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Gorbatchev, l'homme qui a autorisé l'émancipation des peuples d'Europe centrale et orientale.

Le testament politique de "Gorby"

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans "Le futur du monde global", ouvrage testamentaire qui vient de paraître aux éditions Flammarion, l'ancien président de l'URSS Mikhaïl Gorbatchev, au pouvoir de 1985 à 1991, déplore la nouvelle course aux armements nucléaires et accuse les Américains de vouloir ainsi rétablir leur hégémonie.

Gorbatchev, l'homme qui a autorisé l'émancipation des peuples d'Europe centrale et orientale.
Gorbatchev, l'homme qui a autorisé l'émancipation des peuples d'Europe centrale et orientale. Crédits : Mikhail Svetlov - Getty

Mikhaïl Gorbatchev livre son ultime témoignage sur la période historique qu’il a marquée d’une empreinte inoubliable. Et il en profite pour donner sa propre analyse sur celle que nous vivons. Son ouvrage, Le futur du monde global, est donné en effet comme son « testament ». 

Âgé aujourd’hui de 88 ans, le dernier secrétaire général du parti communiste d’URSS n’a pas pardonné à Boris Eltsine d’avoir dissous l’Union soviétique et proclamé l’indépendance de la Russie. Il estime que c’est le putsch des conservateurs du Parti en août 1991 qui l’a empêché, lui, Mikhaïl Gorbatchev, de parvenir à l’accord politique qu’il était en train de négocier avec les responsables des autres Républiques soviétiques. « En tant que président, je me suis battu jusqu’à la fin pour l’unité du pays [l’URSS]. Je l’ai fait – je tiens à le souligner – par des moyens politiques. » (p. 158) 

C’est passer un peu vite sur le déploiement de troupes soviétiques en Lituanie, à la veille du référendum sur l’indépendance du pays, voté à 90 % en février 1991. Mais c’est vrai : on doit reconnaître à Gorbatchev d’avoir permis aux peuples qui voulaient, depuis longtemps, secouer le joug du communisme, d’avoir accédé pacifiquement à la démocratie dont ils rêvaient. 

Mais présenter la fin de la Guerre froide comme le fruit d’une série de négociations entre lui-même et Reagan - et décréter qu’il n’y eut ni vainqueur, ni vaincu - est une curieuse lecture de l’histoire. Après tout, ce ne sont pas les Allemands de l’Ouest qui se sont soulevés contre leur régime et ont exigé leur rattachement à l’Allemagne de l’Est, mais le contraire.

Un soutien à Vladimir Poutine

Aujourd’hui, Gorbatchev se définit lui-même comme un social-démocrate. Mais il soutient Poutine, dont l’idéal de « révolution conservatrice » ne correspond guère à cet idéal. Le président de la Fédération de Russie a hérité en 1999, écrit-il, d’un chaos dont Eltsine portait l’entière responsabilité. Non seulement, Gorby crédite Poutine d’avoir rétabli l’autorité de l’état sur l’immense Russie, mais il le félicite d’avoir rendu sa puissance et son influence internationale à son pays. Gorbatchev déplore l’extension de l’OTAN et même de l’Union européenne (trop rapide, juge-t-il) aux anciennes démocraties populaires. Il approuve tout, depuis l’invasion de la Tchétchénie, et jusqu’à l’annexion de la Crimée ukrainienne. Il ne semble pas remarquer non plus les ingérences russes par « conflits gelés » en Géorgie et en Moldavie. 

D’une même plume, il se prononce pour la non-ingérence dans les affaires intérieures, le droit des peuples à l’autodétermination, puis il accuse l’Union européenne d’avoir accepté de négocier avec l’Ukraine, sans inviter la Russie… On ne se débarrasse pas si aisément de la doctrine brejnévienne de la « souveraineté limitée » des satellites… 

Il n’est pas le seul à s’inquiéter du retrait des Russes et des Américains du Traité sur les armes nucléaires de portée intermédiaire INF qu’il avait lui-même signé avec Ronald Reagan, en 1987, afin de mettre fin au dangereux face-à-face, en Europe, des SS-20 et des Pershing II. 

Dans un récent article, Sigmar Gabriel, l’ancien ministre SPD des Affaires étrangères allemand explique cette renonciation. Je le cite « si les Etats-Unis et la Russie veulent se libérer de toute limitation sur armements nucléaires, ce n’est pas pour s’affronter mutuellement, mais parce qu’ils considèrent à présent _la Chine comme leur véritable adversaire nucléaire_. » Or, cette dernière, n’a signé aucun traité de limitation des armements stratégiques. 

L'inquiétante relance de la course à l'armement nucléaire

Mais beaucoup d’experts s’inquiètent de l’actuelle relance de la course aux armements nucléaires. Bennett Ramberg, un analyste américain au Département d’Etat, estime peu probable que les Etats-Unis maintiennent leur adhésion au Traité New Start, qui arrive à échéance en 2021 et qui limite à 3 000 le nombre d’armes dites stratégiques que les USA et la Russie s’autorisent à braquer l’un vers l’autre. Gorbatchev accuse franchement les Etats-Unis de vouloir abaisser le seuil à partir duquel ils pourraient employer ce type d’armes. Ramberg, lui, écrit que les Russes ont déjà déployé, en Europe, un arsenal de missiles de portée intermédiaire. 

Il y a bel et bien une nouvelle course aux armes nucléaires dans le monde – et un risque de prolifération, notamment au Moyen-Orient, si jamais l’Iran finissait par sauter le pas. 

Pour Ramberg, la cause en est double : d’une part, les anciennes alliances militaires, par lesquelles l’un des super-grands s’engageait à défendre ses alliés, ne sont plus crédibles. L’insécurité pousse à s’armer. De l’autre, il n’est plus envisageable d’aller détruire les installations nucléaires qui vous inquiètent, comme Israël l’a fait autrefois en Irak et en Syrie. Donald Trump semble ainsi avoir renoncé à frapper les installations iraniennes. Trop risqué. 

Renforcer son propre arsenal serait une troisième solution, destinée à garantir la supériorité des Super-grands et donc à tenir la dragée haute aux challengers éventuels, type Corée du Nord. C’est ce que font Russes et Américains.

par Brice Couturier

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