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La campagne de France vue d'ailleurs 1)

5 min
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Pour un historien britannique, notre pays est en piètre condition, les Français ont rarement été aussi moroses. Mais le système politique semble incapable d'y changer grand chose.

Nous aurons des élections présidentielles dans deux mois. Une échéance décisive pour notre vie politique et qui est bien couverte sur notre antenne de France Culture. Mais qu’en dit-on dans les pays qui nous intéressent ?

Premier constat : notre campagne électorale présidentielle n’intéresse guère la planète. Notre orgueil national risque d’en souffrir, mais il se confirme que le monde tourne de plus en plus autour d’autres astres que le nôtre. Les prochaines élections allemandes apparaissent plus importantes. Sans doute parce que le rôle joué par ce pays en Europe est plus déterminant. A moins que ce ne soit l’étrangeté de la situation actuelle qui rende les commentateurs prudents. Tous la relèvent, en tous cas. Ainsi l’ancien ministre turc de l’Economie Kemal Dervis, s’étonne sur le site Project Syndicate de ce que les favoris du premier tour soient tous deux des « mavericks » (des francs-tireurs, des non-conformistes, avec une connotation de rébellion).

La première, Marine Le Pen, appartient selon Dervis à « l’internationale nationaliste ». Mais c’est le second, Emmanuel Macron, qui l’intéresse. Voilà une personnalité qui n’a jamais été membre de l’appareil d’un parti et dont tous les observateurs brocardaient il y a peu l’inexpérience, relève-t-il. Et cependant il a su se tailler un électorat, en particulier chez les jeunes. Son positionnement politique paraît surprenant : contre la vieille droite et contre la vieille gauche, sans relever pour autant ni du centre ni d’une quelconque version du populisme.

Macron, s’étonne Dervis, s’adresse simultanément à de nombreux segments de l’électorat. Aux ouvriers, qui s’estiment trahis par le système ; aux professionnels de l’éducation et de la santé, qui sentent que l’école et l’hôpital en France ont besoin de profondes réformes ; mais aussi aux entrepreneurs et innovateurs qui souffrent des blocages français. Aussi caractérise-t-il Macron, qui préconise des réformes coopératives, comme un candidat « anti-lutte des classes ». Ces réformes, Dervis les résume ainsi : des droits sociaux universels et portables et non plus liés au statut salarié. Bref, le modèle social scandinave.

Mais ce qui intéresse le plus ce chaud partisan de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, c’est la position de Macron sur les questions européennes.

L’UE est aujourd’hui divisée en deux courants, résume-t-il. Un premier groupe de pays est tenté de suivre plus ou moins l’option britannique : ramener l’UE à une « structure coopérative souple », à un « partenariat continental européen », qui ménagerait la souveraineté complète des Etats. Un second front rassemble ceux des Etats membres qui souhaitent, au contraire, poursuivre et approfondir la communautarisation des moyens et l’intégration des politiques. Comme on sait les Allemands favorisent dorénavant l’idée d’une Europe « à plusieurs vitesses » autour d’un noyau dur prêt à davantage d’intégration. Et Kemal Dervis se félicite de voir Emmanuel Macron assumer clairement cette dernière position.

L’autre raison qui lui fait souhaiter la victoire de Macron au second tour, c’est qu’elle marquerait un coup d’arrêt au glissement assez général des partis européens vers le populisme. « Après le référendum sur le Brexit et le résultat de l’élection présidentielle américaine, écrit-il, l’élection présidentielle française pourrait représenter un point de basculement ». Mais nous avons appris à nous méfier des sondages, conclut-il…

« Ce sont les outsiders qui ont pris le dessus », l’historien Robert Tombs fait même constat, dans The Spectator que Kemal Dervis. Mais autant Dervis est plutôt marqué à gauche, autant The Spectator est traditionnellement conservateur.

Déjà deux anciens présidents (Hollande et Sarkozy) et deux anciens premiers ministres (Juppé et Valls), remarque Tombs, ont été éliminés par les sondages ou les primaires. Ce qui traduit un désir de l’électorat de « dégager le bois mort » et un besoin de renouveler la classe politique. Celui-ci se traduit par l’arrivée de personnalités nouvelles. Allons-nous assister à un grand chamboulement dans le berceau des révolutions européennes ? interroge Robert Tombs. Aura-t-il un visage socialiste (avec Hamon), libéral (avec Macron), ou nationaliste (avec Le Pen) ?

Ce qui a caractérisé la vie politique française des XIX° et XX° siècles, résume notre historien de la France, c’est l’instabilité, alimentée par la surchauffe idéologique. « A cause de son passé politique turbulent, la France a développé une série de garde-fous contre le changement radical ». Ainsi, la V° République a réussi à stabiliser la vie politique en créant des « barrières institutionnelles ». Mais la stabilité française se paye d’un certain nombre de blocages, dus en particulier aux privilèges accumulés au fil du temps par certaines cétégories sociales. Ces rentes de situation diverses expliquent pourquoi « la France est le pays le plus anticapitaliste d’Europe ».

Le pays a le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé d’Europe. Le chômage y est chronique. La croissance amorphe. Les infrastructures en ruine. Déjà François Mitterrand déplorait « la morosité » de ses compatriotes. Celle-ci s’est beaucoup aggravée depuis son époque. Les jeunes Français les plus dynamiques quittent le pays par centaines de milliers. Et les Londoniens sont bien placés pour le constater. Mais ce qui est le plus préoccupant, estime Tombs, c’est que le système politique semble incapable d’y changer quoi que ce soit.

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