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La campagne présidentielle vue d'ailleurs 3) Les Pays-Bas

5 min
À retrouver dans l'émission

Glissement à gauche de l'électorat dans une France qui se droitise + divisions de la gauche.

Puisqu’il a été question des élections aux Pays-Bas, restons dans ce pays. Que dit-on dans ce pays de nos élections présidentielles ?

J’ai trouvé plusieurs articles dans le grand quotidien de centre-gauche De Volkskrant qui traitent de notre campagne électorale. Ce qu’on en dit ? Hé bien d’abord qu’en choisissant le très inattendu Benoît Hamon, les électeurs de la primaire de gauche ont montré leur refus de la ligne politique, suivie par le président François Hollande. L’allègement des charges sur les entreprises et la libéralisation du marché du travail auront été les deux grandes affaires de son quinquennat, selon De Volkskrant. Or, cela n’a pas marché, estime-t-il. Ces réformes étaient à la fois trop modestes pour réussir et d’une inspiration trop libérale au goût d’une part croissante de l’électorat socialiste pour être soutenues par lui. Elles ont provoqué la fronde d’une partie des élus censés soutenir le gouvernement. Et c’est justement l’un d’entre eux qui a été désigné par l’électorat de gauche. Une claque pour Hollande.

La désignation de Benoît Hamon, relève De Volkskrant fait écho à celles de Jeremy Corbyn par les travaillistes britanniques, de Bernie Sanders contre Hillary Clinton par une partie du parti démocrate américain, ou encore au remplacement du PSOE par Podemos en Espagne. Il y a un mouvement général des gauches occidentales en réaction aux stratégies de recentrage, incarnées autrefois par les Tony Blair et Gerhard Schröder.

Ce déplacement vers la gauche de l'électorat de gauche aurait dû rendre possible un accord avec les Verts et Jean-Luc Mélenchon. Avec les Verts, l’accord ne devrait pas être difficile à trouver, étant donné le positionnement très écologiste du candidat de gauche. Mais l’égo de Jean-Luc Mélenchon fait obstacle à une union de l’ensemble des forces de gauche, selon le quotidien néerlandais. Or, dans une telle configuration, estime-t-il, Hamon ne peut pas gagner. En outre, le contexte français lui paraît marqué par une montée des inquiétudes concernant l’islam et l’intégration. « Hamon s’éloigne du courant dominant de la société française », juge le Volkskrant. Il sera, certes, soutenu par les jeunes diplômés des grandes villes et par les immigrés ; mais le PS continuera à voir s’éloigner de lui les classes laborieuses traditionnelles.

Le gauchissement du PS est une bonne affaire pour la gauche libérale, réunie autour d’Emmanuel Macron, selon le quotidien néerlandais. A son propos, le quotidien économique Financieele Dagblad, relève – je cite – que « le favori actuel de la campagne » est la cible d’attaques en provenance de Russie ». Sputnik News, émanation du pouvoir russe, accuse le candidat indépendant d’être « une marionnette des élites politiques et financières américaines. » Sputnik a aussi prévenu qu’il allait faire des révélations sur la vie privée d’Emmanuel Macron. Ce qui a contraint le candidat d’En Marche à nier, de manière préventive, entretenir des relations extraconjugales de nature homosexuelles. Selon le quotidien néerlandais du milieu des affaires, Macron est visé par les Russes parce qu’il est, parmi les candidats à la présidentielle française, le plus fervent partisan de l’intégration européenne.

Emmanuel Macron est, aux Pays-Bas, la personnalité de cette campagne qui intéresse le plus la presse. J’en veux pour preuve le portrait que fait de lui le correspondant à Paris du Vrij Nederland, Pieter Van den Blink, qui le surnomme « Mr. Rock Star ».

Quelles chances de l’emporter en mai ce correspondant accorde-t-il à Emmanuel Macron ? Assez grandes. Mais il se demande aussi ce qui peut arriver en France si les électeurs choisissent une personnalité aussi novice en politique. Macron est encore peu connu en Europe.

Mais d’abord à quoi attribuer sa surprenante ascension ? A son charisme personnel, bien sûr. Mais surtout à une conjoncture particulière. La situation française est marquée par une profonde division de la gauche. Et par une atmosphère de révolte contre la classe politique traditionnelle, aggravée par les scandales dans lesquels est empêtré le candidat de la droite, François Fillon. A propos de ce dernier, De Volkskrant écrit que celui qui était donné comme un des deux finalistes plus que probables du premier tour, pourrait bien, en fait, être éliminé. De nombreux élus de son parti insistent pour qu’il se retire au profit d’un candidat irréprochable.

Mais pour revenir au portrait de Macron par le correspondant du Vrij Nederland, Pieter Van den Blink, relève comme tant d’autres, que le candidat ne révèle son programme que par bribes. Mais pourquoi se hâter de s’exposer, lorsqu’on est porté par les sondages ? Même sur l’Europe, dont il se prétend un fervent partisan de l’intégration, il ne propose pas grand-chose de nouveau ; il se contente de réaffirmer la centralité du lien franco-allemand. Marine Le Pen a suggéré qu’il était "sous l’influence de Patrick Drahi et de la finance internationale". Van den Blick fait état aussi des insinuations concernant sa vie privée et relève que Macron se défend par la seule arme de l’humour.

Il remarque d’ailleurs que Macron évite d’attaquer les autres candidats, à l’exception de la seule Marine Le Pen. Il y voit le signe que ces deux candidats se sont déjà choisis mutuellement comme adversaires pour le deuxième tour. Les Français, eux, veulent – je cite - « sortir de l’impasse » et un « nouveau départ ».

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