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La Chine : pour la mondialisation, mais contre "le globalisme"

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Contrairement à ce que pense Trump, les intérêts des Etats-Unis et ceux de la Chine convergent. Les Chinois l'ont déjà compris.

Beaucoup de gens ont conclu de spectaculaire défense du libre-échange, au Forum de Davos, par le dirigeant de la deuxième économie mondiale, que la Chine posait sa candidature au rôle de leader mondial. Ainsi, Nathan Gardels, le rédacteur en chef de WorldPost écrit : " qu’il le souhaite ou non, que son pays y soit prêt ou pas, Xi Jinping se retrouve de facto « leader central de la mondialisation. »

Ainsi se clôt sans doute la saison du triomphalisme américain d’après-guerre, amplifié par la victoire sur le communisme soviétique en 1989-91. Cette vague était portée par l’union de la high tec et de l’idéologie mondialisatrice. Elle fait place, c’est évident, à une nouvelle vague, populiste. Aux Etats-Unis, cette vague populiste est portée par l’amertume du « small business » américain, furieux de voir les salaires stagner et les emplois fondre. Et elle vient d’amener au pouvoir, à Washington, le plus improbable des présidents. Un homme qui prétend alléger les Etats-Unis du fardeau de leurs responsabilités internationales, pour se concentrer sur les problèmes intérieurs. Son proche conseiller Steve Bannon a défini la doctrine de Trump comme un « nationalisme économique ».

Or, la Chine s’estime protégée de ce type de problèmes par son système politique mono-partisan, autoritaire et méritocratique. Mais ce pays, qui faisait encore partie du tiers-monde, il y a 25 ans, a-t-il les moyens d’assumer d’aussi lourdes responsabilités ? Y est-il prêt intellectuellement ? Les Américains avaient pris soin de s’entourer de solides partenaires et alliés, tels que l’Union européenne et le Japon. Quels sont les partenaires disponibles pour la Chine ? Eh bien, de nombreux observateurs estiment que ce seront, paradoxalement, les Etats-Unis. Les Chinois l’ont compris. Donald Trump, pas encore.

Il y a, entre les deux pays, bien davantage de convergence d’intérêts que ne le pense l’administration Trump et celle-ci ne devrait pas tarder à s’en apercevoir. Les Etats-Unis, dont les infrastructures sont décrépites, vont avoir besoin de capitaux et d’expertise pour remettre leur pays à niveau. Or, Pékin a accumulé d’énormes quantités de réserves et possède dans le domaine de la construction de routes et d’aéroports, une compétence reconnue. La dette publique des Etats-Unis est, pour une large part, entre les mains des Chinois ; les Américains ont donc intérêt à conserver envers leur banquier des rapports paisibles et confiants. Ils sont au moins aussi dépendants de la Chine pour leurs finances que les Chinois ne le sont du marché américain pour leurs exportations.

Même sur le plan idéologique, estime Eric X Li, les convergences ne vont pas tarder à apparaître. La mondialisation, explique-t-il, est un concept équivoque. Le premier sens du mot renvoie à l’état du monde : la planète est interconnectée comme jamais à travers les échanges commerciaux et financiers, les réseaux de communication, le tourisme. Mais le mot a un autre sens, idéologique, celui-là. C’est pourquoi Li distingue globalization de globalism. Le premier est descriptif, le second prescriptif.

En tant qu’idéologie, le « globalism » estime que les frontières nationales sont une survivance du passé, que les valeurs locales traditionnelles ont vocation à être remplacées par les valeurs libérales occidentales : le libéralisme, les droits de l’homme, la démocratie telle que l’Occident la pratique depuis le XIX° siècle.

Le résultat de la globalization, c’est que l’argent et le pouvoir se sont concentrés d’une manière inédite dans les échelons supérieurs de la hiérarchie. Les nouveaux maîtres du monde ont favorisé les idéologies auxquelles ils devaient leur réussite : l’éradication des frontières et le multiculturalisme. Afin de pousser au détricotage des Etats-nations, ils ont favorisé les institutions multilatérales, les cours de justice internationales, les agences non gouvernementales.

La Chine a embrassé avec enthousiasme la partie de la mondialisation qui concerne les échanges commerciaux ; mais elle s’est bien gardée d’adopter l’aspect idéologique du package, le « globalisme ». Elle a conservé ses frontières, elle a réaffirmé avec force sa souveraineté, parfois de manière brutale. Elle est restée une puissance « moderne », qui ne connaît que ses intérêts ; elle n’a pas été tentée par le modèle « post-moderne » et post-étatique dont l’Union européenne est l’esquisse.

L’approche « non-interventionniste » de Trump (qui va avec son rejet de l’idéologie globaliste) va dans le même sens. Contrairement à ses prédécesseurs Bill Clinton, à gauche et W Bush, à droite, Trump ne nourrit pas l’ambition d’exporter la démocratie à travers le monde, ou de redessiner le monde selon le modèle américain. Cela ne peut que satisfaire les Chinois.

Et surtout, Trump et Xi partagent la même analyse : la plus grave menace pour la stabilité du monde provient des acteurs non-étatiques : réseaux terroristes, banditisme international, etc. Dangers qui ont été aggravés par l’effacement des frontières et l’affaiblissement des Etats-nations, comme on l’observe en Europe. Décidément, la Chine et les Etats-Unis peuvent devenir les co-pilotes d’une mondialisation plus prudente, plus respectueuse des peuples et de leurs intérêts que celle que nous avons connue dans les dernières décennies. Tout dépendra de Donald Trump.

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