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Donald Trump et Xi Jinping lors du Sommet du G20, à Osaka.

Chine / Etats-Unis : deux puissances au soft power dévalué

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Le gouvernement chinois exerce de plus en plus ouvertement des pressions sur des institutions étrangères. Mais l’intimidation n'est-elle pas un moyen infaillible de perdre des amis ? De nombreux observateurs relient cette stratégie contre-productive à un effet collatéral de l"ubris" des vainqueurs.

Donald Trump et Xi Jinping lors du Sommet du G20, à Osaka.
Donald Trump et Xi Jinping lors du Sommet du G20, à Osaka. Crédits : Bernd von Jutrczenka - Getty

85 % des Japonais ont une mauvaise image de la Chine, selon un récent sondage du Pew Research Center. C'est également le cas de 63 % des Sud-Coréens, comme 57 % des Australiens. D’une manière générale, l’image de la Chine se dégrade dans son environnement régional.

« Comment la Chine perd des amis et s’aliène des peuples », tel est précisément le titre d’un article récemment mis en ligne par Minxin Pei, un universitaire américain spécialiste réputé de la politique chinoise. Ce gouvernement exerce de plus en plus ouvertement des pressions sur les institutions situées à l’étranger, pour obtenir le type de docilité qu’il est habitué à rencontrer de la part de ses propres citoyens. C’est contre-productif. Minxin Pei cite une affaire qui a récemment opposé Pékin à la National Basketball Association, la NBA. 

Le 4 octobre dernier, Daryl Morey, directeur général des Houston Rockets, l’une des plus fameuses équipes de ce sport aux Etats-Unis, a twitté une image sur laquelle on pouvait lire Fight for Freedom. Stand with Hong Kong (Luttons pour la liberté. Soutien à Hong Kong). Aussitôt, le gouvernement chinois a annoncé que non seulement la Chine boycotterait ce club de Houston, mais il intima aussi aux réseaux de la télévision nationale l’ordre de cesser de diffuser les matchs de la NBA. 

Celle-ci, parce qu’elle dépend beaucoup financièrement de la retransmission des matchs de baskets américains par les télévisions chinoises, a multiplié les excuses et les promesses de s’abstenir dorénavant de toute critique envers le pouvoir communiste à Pékin. Mais cette reddition peu glorieuse a été fortement critiquée au Congrès. Chuck Schumer, sénateur de New York et chef du groupe parlementaire démocrate au Sénat, a tweeté : « La NBA a jeté Morey sous le bus pour protéger son accès au marché chinois. » 

La diplomatie du sport ne doit pas être sacrifiée

Or, à la fin, c’est la Chine qui a dû faire machine arrière… Car les basketteurs américains sont très populaires en Chine. "La leçon devrait être claire, écrit Minxin Pei, l’intimidation est le moyen infaillible de perdre des amis et de se faire des ennemis à l’Ouest." La "diplomatie du sport", du ping-pong en l’occurrence, a été l’un des premiers moyens imaginés par Nixon et Chou En-Laï pour renouer, face à l’Union soviétique, des liens rompus par la guerre de Corée. Ce type des relations est mutuellement bénéfique. Les menacer n’est dans l’intérêt d’aucune des deux parties. 

Aussi les dirigeants chinois devaient-ils y réfléchir à deux fois avant de prendre des mesures punitives contre les compagnies qui, comme Apple et Marriott International, refusent les injonctions chinoises de faire figurer, sur leurs cartes, Hong Kong et Taïwan comme partie intégrante de la République populaire de Chine. Ou prétendre "punir" la France, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne pour avoir accueilli sur leur sol le Dalaï-lama. Ou encore boycotter – par erreur – le saumon norvégien, pour punir le jury du Prix Nobel (suédois) d’avoir décerné celui de la Paix au dissident Liu Xiaobo.

La Chine est-elle partie trop tôt, face à un leadership américain vacillant ? 

Selon Minxin Pei, ces erreurs ne viennent pas du sommet du Parti, mais de bureaucrates de rang moyen, désireux de démontrer leur loyauté au régime. Ils le desservent en en faisant trop. Mais à l’étranger, on risque d’interpréter ce mélange de pressions et de menaces comme la preuve que la Chine est déjà victime de l’ubris des vainqueurs. Hier, dans Le Figaro, Nicolas Baverez se demandait si la Chine n’était pas victime du piège de Thucydide, en ayant lancé trop tôt son défi au leadership américain. 

L'économiste indien Arvind Subramanian rappelle que la fameuse montée en puissance de Sparte au détriment d’Athènes, décrite par Thucydide dans sa Guerre du Péloponnèse, avait un déroulement prévisible : un jeune puncher mettait K.O. son vieux challenger, ouvrant par sa victoire une nouvelle phase de l’histoire du monde. Rien de tel, cette fois-ci. Les Etats-Unis et la Chine apparaissent "comme deux boxeurs fatigués par quinze rounds éreintants". La question n’est pas de savoir qui va vaincre l’autre, mais plutôt qui va s’effondrer le premier.

Deux puissances dominantes... en perte de vitesse ?

En effet, le soft power américain, cette capacité d’obtenir des autres qu’ils fassent ce qu’on désire, a été "considérablement dévalué". Le leadership mondial des Etats-Unis est à présent associé à des guerres désastreuses et perdues, au rejet des engagements en faveur du climat, au sabotage du système encadrant le commerce international, à l’abandon des alliés. Les institutions américaines qui suscitaient l’admiration du monde sont devenues un objet de moquerie, en particulier depuis l’élection de D. Trump.

Mais de son côté, la Chine apparaît endettée à un niveau insoutenable. Xi Jinping a aggravé la fermeture de son pays sur le monde. Le retour du culte de la personnalité, l’aspiration de Hong Kong à échapper à la dictature de Pékin, l’agressivité envers les voisins érodent chaque jour un peu plus le prestige de la Chine. 

Plus de riches en Chine qu'aux Etats-Unis ?

Enfin, une info de dernière minute. Selon la banque Crédit Suisse, pour la première fois, cette année, le nombre de Chinois figurant parmi les 10 % les plus riches du monde dépasse celui des Américains. 100 millions de Chinois figurent dans le haut du tableau, contre 99 millions d’habitants des Etats-Unis. Signe des temps : il y a plus de riches en Chine qu'aux Etats-Unis. Vive le communisme !

par Brice Couturier

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