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Face au défi chinois, l'UE est en train de réorienter ses dispositifs de protection

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Seule, l'unité des Européens leur permettra d'obtenir de la Chine une réciprocité authentique.

L’ordre international se réorganise très profondément, et l’Europe peine à s’adapter à cette nouvelle donne. Ces bouleversements sont largement le fait de la montée en puissance d’un acteur qui entend réécrire certaines règles du jeu commercial mondial, la Chine. 

Oui la Chine propose un modèle de mondialisation alternatif à celui qui existait jusqu’alors. Et le projet pharaonique « Une route, une ceinture », également baptisé « nouvelles routes de la soie » en est l’incarnation. Il ne s’agit plus, cette fois, de fluidifier les échanges immatériels – capitaux et services – mais d’installer, de l’extrémité orientale de l’Asie à l’Océan pacifique en Europe, tout un réseau de voies, terrestres (one belt) et maritimes (one road), et les infrastructures nécessaires à l’accélération des échanges de marchandises.

Que les équilibres mondiaux et les principes qui organisaient notre fameux « multilatéralisme » soient en train d’être bouleversés, c’est ce qu’expliquent depuis quelques temps déjà de bons observateurs. On relève parmi eux la présence de plusieurs grands historiens de l’économie, comme Harold James ou Niall Ferguson. Apparemment les outils dont ils disposent leur auront permis de discerner certaines grandes ruptures de l’ordre du monde au moment où elles se produisent. Ils proposent aussi des exemples pris dans le passé. L’Allemagne impériale, rappelle ainsi Harold James, s’était lancée, au tournant des XIX° et XX° siècle, dans un projet comparable à celui de la Chine aujourd’hui de concurrencer la prééminence commerciale britannique sur terre et sur les mers. Le Bagdadbahn, chemin de fer Berlin-Bagdad, construit par les Allemands était l’équivalent, pour l’époque, de la « nouvelle route de la soie ». 

Et il y a des conclusions à tirer de cette comparaison. Comme à cette époque, ce sont les pays les plus en retard sur le plan économique, les plus à cours d’investissements et ceux qui ont le sentiment d’avoir été tenus à l’écart de la mondialisation des échanges, qui se montrent les plus empressés à participer. Hier, la Turquie, l’homme malade de l’Europe est tombé, à cette occasion, sous la coupe du Reich. Aujourd’hui, les pays les plus intéressés par l’initiative chinoise sont ceux qui n’ont pas su se relever de la crise de 2008. Comme la Grèce – qui a vendu la majorité du port du Pirée à la Chine, mais aussi le Portugal, avide de capitaux chinois, et à présent l’Italie, dont l’économie est en train d’être ruinée par une coalition populiste irresponsable. 

Harold James s’inquiète de voir les Européens diverger sur la stratégie à adopter envers la Chine. Certains pays accueillent les investissements chinois avec avidité, parce qu’ils en manquent. D’autres, en particulier, la France et l’Allemagne mettent en garde contre le risque de pillage technologique, la prise de contrôle d’acteurs économiques-clés dans des secteurs stratégiques. 

L’Union européenne a infléchi considérablement son approche de la Chine au cours des deux ou trois dernières années. 

La Commission a publié le mois dernier un Document d’orientation qui décrit la Chine comme « un concurrent économique en quête du leadership technologique et un rival systémique promouvant des modes de gouvernance alternatifs ». L’UE se montre beaucoup plus réservée envers une Chine qui n’a pas hésité à faire du dumping pour écouler ses surproductions, qui ne pratique pas la réciprocité dans le degré d’ouverture des marchés et qui ne respecte pas toujours la propriété intellectuelle des firmes de ses concurrents. 

L’Europe a pris conscience, écrit Andrew Small dans Foreign Affairs que, pour la Chine, les intérêts commerciaux et la politique extérieure sont étroitement imbriqués. L’UE observe les mesures défensives prises par l’administration Trump aux Etats-Unis, mais elle hésite à s’y associer. Les Européens ne veulent pas être un pion dans le grand jeu américano-chinois. Mais ils ne peuvent espérer jouer dans la cour des grands que s’ils y arrivent unis. 

Le sont-ils ? Certes, il existe des perturbateurs, comme la Grèce et la Hongrie qui, à certaines occasions, ont bloqué des mesures protectrices en discussion au Conseil européen. Mais on observe aussi des déceptions du côté de certains Etats européens, hier encore très engagés envers la Chine. Le groupe dit « 16 1 », regroupant des Etats d’Europe centrale et balkanique pour un partenariat stratégique avec la Chine, s’est rapproché de l’Union européenne auquel certains de ses membres appartiennent, afin de mieux coordonner leur politique. 

Et il est significatif qu’Emmanuel Macron, l’un des chefs d’Etat européens qui s’est montré le plus défensif envers la Chine, ait tenu à la présence de la chancelière allemande et du président de la Commission européenne lors de la récente visite à Paris du chef de l’Etat et du parti communiste chinois. C’était une manière de faire savoir que l’on pourra de moins en moins jouer nos petits Etats les uns contre les autres, comme le faisait Pékin au cours des années passées. Mais les Européens redoutent aussi de faire les frais d’un grand deal sino-américain, qui semble être l’objectif poursuivi par Trump.

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