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Hillary Clinton refuse l'autocritique

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Selon la candidate démocrate, sa défaite face à Trump serait due à deux incidents de parcours contre lesquelles il n'y avait rien à faire.

Depuis leur double défaite, aux présidentielles et au Congrès, de l’an dernier, les démocrates américains se remettent en cause : qu’ont-il fait pour mériter une pareille déconvenue. Le livre d’Hillary Clinton sort en France, « Ca s’est passé comme ça". On y découvre comment la candidate désignée par la Convention démocrate interprète sa propre défaite.

D’abord, elle précise que ce fut une défaite en nombre d’Etats et non en nombre de voix. Car au scrutin universel, sur l’ensemble des électeurs des Etats-Unis, elle l’emportait haut la main. C’est une défaite étroite, souligne-t-elle, qui s’est jouée à 77 477 voix près sur un total de 136 millions. Ce n’est donc pas une déroute.

Mais elle a perdu, elle en convient, malgré une campagne très professionnelle, appuyée par des dizaines de milliers de supporters actifs dans tout le pays. Et elle assume, écrit-elle, ses propres responsabilités. Mais en lisant Ca s’est passé comme ça, on ne voit pas l’ombre d’une autocritique. Non, elle n’a pas négligé la classe ouvrière. Non, elle n’a pas fait l’impasse, durant sa campagne, sur les Etats dont les sondages montraient qu’ils risquaient de balancer du côté républicain. Pourtant, elle le constate, beaucoup d’électeurs ont voté non pas pour Trump, mais contre sa propre personne (53 % contre 44 %, selon un sondage du Pew research Center. Cela montre qu’elle ne « passait pas » dans de nombreux milieux. La preuve : dans les jours précédents le scrutin, il restait encore beaucoup d’électeurs indécis : dans les banlieues résidentielles, nombreux étaient les membres de la classe moyenne éduquée qui désiraient le changement, mais que Trump inquiétait. Ils le trouvaient « trop risqué ». « Ils ont cherché une alternative jusqu’au bout », écrit-elle. C’est au tout dernier moment qu’ils ont choisi de voter majoritairement pour lui, malgré leurs préventions. Cela aurait dû retenir davantage son attention.

Non, a ses yeux, la victoire de Trump s’est jouée sur deux incidents de parcours contre lesquels elle ne pouvait, en réalité, rien faire. D’une part, l’ouverture d’une enquête du FBI sur ses e-mails. Et Hillary Clinton accuse nommément Jim Comey, l’ancien directeur de l’Agence, d’avoir saboté sa campagne par sa lettre publiée le 28 octobre. Rappelons que Jim Comey a été limogé par Trump pour avoir ouvert une enquête sur les liens de son équipe avec la Russie. Le « deuxième facteur majeur qui a provoqué sa dégringolade », selon Hillary Clinton, c’est – je cite – « le complot russe qui visait à saboter ma campagne pour permettre d’élire Trump ». Et là, Hillary accuse. Il y a eu écrit-elle, une « véritable guerre de l’information menée par le Kremlin ». Et elle met en garde son parti contre la réédition, de telles cyber-attaques dans l’avenir. « La Russie est tout à fait capable d’avoir de nouveau recours à des opérations secrètes pour nuire à d’autres démocrates, si nous ne faisons pas attention. » (430)

Pour expliquer sa défaite, est-ce qu’elle penche plutôt du côté des explications socio-économiques ou socio-culturelles ? En termes de revenus ou en termes d’identités ?

« Si on écoute parler certains électeurs de Trump, on s’aperçoit, dit-elle, que les différents niveaux d’inquiétude, l’inquiétude économique et l’inquiétude culturelle sont liés : le déclin de l’emploi industriel dans le Midwest qui avaient permis à des hommes blancs non diplômés d’offrir à leur famille un niveau de vie digne de la classe moyenne, le bouleversement des rôles traditionnels hommes-femmes, la colère envers les immigrés et d’autres minorités qui « resquilleraient » et « profiteraient du système », un malaise face à une culture plus diversifiée et cosmopolite, des inquiétudes liées aux musulmans et au terrorisme et l’impression générale que les choses ne se passent pas comme elles le devraient, et que la vie était meilleure, plus facile pour les générations précédentes (…) sont mêlées. (423) On ne peut donc pas incriminer davantage le sentiment d’insécurité culturelle, du sentiment de déclin économique. C’est l’addition des deux qui a provoqué la frustration et la colère qui ont porté Donald Trump à la Maison Blanche. Toutefois, elle entrebâille une porte, en faisant référence à la théorie de « l’amorçage des stéréotypes raciaux ». Elle la résume ainsi : « quand on encourage des électeurs blancs à considérer le monde à travers un prisme racial, en prenant davantage conscience de leur propre appartenance, ils agissent et ils votent de façon plus conservatrice. »

Mais à ses yeux, il est clair que Trump a joué sur le racisme. De ce côté, on a déployé toute sorte de moyens pour convaincre les Noirs et les jeunes de ne pas aller voter. Sous prétexte de débusquer des fraudes électorales qui restent à démontrer, on a empêché des gens de voter.

Du côté républicain, on relèvera l'ouvrage d'un essayiste républicain, Henry Olsen, dans un livre intitulé The Working Class Republican. Le Républicain de la classe ouvrière, s’inquiète de voir Trump dilapider l’héritage de Ronald Reagan. Reagan, écrit-il avait séduit une partie de l’électorat ouvrier, parce qu’il s’adressait à la part de générosité qui existe en chacun. Trump, lui exploite le sentiment d’injustice et la colère. Dans son discours d’adieu, prononcé lors de la Convention républicaine de 1992, Reagan a conclu par ces mots : « Et quoique l’histoire puisse dire d’autre sur mon compte quand je n’y serai plus, j’espère qu’elle relèvera que j’ai fait appel à vos meilleurs espoirs et non à vos peurs les pires, à votre confiance davantage qu’à vos doutes. »

Pour Olsen, Trump s’avère, sous cet aspect, le contraire exact de Reagan. Trump a construit une coalition autour de la classe ouvrière blanche, en misant sur les angoisses et les ressentiments. Mais il est politiquement dans l’impossibilité de lui donner les satisfactions qu’elle attend. Du coup, il a mis le Parti républicain dans une situation périlleuse.

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