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Klaus Fuchs à sa sortie de prison

Klaus Fuchs, l'espion qui a fait le plus de dégâts dans l'histoire

5 min
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Le "père de la bombe H" américaine était un agent soviétique.

Klaus Fuchs à sa sortie de prison
Klaus Fuchs à sa sortie de prison Crédits : Keystone - Getty

Klaus Fuchs a mis en danger la sécurité de plus de personne et causé davantage de dégâts qu’aucun autre espion non seulement dans l’histoire des États-Unis, mais dans l’histoire de toutes les nations.

Voici ce qu’écrivaient les membres du Congrès dans leur rapport de 1951. Fuchs avait été arrêté l’année précédente, à Londres, et soumis à des interrogatoires serrés par les agents du contre-espionnage britannique du MI5. 

Il révèle alors ce dont le soupçonnaient les services depuis deux ans : oui, il a livré aux Soviétiques les secrets dont il disposait sur la fabrication de la bombe atomique. Et il les connaissait tous, puisqu’il avait fait partie du team de physiciens de haut niveau, directement responsables de la conception de l’arme ultime. Le fameux « projet Manhattan », au laboratoire de Los Alamos. Il faisait même partie du groupe de savants ayant assisté au premier essai, grandeur nature, de l’arme nucléaire, le 16 juillet 1945, dans le désert du Nouveau-Mexique. Moins d’un mois avant le bombardement de Hiroshima et de Nagasaki. Il avait aussi été associé de très près au développement de la bombe à hydrogène. Il est considéré comme l'un des "pères de la bombe H"...

Dans un livre qui vient de paraître, Trinity : The Treachery and Pursuit of the Most Dangerous Spy in History, Frank Close, lui-même spécialiste de physique des particules, livre de nouveaux éléments sur le cas Klaus Fuchs. Il a eu accès à des archives britanniques, américaines et russes. Et tout ce qu’il a rassemblé confirme l’importance des secrets transmis par Klaus Fuchs à l’URSS. Du même auteur, Frank Close, on avait pu lire il y a trois ans en français, « Le mystère Pontecorvo », consacré à un autre physicien travaillant sur les secrets du nucléaire : l’Italien Bruno Pontecorvo travaillait au Centre de recherche atomique de Harwell, au Royaume-Uni. Etrangement disparu en Italie, où il passait ses vacances en famille en 1950, il réapparaît cinq ans plus tard, comme chercheur à l’Institut unifié de recherches nucléaires de Doubna, en URSS. Comme dans un film d’Alfred Hitchcock, on n'a jamais su s'il avait été ou non enlevé.

Pourquoi Klaus Fuchs a-t-il trahi les Anglo-Saxons qui l’avaient sauvé en l’accueillant ?  

Réponse de Frank Clos, Klaus Fuchs était un intellectuel communiste. A ses yeux, l’URSS était la patrie des prolétaires. Ce jeune Allemand brillant était le fils d’un professeur de théologie luthérien et militant du SPD. Exclu lui-même du parti socialiste, Klaus Fuchs avait adhéré au KPD, le parti communiste en 1932 – l’année précédant l’arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne. Accueilli en Grande-Bretagne, Fuchs y poursuivit ses études et obtint son doctorat de physique à Édimbourg. Il se fait vite remarquer par la qualité de ses travaux en physique théorique. Il acquiert la nationalité britannique en août 1939.

Mais en juin 1940, il est interné – en tant qu’Allemand et donc suspect de complicité avec le Troisième Reich, d’abord dans l’île de Man, puis dans un camp au Québec. On ne soulignera jamais assez, comme le fait Frank Close, la bêtise consistant à soupçonner de sympathies pro-allemandes des milliers de réfugiés - communistes, socialistes, Juifs - fuyant la dictature nazie…

D’autant que, d’après Frank Close, c’est dans le camp de Sherbrooke, que Fuchs est repéré par Hans Kahle, un recruteur qui travaillait pour les services secrets soviétiques. Lorsqu’il peut enfin retourner fêter Noël en Grande-Bretagne, la même année 1940, Fuchs est devenu un agent soviétique. Il est choisi comme assistant par Rudolf Peiers, le physicien allemand qui avait, le premier, démontré, dés 1940, la faisabilité de la bombe atomique. 

En 1943, Fuchs suit Peiers aux Etats-Unis afin de collaborer au projet Manhattan. Bizarrement, les Britanniques ont négligé d’avertir les Américains des sympathies communistes de Fuchs. Chaque week-end, celui-ci se rend à Santa Fe. C’est là qu’il a rendez-vous avec son contact soviétique auquel il rend compte de l’état d’avancement de la bombe américaine.

En août 1946, il est rapatrié en Grande-Bretagne, où il devient l’un des responsables de l’Atomic Energy Research Establishment. Il transmet fidèlement à son contact, Alexander Feklisov, les résultats des dernières recherches menées dans le domaine de l’atome militaire.

De tels secrets ne devaient pas rester entre les mains d'une seule nation...

Confondu en 1949, il avoue tout. Jugé en mars 1950, il est condamné à 14 années de prison. Il sera libéré neuf ans plus tard et émigrera aussitôt en Allemagne de l’Est, où il devient directeur adjoint de l’Institut de physique nucléaire de Rossendorf. Il était membre du Comité central du Parti. Il est mort en 1988, un an avant la chute du Mur. 

Pour expliquer sa trahison, Fuchs a dit et répété : la possession de tels secrets ne devait pas rester entre les mains d’une seule nation. 

Les cafouillages des services de contre-espionnage américains et britanniques demeurent une autre énigme. D’après Frank Close, ils s’expliquent en partie par la densité de secrets qui entourait à cette époque tout ce qui avait rapport aux recherches menées dans le domaine du nucléaire militaire. Les "services" occidentaux eux-mêmes ignoraient qui faisait quoi...

par Brice Couturier

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