour les Allemands, ce sont les Français qui passaient pour des occupants dévastateurs.

La France, veille nation. L'Allemagne, nation récente.

Mais bien sûr, la première différence entre nos deux pays, la plus fondamentale, tient à l’ancienneté. Si la France a célébré son unité nationale le 14 juillet 1790, elle existait déjà en tant que nation depuis bien des siècles... Le patient ouvrage de nos rois. Par contre, il y avait des Allemagnes, mais pas d’Allemagne. Le Saint-Empire romain germanique une structure lâche et surtout symbolique, comptait plus de trois cents principautés, grands duchés d’opérette, villes libres et autres micro-Etats indépendants, lorsque Napoléon Premier l’a dissout en 1803, laissant à Talleyrand le soin de redessiner la carte politique des Allemagnes à l’avantage de la France. 

L’Allemagne en tant que sujet politique est née sur le tard - le 18 janvier 1871. Lorsque les princes allemands et le commandement militaire proclamèrent Guillaume Premier, roi de Prusse, empereur d’Allemagne. Ila avaient choisi pour cette cérémonie couronnement prit place en un lieu archi-symbolique : la galerie des Glaces du château de Versailles. L’Empire français de Napoléon III était vaincu. Une manière délibérée de profaner la mémoire du Roi-Soleil, son ancien propriétaire, le saccageur du Palatinat.

Formidable "lieu de mémoire" des querelles franco-allemandes, c’est dans cette même galerie des Glaces qu’allait se tenir la Conférence de la Paix, organisée entre les vainqueurs de la Première Guerre Mondiale. Et savez-vous quelle date avait choisie Clémenceau pour son inauguration, en 1919 ? Le 18 janvier…

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